Eau en Outre-mer : L'entreprise nouveau partenaire dans le partage de l'eau, analyses de Stéphane Murignieux et de Mikaa Mered

Eau en Outre-mer : L'entreprise nouveau partenaire dans le partage de l'eau, analyses de Stéphane Murignieux et de Mikaa Mered

Le lundi 7 février 2022, Le Sénat, en salle Médicis, a accueilli le colloque « l’Outre-mer veut sortir la tête de l’eau » porté par le think tank Métamorphoses Outremers en partenariat avec Outremers360. En lien avec de nombreux partenaires, le think tank a voulu mieux faire connaître la réalité de l’outre-mer sur la question de l’accès à l’eau. Ce colloque a réuni en présentiel et à distance des élus, chercheurs, personnalités et associations pour porter la voix de ces territoires en préface du 9e Forum Mondial de l’eau qui aura lieu du 21 au 26 mars à Dakar.

Stéphane Murignieux est Président de l’ITEDOM - Institut de la Transition Écologique des Outre-mer. Il a été auditionné par la Délégation aux Outre-mer du CESE dans le cadre de la saisine : « Plan de relance et déclinaison territoriale dans les Outre-mer » (Plan De Relance Outre-Mer). Il intervenait au colloque du 7 février pour évoquer la prise de conscience des entreprises de la raréfaction de la ressource eau.

L'outre-mer, rappelons-le, sont des zones non interconnectées. C’est pourquoi l’usage industriel ou agricole de l’eau s’y trouve limité, car la ressource y est finie. Un développement de l'industrie, la création d’emploi engendreraient une demande de plus d’électricité, de plus d’eau. Or le réseau est déjà très contraint, même si 10% seulement sont réservés à l’eau potable. Les industriels ont pris conscience de cela et tentent de réduire leur usage.  

Dans ce cadre, Stéphane Murigneux évoque l’industrie du rhum : en Martinique 1 milliard de litres d’eau sont utilisés par cette industrie et en Guadeloupe à peu près autant, voire plus à cause de l’industrie sucrière. 

A la Martinique, la distillerie Le Simon a pris conscience que son développement passait par une bonne gestion de l’eau. Ses besoins en eau entraient en conflit d’usage avec les besoins des habitants de la ville du François et avec les développements agricoles. Mais surtout la zone du François avait été classée comme sensible à l’eutrophisation. En raison de son isolement et de son éloignement géographique des centres d’épuration collectif, la distillerie a mis en place en 2004 un traitement de ses rejets industriels (vinasses). Aujourd’hui, elle préserve 80 millions de litres d’eau. 

Idem pour la SARA raffinerie des Antilles. Elle consomme 20 à 25 m3 d’eau par heure 24h/24. Un chiffre astronomique. Elle devient autonome en eau grâce à la désalinisation sans rejet de saumure. 

Mikaa Mered, Secrétaire général de la Chaire Outre-mer de Sciences Po, enseignant spécialisé sur l’enseignement des pôles, travaillant actuellement à l’écriture d’un ouvrage sur l’hydrogène est intervenu pour rappeler comment ce choix énergétique (l'hydrogène) pouvait entrer en conflit avec l’usage de l’eau. Toute l’Amérique du Sud est actuellement concernée par ces remarques et la Guyane qui a déjà fait des choix particulièrement.

L’hydrogène est un vecteur énergétique produit à partir d’énergie ENR et d’un électrolyseur qui prend de l’eau dématérialisée dans laquelle on passe un courant électrique et on sépare l’eau en hydrogène et oxygène. Pour obtenir de l'hydrogène il faut donc beaucoup d’eau mais on tend également à une nouvelle géopolitique de l’énergie qui resterait centralisée et va-t-on vers une énergie décentralisée ?

Existe-t-il une stratégie sur ce point outre-mer ? 

De nombreuses premières mondiales ont vu le jour dans les Outre-mer : hydrogène dans l’ouest guyanais, Sara en Martinique, géothermie à Bouillante…. Beaucoup de potentiels certes mais l’accès à l’eau devient déterminant pour passer du pilote au site industriel. On peut avoir de l’hydrogène soit par reformage de la biomasse ou électrolyseur, mais il faudra toujours beaucoup d’eau. Dans l’UE pas de problème. Ni en Guyane, ni à Tahiti car les ressources hydriques sont importantes.

Mais sur les territoires comme la Martinique et la Guadeloupe, le problème ne peut être réglé que par la désalinisation techniquement possible mais très coûteux. Le problème n’est plus alors technique mais sociétal. Les populations locales risquent de mal comprendre : 

  • Pourquoi des investissements massifs pour l’hydrogène alors qu’il n’y en a pas pour l’eau potable ?
  • Besoin de développement des réseaux d’eau
  • Enjeu de la représentation technique de certaines populations, notamment autochtones
  • On peut ainsi voir émerger une réaction à cette appropriation d’une ressource fondamentale qu’est l’eau.