Entre 2021 et 2022, cinq publications autour des pratiques culturelles dans le département de Guadeloupe, de Guyane, de la Martinique, de Mayotte et de La Réunion ont été rendues publiques. Ces données avaient pu être récoltées alors qu’en 2018, pour la première fois, des territoires ultramarins étaient intégrés à cette grande enquête menée depuis 1973 dans l’Hexagone. C’est Amandine Louguet, Chargée d'études sur les pratiques culturelles dans les DROM au sein du Département des études, de la prospective, des statistiques et de la documentation du ministère de la Culture (Deps-doc) qui avait pour mission de superviser le prolongement de cette enquête en l’adaptant aux réalités des territoires ultramarins. Elle a accordé un entretien à Outremers360.
Outremers360 : L’Enquête sur les pratiques culturelles, qu’est-ce que c’est et à quoi cela sert exactement ?
Amandine Louguet : C’est une enquête qui existe depuis bientôt 50 ans. Au fil des éditions, elle nous a permis de décrire l’évolution des pratiques culturelles et d’analyser les relations entre les différentes formes d’accès à l’art et à la culture. C’est le principal outil de suivi des comportements culturels en France. Elle permet aux acteurs culturels de prendre la mesure des enjeux sur leurs territoires respectifs et de pouvoir mettre en place des politiques culturelles adaptées. Pour cette 6ème édition, nous avons intégré des territoires ultramarins parce qu’ils n’étaient pas dans le dispositif auparavant. Nous avons donc travaillé avec les services de la culture (les différentes directions des affaires culturelles), des associations, les services de la préfecture. Nous nous sommes beaucoup concertés avec les acteurs des différents territoires pour faire en sorte d'intégrer dans le questionnaire un maximum de pratiques locales, d’être au plus près des réalités des territoires.

Outremers360 : À qui est-elle destinée ?
Amandine Louguet : À ceux qui souhaitent avoir une meilleure connaissance des territoires, tous les acteurs ; cette enquête répond à un besoin d’objectiver, de chiffrer pour mieux comprendre ce qui se passe dans les territoires et aider à orienter certaines politiques publiques.
Outremers360 : Tous les territoires ultramarins ne sont pourtant pas concernés…
Amandine Louguet : Nous nous sommes arrêtés effectivement aux départements d’Outre-mer. La raison principale est d’ordre administratif et légal. En Polynésie française ou en Nouvelle-Calédonie, la répartition des missions et des rôles est différente. Ils ont leur propre ministère de la Culture. Nous pourrions être là en support, mais ce serait à eux d’initier la démarche. Nous n’avons pas abandonné l’idée, c’est juste que le Covid nous a rattrapé. Et puis, il y a pour d’autres territoires la question du nombre d’habitants. Il nous faut au moins 1000 personnes pour que statistiquement parlant ça soit assez solide. De plus, il y a d’autres enquêtes publiques qui se font… C’est délicat. Cela veut dire presque toujours interroger les mêmes personnes.

Outremers360 : Comment cela se passe sur le terrain ?
Amandine Louguet : Très bien. Les gens sont très contents de parler de ce qu'ils font au quotidien parce qu’au final les pratiques culturelles, c'est la vie quotidienne ! Ils prennent le temps de répondre : le questionnaire est fourni : il dure à peu près une cinquantaine de minutes, ce qui est relativement long pour un tel dispositif.
Outremers360 : Que faites-vous de toutes ces données ?
Amandine Louguet : Dans un premier temps, le but est de produire des premières publications afin de poser les bases : on étudie les grandes pratiques culturelles. Ensuite, on va faire des traitements un peu plus thématiques. Là, nous travaillons sur une publication, suite à l'enquête, qui portera sur les langues : les langues parlées, transmises, mais aussi utilisées au quotidien dans les consommations culturelles. Une autre publication et il y a une autre publication sur les pratiques informationnelles est également prévue : comment les gens s'informent ? Qui utilise la télévision ? les réseaux sociaux… La publication des résultats de l’enquête sur les pratiques culturelles dans les départements d’Outre-mer se poursuivra donc en 2023. Dans un troisième temps, on est en train de constituer un Conseil scientifique pour réunir des experts du milieu de la Recherche, sur ces questions ultramarines. Des chercheurs pourront candidater pour obtenir les données disponibles de l'enquête et le Ministère de de la Culture les financera dans leurs recherches. C’est vraiment, voyez-vous, une enquête en plusieurs volets.

Outremers360 : Et qui prend du temps…
Amandine Louguet : De l'extérieur, ça peut paraître long, mais il ne s’agit pas d’une enquête marketing menée sur des petits échantillons de personnes. Nous sommes ici sur de gros dispositifs qui nécessitent parfois que les enquêteurs restent 6 mois sur le terrain. Ensuite, il y a le traitement des données, la rédaction… Trois ans, c’est à peu près normal pour un si gros dispositif, surtout que nous sommes sur la première édition.
Outremers360 : Comment pourrait-on résumer ces mois passés sur le terrain ?
Amandine Louguet : Il y a un résultat assez marquant : quand la pratique culturelle ne dépend pas d'un équipement culturel du type théâtre, cinéma… On observe que les pratiques sont relativement importantes et plutôt présentes dans tous les territoires... Une part importante de la population regarde la télévision, écoute la radio et de la musique au quotidien. Cependant, on voit que quand les pratiques dépendent d'un équipement culturel, il y a une différence de pratiques entre les territoires ultramarins et la France métropolitaine et ça s'explique en grande partie par une moindre dotation des territoires ultramarins en équipement. Et contrairement aux idées reçues, on a l'impression qu’il ne se passe rien au niveau culturel sur ces territoires, mais c'est tout le contraire : la culture est partout. On la voit tout autant qu'en France hexagonale, mais dans des formes plus diverses et variées.

Abby Said Adinani























