La Nouvelle-Calédonie invitée au G7 Environnement : « un exemple de biodiversité durablement gérée en Outre-mer »

©Ministère de la Transition écologique

La Nouvelle-Calédonie invitée au G7 Environnement : « un exemple de biodiversité durablement gérée en Outre-mer »

Jérémie Katidjo Monnier, membre du gouvernement calédonien chargé du développement durable, de la biodiversité, de la gestion et de la valorisation du parc naturel de la mer de Corail, a participé jeudi 23 avril à l’ouverture du G7 Environnement à Paris, invité par la ministre de la Transition écologique Monique Barbut. L’occasion de défendre l’archipel et sa politique environnementale, alors que le parc de la mer de Corail fête ses douze ans cette année.

Seul territoire ultramarin représenté à ce G7 Environnement, qui a eu lieu jeudi et vendredi dernier en amont du G7 d’Évian-les-Bains (15 au 17 juin), la Nouvelle-Calédonie -à travers la voix de Jérémie Katidjo Monnier- a porté sa politique environnementale face aux membres des gouvernements américain, britannique, canadien, italien et japonais, mais aussi face aux pays invités : Kenya, Brésil, Mongolie, Corée du Sud et Arménie, qui va tenir la COP biodiversité.

Était également présente, côté français, la ministre en charge de la Mer et de la pêche, Catherine Chabaud. Pour la séquence d'ouverture, « moment fort de ce G7 Environnement », cette dernière « a souhaité que la Nouvelle-Calédonie, qui est un exemple de biodiversité durablement gérée en Outre-mer, puisse présenter le travail qui est fait sur le marin » a expliqué Jérémie Katidjo Monnier, contacté par Outremers360. « Ce G7 Environnement était tourné principalement sur les aires marines protégées, sur le Traité pour la protection de la haute mer (BBNJ, ndlr), et aussi sur la lutte contre la pêche illégale ».

« Des sujets sur lesquels la Nouvelle Calédonie et le gouvernement, à la fois le gouvernement calédonien et le gouvernement parisien, travaillent ensemble depuis plus de 12 ans maintenant avec des résultats qui sont plus qu'encourageants » assure le membre de l’exécutif calédonien. Le parc naturel marin de la mer de Corail, qui couvre le million de km2 de la ZEE de l’archipel, a été présenté comme « outil de gestion durable », dont une partie « en réserve de protection forte » et « en limite de zones économiques exclusives frontalières » avec les Salomon, le Vanuatu ou encore l’Australie.

Le parc naturel de la mer de Corail a aussi des liens « avec les prochaines réserves qui pourraient se faire dans les eaux internationales, puisqu'on a des frontières avec les eaux internationales qui permettraient de créer des réserves écologiques essentielles pour les oiseaux dans le Pacifique ». « C'est la première fois que le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie est invité à participer à l'ouverture et à la première séquence de discussion et de négociation dans le cadre d'un G7 » salue le membre du gouvernement. « C'était vraiment un beau moment pour l’archipel, de porter ce message et cette ambition de protéger les océans ».

Au-delà des discours, la Nouvelle-Calédonie -et la France en tant que présidente cette année du G7- attend des engagements, maintenant que le BBNJ peut entrer en vigueur grâce au nombre de ratifications minimales atteint. Et parmi les premiers objectifs : la création de réserves en haute mer, hors des juridictions nationales. Des réserves internationales donc, « qui soient à la fois au bénéfice des Polynésiens qui subissent de la pêche intensive, non régulées dans les eaux internationales en limite de leur zone économique exclusive, mais aussi pour nous dans le Pacifique, en prolongement de nos réserves ».

« Les pays du Pacifique et les Outre-mer prennent leurs responsabilités en matière de gestion durable. Mais dans les eaux internationales qui ne sont pas régulées, on rencontre des comportements qui ne sont pas responsables. Donc, ce qu'on voudrait voir, c'est que nos efforts sur nos zones économiques exclusives soient prolongés » explique Jérémie Katidjo Monnier. « Pour les Outre-mer, c'est la France qui porte ce discours. On voulait montrer que les Outre-mer sont en appui du gouvernement parisien sur le sujet de la haute mer qui est essentiel pour nos écosystèmes ».

Un enjeu environnemental, sociétal mais aussi économique

« Ce qui était intéressant pour nous de montrer, c'est que les sujets liés à l'environnement sont aussi des sujets économiques et sociétaux », poursuit le membre du gouvernement. « Il y a 12 ans, on a créé le parc à la fois avec les associations environnementales, mais aussi avec les coutumiers de Nouvelle-Calédonie. Les représentants des Pays Kanak sont tous présents au comité de gestion du parc, qui permet d'avoir une parole des populations locales dans la gestion du parc. C'est essentiel ». Un discours dans lequel se retrouve le Canada, qui fait aussi intervenir les représentants des peuples premiers dans sa politique environnementale.

Côté économique, Jérémie Katidjo Monnier l’assure : la protection de l’océan est bénéfique aux pêcheurs locaux, qui défendent entre autres, le moratoire calédonien sur l’exploitation des fonds marins sur les 50 prochaines années. « Ce moratoire a été porté par les associations environnementales, par les coutumiers, parce que les grands fonds sont les lieux où les esprits des anciens se reposent dans la cosmogonie Kanak, mais aussi par les pêcheurs, qui eux, savent par expérience que les grands fonds sont liés à la surface. Ce qu'on abîme dans les grands fonds peut avoir des impacts notamment sur le thon, qui est quand même notre troisième source d'export après le nickel et la crevette ».

« Donc, on voit qu'aujourd'hui, dans la gestion durable de l'océan, le monde économique, les pêcheurs notamment, sont plus qu'intéressés à préserver la ressource », assure Jérémie Katidjo Monnier. Un discours qui, souligne-t-il, ferait aussi écho au Japon, qui aurait assuré se mobiliser également dans la création de réserves maritimes en haute mer.

« C'était un moment fort pour les Outre-mer. Une vraie responsabilité pour la Nouvelle-Calédonie de participer à cette discussion. Une première pour ce gouvernement calédonien créé avec les accords de Nouméa » se félicite encore Jérémie Katidjo Monnier qui souligne aussi l’importance « de montrer une autre image du pays » dans le moment « difficile » que traverse encore l’archipel : « un pays qui se retrouve sur les sujets essentiels que sont la préservation de notre biodiversité, qui est exceptionnelle aussi bien au niveau terrestre que maritime ».

En espérant que les questions environnementales soulevées lors de ce G7 Environnement ne soient pas éclipsées par la guerre au Moyen-Orient et la crise pétrolière qui en découle.