Climat : Miquelon, un village en voie de relocalisation devant la montée du niveau des océans

Le village de Miquelon vu d’avion ©X. Philippenko/BRGM

Climat : Miquelon, un village en voie de relocalisation devant la montée du niveau des océans

Le nouveau rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) l’a encore souligné : les territoires insulaires sont particulièrement sensibles aux conséquences du réchauffement climatique et sont en première ligne face à la montée des océans. Au village de Miquelon, qui se trouve au niveau de la mer, un processus de déplacement est déjà initié.

 

Comment faire face aux risques côtiers et plus généralement à la montée du niveau des océans ? Selon Xénia Philippenko et Ywenn De La Torre du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), dans un article publié dans The Conversation, on distingue quatre attitudes : « se protéger, adapter les infrastructures et les comportements, accompagner le changement par des solutions fondées sur la nature ; enfin, déplacer les infrastructures ».

Sur ce dernier point, dans l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon, un processus de relocalisation a déjà commencé pour le village de Miquelon, situé tout au nord du territoire (voir carte ci-dessous). Le village, qui compte environ 600 habitants, se trouve au plus près de la mer, sur un cordon de galets. Depuis les années 2000, Miquelon est au cœur des bouleversements climatiques : « Les événements de submersion, de tempêtes et d’érosion se font plus fréquents, plus violents, et le village doit faire face à des dégâts de plus en plus récurrents. Dans un contexte d’élévation du niveau des mers, c’est la disparition de l’isthme, sur lequel est situé le village, qui constitue la menace principale » alertent les auteurs du BRGM.

Pour pallier au danger, le président François Hollande avait annoncé en 2014 l’instauration d’un Plan de prévention des risques littoraux (PPRL) pour Saint-Pierre-et-Miquelon. C’est un outil réglementaire qui sert à réguler l’urbanisme en zone submersible, à travers l’interdiction de construire dans les espaces les plus vulnérables. Par ailleurs, au grand dam des élus et de la population, la question du déplacement du village de Miquelon vers un site moins exposé avait également été évoquée.

En novembre 2018, l’opinion bascule, à la suite de deux tempêtes successives, avec des vents dépassant les 150 km/h à l’origine de dégâts importants à Miquelon et d’inondations par remontée de la nappe phréatique. Durant l’été 2019, « 89% des personnes interrogées se disent en faveur du déplacement du village », d’après le BRGM. Mais une question fondamentale se pose : où relocaliser ?

« La collectivité territoriale propose un déplacement vers la presqu’île du Cap, mais celle-ci, très petite et isolée, n’a pas la faveur des habitants qui préfèrent l’île de Miquelon, plus grande et connectée à l’île voisine de Langlade », précisent les auteurs. Depuis fin 2021, un système d’accompagnement dénommé « Atelier des territoires » a donc commencé pour penser le nouveau village. Ce processus entend favoriser l’émergence d’une stratégie bien définie en collaboration avec les acteurs locaux et le soutien d’une équipe d’experts, en s’appuyant sur les atouts et les dynamiques territoriales (élus, préfecture, collectivité et population).

« La relocalisation de Miquelon est donc initiée, mais doit encore faire face à de nombreux défis – financiers, législatifs, politiques, techniques et environnementaux. S’adapter nécessite d’accepter le changement, mais aussi d’avoir conscience qu’une stratégie peut mettre des décennies avant de se concrétiser. Pendant ce temps, l’élévation du niveau de la mer et ses impacts associés se poursuivent », conclut le BRGM.

 

PM