Mi-2021, la Banque des Territoires ouvrait une agence à Papeete, lui permettant d’étendre et renforcer son action à l’ensemble de la Polynésie. Près de quatre ans après, cette agence change de direction, Joris Ben Safi laissant sa place à Florian Beck. L’occasion de dresser un premier bilan de la Banque des Territoires en Polynésie.
« La Banque des Territoires a ouvert mi-2021 une agence pour accompagner au mieux nos interventions en faveur des acteurs institutionnels et économiques du Territoire » rappelle Hervé Tonnaire, directeur Outre-mer et Pacifique de l’organisme, contacté par la rédaction d’Outremers360.
Depuis cette ouverture, la Banque des Territoires a distribué près de 11 milliards de Fcfp, soit plus de 92,4 millions d’euros de financements sous différentes formes : « sous la forme de prêts au secteur public local (Pays, Port autonome de Papeete et logement aidé) pour 7,4 milliards de Fcfp (62 millions d’euros) ; sous la forme d’investissements (prises de participations ou obligations) aux côté du secteur privé pour 1,9 milliards Fcfp (15 millions d’euros) ; sous la forme de prêts aux professions juridiques pour 41 millions de Fcfp (345 000 euros) ; et sous la forme de subventions au secteur public local pour 1,6 milliards de Fcfp (13,3 millions d’euros) au travers la déclinaison de plusieurs appels à projets et AMI de France 2030 ou du Plan d’Investissement Avenir (PIA) Outre-mer » précise Hervé Tonnaire.
Dans le détail, la Banque des Territoires a, en Polynésie, soutenu des projets dans divers secteurs. Le logement social et intermédiaire en premier lieu, à travers un financement du nouveau bailleur ARANA, filiale de l’OPH, et notamment l’octroi de quatre prêts d’un montant total de 513 millions d’euros pour la première résidence du bailleur : Mahanaroa. Un programme de 23 logements sociaux et intermédiaires dans la commune de Faa’a. De nouveaux prêts ont été signés en décembre dernier et un nouveau programme de 37 logements est prévu en financement en 2025.
Côté transports, la Banque des Territoires sera candidate au sein d’un groupement au renouvellement de la concession de l’Aéroport international de Tahiti-Faa’a. D’ailleurs la Caisse des dépôts et consignation, dans la BDT est une des directions, a apporté une participation de 30% au capital d’Aéroport de Tahiti. Toujours côté transports, la BDT a financé l’acquisition, par la SNA Tuha’a Pae -un des nombreux armateurs de la Collectivité, d’un navire neuf bas carbone de transport de fret et de passagers entre Tahiti et l’archipel des Australes. « Ce financement innovant voit ainsi son taux indexé en fonction de ratios d’émissions de gaz à effet de serre par le navire qui seront calculés annuellement afin d’encourager une exploitation responsable et environnementalement vertueuse du navire ».
Sur le numérique et les télécommunications, la BDT a apporté, en mai 2024, un financement à l’opérateur « alternatif » Viti, concurrent de l’opérateur public, dans le cadre du déploiement de son réseau 4G LTE dans les îles sous-le-vent (Raiatea, Huahine et Bora Bora) et pour la mise en place d’un réseau 5G à Tahiti. Enfin sur le tourisme, la BDT a apporté un financement pour la construction d’un hôtel 4 étoiles de 60 clés à Raiatea.
Sur les appels à projets, appels à manifestations d’intérêts lancés à l’échelle nationale (PIOM, France 2030) et mis en œuvre localement, Hervé Tonnaire cite en premier lieu la subvention de 143 millions Fcfp pour la mise en place de cinq campus connectés à Raiatea, Rangiroa, Teva i Uta, Nuku Hiva et Tubuai, dans le cadre de l’appel à projets archipels connectés (Campus Connectés) porté par la DGEE et l’Université de Polynésie française. Porté également par l’Université, cette fois-ci avec la DGAE, la BDT a octroyé une subvention pour la mise en place du programme Nahiti (PIOM) qui vise à structurer l’écosystème de l’innovation en Polynésie française.
Dans le cadre du projet TAVIVAT (France 2030), porté par la DAG, la BDT a apporté une subvention de 36 millions de Fcfp pour le financement de la phase de maturation du projet, qui vise à développer les productions vivrières traditionnelles de produits amylacées en Polynésie française, et leur distribution au sein des cantines scolaires. In fine, le montant total des subventions en phase réalisation sera porté à 700 millions de Fcfp. Dans la suite du projet TAVITAT, le projet SATAAP, dont l’objectif est le même mais vise spécialement l’archipel des Tuamotu, la Banque des Territoires va aussi y apporter une subvention de 36 millions de FCFP, toujours pour la maturation, et avec l’objectif de porter une aide à la réalisation à 600 millions de Fcfp.
Le foncier, « enjeu stratégique »
La semaine dernière à Papeete, Florian Beck, qui succède à Joris Ben Safi à la tête de l’agence polynésienne de la BDT, a rencontré le ministre polynésien du Logement, Oraihoomana Teururai, en compagnie d’Hervé Tonnaire. « La mission confiée à Florian Beck sera de continuer et amplifier le travail partenarial engagé et de s’inscrire dans la démarche d’écoute et de co-construction avec l’ensemble des acteurs de réponses adaptées aux particularités fortes d’un territoire multi-archipélagiques, à la culture forte et aux enjeux nombreux : adaptation au changement climatique ; résilience territoriale et développement, au côté du tourisme de nouveaux axes économiques (économie verte et bleue) ; évolution sociétale et vieillissement ; diversification de l’offre d’habitat », explique ce dernier.
« La poursuite de l’accompagnement de la politique en faveur du logement abordable sera une priorité mais notre action continuera aussi à se déployer en faveur des enjeux de transitions énergétiques et écologiques avec la volonté d’accompagner notamment des entreprises polynésiennes innovantes comme notre souhait au-delà de l’île « capitale » d’accompagner les autres collectivités avec des projets sur Moorea ou encore aux Marquises », a ajouté Hervé Tonnaire.
Dans un communiqué, la présidence de la Polynésie avait évoqué une « coopération élargie dans le domaine du foncier » pour « accélérer les opérations d’aménagement et faciliter l’accès au logement ». « Le foncier sur l’île de Tahiti, principalement sur l’agglomération de Papeete, se raréfie et devient, comme ailleurs en Outre-mer, un enjeu stratégique notamment pour permettre la mise en œuvre de la politique ambitieuse de logements abordables voulue par le gouvernement polynésien », justifie Hervé Tonnaire qui rappelle que « la Banque des Territoires dispose d’outils de prêts particuliers de très long terme pour permettre l’acquisition et le portage de réserves foncières ». L’organisme peut aussi participer « aux côtés du Pays à une réflexion sur l’opportunité de créer un véhicule dédié à l’aménagement public de type SEM ».