10 mai : 180 ans après l’abolition de l’esclavage en France, « les inégalités et le racisme n’ont pas disparu dans notre pays », estime Sébastien Lecornu

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10 mai : 180 ans après l’abolition de l’esclavage en France, « les inégalités et le racisme n’ont pas disparu dans notre pays », estime Sébastien Lecornu

Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, le président du Sénat, Gérard Larcher, le président de la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage, Jean-Marc Ayrault, la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou et 400 personnes ont célébré, ce dimanche au Sénat, la Journée nationale des mémoires de la traite de l’esclavage et des leurs abolitions, issue de la loi Taubira, loi qui fête ses 25 ans cette année.

Il y a 20 ans, en 2006, était instaurée la Journée nationale des mémoires de la traite de l’esclavage et de leurs abolitions, une journée mémorielle issue de la loi Taubira de 2001. « La France, qui fut hélas parmi les pays qui ont pratiqué la traite et l’esclavage pendant des décennies, devint aussi l’un des premiers pays au monde à l’abolir une première fois, en 1794, et définitivement en 1848 », a rappelé le chef du gouvernement.

« Et grâce à cette loi adoptée il y a 25 ans, la France est au premier rang des pays engagés dans le combat universel pour une juste reconnaissance et mémoire de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions », a-t-il ajouté. « L’esclavage a été définitivement aboli en France voici près de 180 années, mais les inégalités et le racisme n’ont pas disparu dans notre pays », a également déclaré Sébastien Lecornu, fustigeant « les attaques odieuses dont ont été la cible certains élus de couleur à l’issue des élections municipales ».

Dans la salle des conférences du Sénat étaient notamment présents de nombreux élus municipaux de l’Hexagone, dont Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, qui, depuis son élection, concentre à son égard de nombreuses attaques et insinuations. Également présents dans la salle : l'ancien Premier ministre et ancien ministre des Outre-mer, Manuel Valls, les parlementaires ultramarins, le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, ses adjoints Audrey Pulvar et Laurent Sorel, les ambassadeurs, dont celui d’Haïti, et les représentants de la société civile, associations notamment. En tout, 400 personnes étaient présentes au Sénat ce dimanche.

« En Outre-mer, le combat pour l’égalité réelle se poursuit, avec un engagement sans précédent de l’État et des élus, dans les trois océans » a également assuré Sébastien Lecornu. Le Premier ministre a promis « une nouvelle impulsion aux actions engagées sur le terrain » pour le renouvellement de la convention entre la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage et l’État, notamment dans l’éducation et la recherche.

Gérard Larcher a lui salué l’ancienne députée et ministre de la Justice, Christiane Taubira, mais aussi l’ancien président du Sénat, Gaston Monnerville ; ainsi que les anciens sénateurs Victor Schœlcher et l’Abbé Grégoire, dont « l’engagement » a rendu « indissociable l'abolition de l'esclavage de l'octroi de la citoyenneté ». « N'oublions jamais que les esclaves ont aussi eux-mêmes combattu pour cette abolition de leur liberté et la reconnaissance de leur humanité » a-t-il aussi souligné, citant Jean-Baptiste Belley et Toussaint Louverture.

« Ce moment de mémoire partagée (…) doit être pour nous l'occasion de montrer que la lutte contre l'asservissement et celle contre le racisme sont encore des combats que nous avons à mener avec exigence » a insisté le président du Sénat, appelant la culture, et notamment le cinéma et les plateformes numérique à « être au cœur du combat ».

« Les crimes reconnus gagneraient maintenant à être réparés. Il en va du sens de la justice » a aussi estimé Gérard Larcher, souhaitant une « réparation » aux « formes multiples, symboliques, culturelles, éducatives, sociales, économiques » et « construites dans le dialogue ».

Si la loi Taubira « est toujours actuelle, ce n’est pas seulement parce qu’elle a qualifié la nature du système inhumain que la France a mis en place, administré et codifié dans ses colonies pendant plus de deux siècles. C’est aussi parce qu’elle nous rappelle, comme l’ont fait les mots de Christiane Taubira (…) que ce passé est toujours présent » a déclaré pour sa part Jean-Marc Ayrault, appelant lui aussi à la « réparation ».

« Dans les Outre-mer d’abord, dont la structure économique et sociale reste marquée par les inégalités mal résolues d’un système que l’abolition n’a pas détruit, en indemnisant les anciens propriétaires plutôt que les nouveaux libres. Ensuite, ce passé est toujours présent dans nos sociétés, où le racisme anti-noir continue d’humilier, de blesser, de discriminer » a-t-il insisté, citant aussi les relations Nord-Sud, « qui continuent d’être marqués par une inégalité héritée de cinq siècles de colonisation ».

L’ancien Premier ministre, qui préside désormais la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage, appelle à « construire dans les Outre-mer des sociétés à la fois moins inégalitaires et plus apaisées » ; « lutter contre le racisme anti-noir partout où il s’exprime, partout où il discrimine » et à « entendre les appels des pays du Sud à plus de justice dans les relations internationales, pour la paix et la fraternité universelle ».

« Ceux qui ont été indemnisés à l’abolition de l’esclavage, ce ne sont pas les victimes, ce sont les bourreaux » a réagi Laurent Sorel, adjoint à la mairie de Paris, en charge des Outre-mer, appelant à « l’égalité républicaine » et à des « réparations concrètes » sur la « vie chère », ou encore le prix des billets d’avion entre l’Hexagone et les Outre-mer. « Il y a une dette » a-t-il poursuivi, « la France doit aller vers cette réparation, pour les territoires ultramarins et pour elle-même ».

« Les actes formels, l'égalité, la réparation ne font pas parties des politiques menées par les gouvernements successifs d'Emmanuel Macron » a regretté pour sa part la députée de Martinique Béatrice Bellay, qui plaide une « réparation qui passe à un changement de vie de nos compatriotes », « une réparation collective, le fait de pouvoir à nouveau donner des chances » aux Ultramarins. « Nous exigeons des réparations et actes concrets de la République » a-t-elle martelé.

« Comment réparer ? » s’est interrogée la sénatrice de Guadeloupe Solanges Nadille. « La réparation ne peut pas être que financière (...). Ça passe par une discussion », a-t-elle poursuivi, estimant aussi que la restitution des œuvres « spoliées » et des restes humains fait aussi partie de la réparation.