Le Haut Conseil pour le climat (HCC) vient de publier un rapport consacré à l’action des collectivités territoriales en matière de réduction des émissions, des puits de carbone et d’adaptation au dérèglement climatique. Il y souligne des progrès notables mais encore insuffisants face à l’urgence, et formule des recommandations visant à rendre la transition territoriale plus ambitieuse, plus équitable et plus efficacement mise en œuvre. Dans ce contexte, les Outre-mer sont particulièrement concernés.
Pour ce qui est des moyens opérationnels, les besoins restent particulièrement aigus dans les Outre‑mer, où de nombreuses études montrent que le manque d’ingénierie constitue l’un des principaux obstacles à la réalisation des projets. Elles soulignent également que les projets pilotés par l’État, qui dispose de ses propres ressources d’ingénierie, accusent moins de retard que ceux portés directement par les collectivités.
Cependant, « les territoires d’Outre-mer ne sont pas en reste en matière d’innovation climatique. Les territoires d'Outre-mer sont plus exposés au changement climatique que le territoire hexagonal et peuvent disposer de savoirs empiriques locaux face à la récurrence des risques naturels », souligne le Haut conseil pour le climat.
Ainsi, La Réunion a élaboré entre 2002 et 2003 un plan énergétique régional pluriannuel consacré à la prospection et à l’exploitation des énergies renouvelables ainsi qu’à la promotion d’un usage rationnel de l’énergie. Ce travail a conduit, en 2006, à la création de l’Observatoire de l’énergie Réunion (OER). L’adaptation au dérèglement climatique a été intégrée à la fois dans le contrat de plan État‑régions et dans le document unique de programmation, qui recense les programmes pouvant bénéficier des fonds structurels européens.
Retards significatifs
« Au nord-ouest de la Martinique, le village de 1300 habitants du Prêcheur est devenu un symbole et un exemple d’adaptation », ajoute le rapport du HCC. La commune, confrontée à la montée du niveau de la mer et aux coulées de boues volcaniques de la Montagne Pelée, conduit depuis 2018 un projet transversal d’expérimentation visant à déplacer le centre‑bourg, en intégrant l’ensemble des risques naturels. Cette opération de relocalisation porte sur 300 logements sociaux et mobilise un budget de 33 millions d’euros.
Mais des problèmes importants demeurent dans les territoires ultramarins, où l’on observe par exemple des retards significatifs dans la mise en place des infrastructures indispensables à la gestion des déchets, depuis la collecte jusqu’au traitement. Ces retards s’expliquent en grande partie par des contraintes économiques propres à ces régions : insularité, éloignement, faibles volumes, nécessité d’exporter certains déchets recyclables, ainsi que des différences dans la prise en charge des filières à responsabilité élargie du producteur.

Par ailleurs, « la géographie des territoires ultramarins, situés majoritairement en zone tropicale, a façonné des climats très différents du climat métropolitain », souligne le rapport. Ces territoires sont exposés à des phénomènes climatiques à évolution lente, comme les sécheresses ou la montée du niveau de la mer, qui menacent l’habitabilité de certaines zones.
De même, le changement climatique n’affecte pas de la même manière les territoires ultramarins, où les taux de pauvreté sont nettement plus élevés que la moyenne nationale. À Mayotte, 77,3% de la population vit sous le seuil de pauvreté, contre 53% en Guyane et 36,1% à La Réunion, pour 14,9% en France hexagonale. Dans ce contexte, les populations les plus précaires de ces territoires sont celles qui subissent le plus fortement les effets des bouleversements climatiques.
Les récifs coralliens menacés
Autre constat : « Les territoires ultramarins abritent 60 000 km2 de récifs coralliens, c’est-à-dire 10% des récifs mondiaux. Or les récifs coralliens des Outre-mer sont de plus en plus menacés par la destruction et la fragmentation des habitats, l’introduction d’espèces invasives, la surexploitation, la pollution de l’air, de l’eau, des sols, et le changement climatique », précise le HCC.
Sans une réduction massive des émissions de gaz à effet de serre et des autres pressions humaines qui pèsent sur la biodiversité, ainsi que sans une protection efficace des écosystèmes ultramarins permettant de préserver leur capacité d’adaptation au changement climatique, les sociétés et les économies ultramarines pourraient être profondément déstabilisées.
Parmi ses principales recommandations, le rapport préconise notamment de « produire des diagnostics sur les inégalités de vulnérabilité entre groupes sociaux et territoires du fait de leur exposition disproportionnée aux impacts du changement climatique et du fait des effets distributifs des politiques d’atténuation, en portant une attention particulière à l'intersectionnalité des facteurs de vulnérabilité et aux territoires d’Outre-mer ».
PM
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