Polynésie - « Sites remarquables » : Un premier bail signé à Raiatea, en attendant Tupai et Huahine

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Polynésie - « Sites remarquables » : Un premier bail signé à Raiatea, en attendant Tupai et Huahine

Le gouvernement de Moetai Brotherson a signé avant les fêtes un bail qui doit permettre à un investisseur étranger d’étudier la construction du Te Hau Moana, un complexe de « tourisme vert » sur le gigantesque domaine Martin, près de Avera, à Raiatea. Si les études confirment la viabilité de ce projet de 800 clés, qui mêle grande hôtellerie, tourisme nature, parcours de golf et marina, le bail se prolongera au long terme. Un format juridique qui a pris beaucoup de temps à être développé mais qui doit maintenant profiter à d’autres « sites remarquables » en attente de projets hôteliers. À commencer par le terrain de l’ex-Hana iti à Huahine et l’atoll de Tupai, qui recevront des visites d’investisseurs en ce mois de janvier. Précisions avec notre partenaire Radio 1.

C’est un projet évoqué depuis près d’une décennie à Raiatea, et qui prendra encore quelques années à se préciser, avant – éventuellement – d’être lancé. Mais il a franchi un premier pas concret, juste avant les fêtes : le gouvernement a signé un bail avec la société d’un investisseur étranger, qui dispose d’après le Pays d’importants actifs à Hong-kong, Singapour ou en Australie, pour étudier le développement d’un complexe touristique vert sur le domaine Martin. Ce « Te hau moana », le nom du projet, se voit donc confier un foncier public gigantesque – environ 600 hectares -, situé près d’Avera à Taputapuatea, qui avait été acquis par le Pays pour faire du développement touristique, et sur certaines parcelles, agricole. Le gros du domaine est considéré par la présidence comme un des « sites remarquables » qui doivent accueillir de grands projets hôteliers.

Hôtel, « glamping », golf et marina

Ce bail, dont le format est travaillé depuis près de deux ans par les services juridiques et fonciers du Pays, doit donc permettre au promoteur de confirmer la viabilité de son projet, et ce dans une limite de six ans. « Si les études sont concluantes, le projet sera lancé avec un second bail de très longue durée, pour un projet qui est assez gigantesque : il s’agit ni plus ni moins de construire 800 clés », précise Moetai Brotherson.

La naissance d'un tel complexe, sur un terrain principalement situé côté montagne, sur une zone en grande partie forestière et par endroit accidentée, parait des plus inédites. Mais l’investisseur, déjà en contact avec le gouvernement précédent et avec la mairie de Taputapuatea, et dont le gouvernement dit avoir « vérifié » le profil et les antécédents avec l’aide de l’État, est « tombé amoureux » du site et de la Polynésie. Et a mis sur la table un projet d’ensemble « eco-touristique », tourné vers les activités naturelles, sportives et culturelles, dans une commune qui accueille aussi, plus au Sud, le complexe de marae classé à l’Unesco. Il s’agit de profiter de l’espace, et des atouts naturels du site pour installer une large gamme d’hébergements et d’équipements, de l’hôtellerie de luxe au « glamping » (camping « glamour » et beaucoup plus confortable) en forêt, d’une marina pouvant accueillir des yachts à un, voire deux parcours golf « de classe internationale ».

Cette idée d’implanter un nouveau golf à Raiatea – avec des « villas golfiques » qui vont avec – ne date d’ailleurs pas d’hier : en 2016, le gouvernement Fritch avait déjà identifié l’île sacrée, et ce domaine en particulier, pour accueillir un troisième parcours de Polynésie. Un développement gourmand en foncier – une cinquantaine d’hectares en moyenne pour un seul 18-trous – mais jugé « nécessaire » pour proposer aux touristes, notamment les Américains, des séjours à thème entre Moorea, Tahiti et les Raromatai. Il s’agirait aussi d’attirer pour une journée ou de prolonger le séjour de pensionnaires de grands hôtels de Bora Bora. Les plans du Te Hau Moana sont foisonnants : les promoteurs ont aussi évoqué le développement d’agrotourisme dans le projet, un travail sur la production locale, avec l’idée d’une « école de cuisine » intégrée au complexe, ou encore un positionnement sur le tourisme de santé et bien-être sur une partie du site. Forcément de quoi plaire au tavana sortant de Taputapuatea, Thomas Moutame, candidat à sa réélection aux municipales de mars.

Huahine et Tupa’i, en attendant Atimaono et Moorea

Le domaine Martin est donc le premier des 18 « sites remarquables » listés par le gouvernement, en début de mandature, pour un potentiel développement touristique, à faire l’objet d’un bail. Moetai Brotherson avait souhaité proposer les cinq premiers à des investisseurs en 2025. C’est finalement en 2026 que des appels à projets devraient être lancés, en mettant à profit le modèle de bail créé pour le Te Hau Moana. Il s’agit du terrain de l’ex-Hana Iti, et sa magnifique plage de sable blanc à Huahine, ainsi que de l’atoll de Tupai, plusieurs fois mis en avant depuis le début de la mandature auprès d’investisseurs, notamment lors du voyage du président du Pays à Singapour. Ce devrait toutefois être un groupe hong-kongais » qui ira visiter ces deux sites dans le courant du mois de janvier. « Ça ne veut pas dire que ces sites leur seront attribués au gré à gré : ils viennent voir ce que c’est, humer l’âme de ces sites pour ensuite avoir une meilleure idée de ce qu’ils pourraient proposer », précise le chef du gouvernement.

La plupart des 18 « sites remarquables » sont jugés, et après étude, pas encore prêt à intéresser les investisseurs. Mais l’exécutif veut avancer sur certains d’entre eux. Comme les abords du golf d’Atimaono, qui a fait l’objet de nouveaux investissements et qui attend une structure hôtelière depuis des lustres, en plus d’autres projets de développement, agricole, économique ou administratif, sur le reste du domaine de Deva. Le site du club Med de Moorea, abandonné en 2001, et paralysé par des débats familiaux et fonciers fait aussi partie des priorités.

En revanche, aucun nouveau projet de développement hôtelier n’est évoqué pour le site de Vairai, où le Mahana Beach et le Village Tahitien ont tous deux été abandonnés. La zone prioritaire d’aménagement et de développement touristique créée en 2014 a récemment été réduite aux seuls terrains côté mer, mais reste, à ce jour, toujours active.

Par Radio 1