Santé : En Nouvelle-Calédonie, l’intelligence artificielle au service de la radiologie

Santé : En Nouvelle-Calédonie, l’intelligence artificielle au service de la radiologie

©Milvue

Il y a près d’un an, la société Milvue commercialisait son logiciel (intelligence artificielle) d’analyse et de tri des radiographies d’urgence. L’élaboration de ce logiciel est partie du constat de la grande variabilité dans l’interprétation des radiologues et du manque de ressources radiologiques en temps réel. L’objectif est donc de réduire les délais et les erreurs de diagnostics et de fluidifier la prise en charge des patients dans les services spécialisés. Une solution qui pourrait, à l’avenir, débarquer en Outre-mer et notamment en Nouvelle-Calédonie. Un sujet de notre partenaire Actu.nc. 

Environ 5% des patients obtiennent un premier diagnostic erroné. Or, la radiologie occupe une place importante pour établir les diagnostics, analyser les symptômes et évaluer les traitements chez un patient. En France, le secteur de l’imagerie médicale représente 10% de part de marché de la technologie de santé. Si le poids de la radiologie est prépondérant, des disparités sur le territoire national persistent. Ce manque d’accès en soins de radiologie s’intensifie dans des régions peu pourvues en matériels et en professionnels. La France a donc décidé de soutenir le développement de projets innovants d’entreprises dans l’imagerie médicale en débloquant 1,5 milliards d’euros.

Et la société Milvue en fait partie. Créée en 2018, elle développe et commercialise une solution d’intelligence artificielle (IA) pour la radiographie des urgences. Elle sert à prioriser les radiographies d’urgence pour aider à la détection d’anomalies thoraciques ou en traumatologie. « En métropole, quatre radiographies d’urgence sur cinq ne sont pas directement interprétées par un radiologue, mais en différé avec une moyenne de 12 à 72h de délai », explique Alexandre Parpaleix, président et co-fondateur de Milvue et médecin radiologue à l’hôpital Saint-Antoine à Paris.

L’IA est-elle une menace pour le métier de radiologue ?

Selon les statistiques, 70% des patients se présentant aux urgences passent obligatoirement une radiographie. Or, les médecins ont beaucoup de difficultés à absorber ce volume important de production de radios. « Il y a une limitation humaine qui fait que nous ne pouvons pas tout interpréter en temps réel. Cependant, dans le cadre de l’urgence, il est important d’avoir un diagnostic rapide », indique le radiologue. De plus, la problématique du manque de ressources radiologiques en temps réel pour interpréter les examens, est une vérité notamment dans les territoires ultramarins. « Notre objectif, à termes, est de nous développer à l’international et dans les Outre-mer, notamment en Nouvelle-Calédonie. Cela pourrait réduire considérablement un désert médical ».

Déployée dans une dizaine de centres de radiologie et hôpitaux, pour l’instant, Milvue traite entre 250 et 300 examens par jour en métropole. La solution est vendue sous forme d’abonnement annuel selon les volumes traités par les hôpitaux. « Rapporté au prix d’un examen, l’abonnement vaut à peu de choses près 1 euros 50 la radiographie [soit un peu moins de 180 francs CFP, ndlr] pour l’hôpital », précise Alexandre Parpaleix. « Si nous avons un logiciel qui met en évidence les 30% d’examens pathologiques, nous maximisons le temps et la concentration des professionnels de santé sur ces examens ».

L’idée est donc d’avoir un logiciel qui a appris, sur des centaines de milliers de cas, à différencier les symptômes. Cet algorithme va tourner sur chaque image produite aux urgences et permettre au médecin d’avoir une « vision sécurisée » de son interprétation. Avec l’émergence de l’IA, la radiologie apparaît comme la spécialité la plus menacée, remplaçant complètement le radiologue. Ce futur reste bien éloigné de la vérité, selon le co-fondateur de Milvue. « Cela va permettre de le remettre dans le jeu de l’expertise de diagnostic. Nous redonnons la main au radiologue ».

Si les systèmes IA ont un grand potentiel pour lire des images, leur capacité à rédiger un compte-rendu structuré reste en effet limitée. L’intelligence artificielle dans l’imagerie médicale permet donc de sécuriser la lecture des examens et d’éviter aux médecins les étapes les plus ingrates de l’interprétation. Ils pourront donc se concentrer sur la pose du diagnostic et la prise en charge du patient.

Hugo Coeff pour Actu.nc