Grandes figures des Outre-mer : Pouvanaa a Oopa, premier député polynésien, sénateur, et père du nationalisme tahitien

Buste de Pouvanaa a Oopa sur la place Taraho’i à Papeete ©DR

Grandes figures des Outre-mer : Pouvanaa a Oopa, premier député polynésien, sénateur, et père du nationalisme tahitien

Outremers 360 poursuit sa série hebdomadaire sur les personnalités emblématiques qui ont marqué l’histoire des Outre-mer. Nous nous intéressons aujourd’hui à l’incroyable parcours de Pouvanaa a Oopa, un modeste charpentier polynésien qui devint plusieurs fois député, sénateur, et la figure incontournable du nationalisme tahitien, injustement emprisonné pendant huit ans et réhabilité plus de quarante ans après son décès.

Pouvanaa a Oopa, de son nom complet Pouvanaa a Oopa Tetuaapua, naît en 1895 sur l’île de Huahine. Son éducation va se limiter à la participation aux écoles du dimanche et du jeudi de sa paroisse protestante. Il ne fréquente l’école publique que pendant une courte période. Comme beaucoup de ses compatriotes à l’époque, il exerce des activités très variées. Il devient finalement un charpentier réputé, travaillant le bois avec dextérité. Il cultive également la terre, notamment la vanille, récolte le coprah, et pratique la pêche.

En janvier 1918, Pouvanaa a Oopa se porte volontaire pour participer à la Première Guerre mondiale. Il rejoint alors le bataillon mixte du Pacifique et combat dans les tranchées. Il prend part à l’assaut de Vesles‑et‑Caumont, un épisode décisif qui contribuera à la renommée du bataillon. Après l’armistice, il voyage dans l’Hexagone et s’étonne que les libertés dont jouissent les citoyens en France ne soient pas accordées aux Polynésiens. De retour sur son île natale en juillet 1919, il s’installe ensuite à Tahiti. En 1921, il y épouse Louise Tumahai, avec qui il aura cinq enfants.

Premier député d’origine tahitienne en 1949

Dans l’entre deux guerres, les Établissements français de l’Océanie (EFO) fonctionnent comme une véritable colonie. Cependant, le gouverneur et l’administration en place peinent à comprendre les réalités culturelles et sociales du pays. La richesse locale est largement contrôlée par de grandes maisons de commerce financées par des capitaux français et étrangers, mais dirigées sur place, pour la plupart, par ceux que l’on appelle les Demis (métis). Dans ce contexte, de nombreux Tahitiens ont le sentiment d’être devenus étrangers sur leur propre terre.

Aucune activité politique de Pouvanaa a Oopa n’est attestée avant 1940. Cette année‑là, il joue pourtant un rôle déterminant dans le ralliement des EFO à la France libre de Charles de Gaulle. Mais ses prises de position contre les abus de certains fonctionnaires venus de l’Hexagone lui valent d’être assigné à résidence à Huahine jusqu’en décembre 1945.

Lorsque les EFO deviennent un territoire d’Outre‑mer en 1946, Pouvanaa s’impose comme la figure centrale du mouvement anticolonialiste et nationaliste. En août 1949, il est élu député — le premier d’origine polynésienne — et fonde le Rassemblement démocratique des populations tahitiennes (RDPT). Son parti enchaîne alors les victoires aux élections territoriales, à l’Assemblée de l’Union française et au Conseil de la République, tandis que lui-même est réélu en 1951 puis en 1956.

Regardez ce documentaire très exhaustif sur Pouvanaa a Oopa (Youtube, durée 1h30, sorti en 2012 et réalisé par Marie-Hélène Villierme).

Photo de Pouvanaa a Oopa durant son incarcération dans l’Hexagone ©DR

Vice‑président et ministre de l’Intérieur au sein du premier Conseil de gouvernement de ce territoire désormais appelé Polynésie française depuis la loi Defferre de 1956, Pouvanaa a Oopa fait campagne pour le « non » au maintien dans la République lors du référendum constitutionnel de 1958. Cette prise de position marque le début de sa mise à l’écart.

Pouvanaa a Oopa et son mouvement perdent le référendum : la campagne électorale est inégale et le non au maintien est largement battu. Le 8 octobre 1958, le Conseil de gouvernement est dissous et, trois jours plus tard, Pouvanaa est arrêté, accusé de « complicité de destruction d’édifices et détention d’armes  et de munitions sans autorisation » ainsi que d’avoir tenté d’incendier Papeete avec ses partisans. Un an plus tard, il est jugé et condamné à huit ans de réclusion criminelle et à quinze ans d'interdiction de séjour en Polynésie. Il est aussi déchu de son mandat de député.

Les nombreux experts, juristes, historiens qui ont travaillé sur le cas Pouvanaa et participé à sa réhabilitation n'hésitent pas à parler de justice coloniale, pour qualifier l'enquête et la condamnation du Metua. Alors que l'Algérie prend son indépendance, le général de Gaulle se penche sur une solution de repli pour les essais nucléaires français. L'option B étant la Polynésie française. Mais Paris veut faire place nette et éviter tout mouvement de contestation, incarné par Pouvanaa a Oopa. Des archives (présentées notamment dans le documentaire de Marie-Hélène Villierme) montrent explicitement la volonté du Général d'écarter le Metua de la vie politique tahitienne. 

Révision du procès

Pouvanaa a Oopa a toujours nié avoir ordonné les deux incendies survenus à Papeete dans la nuit du 10 au 11 octobre 1958. Par la suite, certains gendarmes ont reconnu que des témoignages avaient été fabriqués ou obtenus sous la menace pour étayer l’accusation. D’autres déclarations, au contraire susceptibles de l’innocenter, ont été écartées. De nombreuses incohérences entachent ainsi la condamnation prononcée contre celui que les Tahitiens appellent le « Metua », le « père » de la nation.

Gracié de sa peine en 1966, Pouvanaa a Oopa est autorisé à revenir en Polynésie en 1968, puis amnistié en 1971. Son retour à Tahiti est triomphal : lui qui pensait être oublié par ses pairs, est accueilli par des milliers de personnes à l'aéroport de Tahiti-Faa'a et dans les rues de Papeete. 

Il est ensuite élu sénateur, tout en poursuivant inlassablement sa demande de révision de son procès et son combat nationaliste. Pouvanaa a Oopa va aussi prendre part aux premières manifestations anti-nucléaires de l'époque. Pouvanaa a Oopa s'éteint le 10 janvier 1977. Là encore, son peuple est rassemblé en masse pour rendre un dernier hommage à son Metua, au temple protestant de Paofai  et jusque dans les rues de Papeete.

Après sa mort, ses descendants reprennent la bataille juridique. Ce n’est qu’en juin 2014 que la ministre de la Justice d’alors, la Guyanaise Christiane Taubira, saisit la commission de révision des condamnations pénales. En octobre 2018, plus de quarante ans après sa mort et après une longue révision du procès de 1958, la condamnation à la prison et à l'exil de l'homme politique polynésien est définitivement annulée par la Chambre criminelle de la cour de Cassation. Le « Metua » peut enfin reposer en paix, sa mémoire a été déchargée.

Pouvanaa a Oopa est, depuis les années 80, considéré comme le "Metua", le père du nationalisme tahitien, celui qui, par sa volonté d'émancipation politique tahitienne, créa inconsciemment les mouvements autonomiste et indépendantiste. Aujourd'hui encore, l'héritage de Pouvanaa a Oopa influence la vie politique polynésienne. 

PM

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