Si le nombre d’atteintes aux biens, principalement des vols, a reculé de 2,2% en 2025 en Polynésie, les violences connaissent une nette progression, avec plus de 5 000 victimes recensées l’année dernière, soit 15% de plus qu’en 2024. Ces violences, qui ont lieu en majorité dans le cercle familial, sont bien souvent liées à la consommation d’alcool… Et de drogues. C’est l’autre priorité affichée par le Haut-commissaire Alexandre Rochatte, le parquet et les forces de l’ordre, qui estiment que le bond de 33% des infractions liées aux stupéfiants est le résultat d’efforts de répression plus intenses. Des efforts qui doivent se poursuivre, avec notamment la volonté de multiplier les saisies financières pour frapper les trafiquants au portefeuille. Détails de notre partenaire Radio 1 Tahiti.
« C’est une année d’engagement avec des résultats qui sont plutôt positifs sur certains volets et des volets sur lesquels on a quand même de la préoccupation encore importante », a déclaré le Haut-commissaire, ce vendredi. Alors que Éric Spitz n’avait souhaité tenir de point détaillé sur les chiffres de la délinquance, Alexandre Rochatte a repris l’exercice, et a même voulu marquer le coup : la présentation du bilan 2025, organisée dans les locaux du service territorial au recrutement et à la formation de la police nationale, à Papeete, a été l’occasion de démonstrations de l’utilisation d’un drone, ou d’un chien de détection de la douane, ou d’une mise en situation d’interpellation.
Manque de structures d’hébergement pour les femmes victimes de violences
Des images et des chiffres, donc, qui traduisent pour le représentant de l’État un bilan 2025 « assez positif ». Les autorités constatent d’abord une diminution de 2,2 % des atteintes aux biens, avec 3725 faits recensés en 2025. Les cambriolages et vols de véhicules enregistrent une baisse respective de près de 7 et 10%, respectivement, et la Polynésie affiche à la fois une prévalence de vols moins importante que la métropole, et un taux d’élucidation plus élevé (32% contre 14% au niveau national).
Les chiffres des violences sont bien moins reluisants : 5 232 victimes recensées en 2025, soit 15% de plus que l’année précédente. Parmi elles, 2 951 ont subi des violences intrafamiliales, dont 2 170 dans un cadre conjugal. Pour accompagner ces victimes, les forces de sécurité s’appuient sur des intervenantes sociales de l’Aajpf, qui ont accompagné plus de 1 500 victimes l’année passée. Mais ce sont les structures d’hébergement dédiées aux femmes victimes de violences qui font défaut.
Des discussions sont en cours, mais il faudra patienter, indique la procureure. « Actuellement, le parquet ne peut pas s’appuyer sur ce type de dispositif type foyer d’hébergement pour les femmes victimes de violences, mais c’est effectivement quelque chose qui pourrait être développé à l’avenir, explique la représentante du parquet. Ça fait partie des manques au quotidien dans l’application de la politique pénale, parce qu’on n’a pas toujours la possibilité pour la victime d’être prise en charge dans une structure collective type associative ou gérée par le pays. »
Tout aussi important, les affaires de violences sur mineurs sont elles aussi des plus régulières au palais de justice. Pour les services de police, ce sont des affaires « difficiles et exigeantes » qui nécessitent une formation particulière pour les enquêteurs, explique encore la procureure. Dans la majorité de ces cas, l’origine de ces violences vient d’une consommation d’alcool et de stupéfiants. Ice, paka et cocaïne… D’après Solène Belaouar, un tiers de la population carcérale « est en lien avec les stupéfiants ».
Augmentation considérable du trafic de stup
De ce côté là aussi, les chiffres sont en augmentation : 3 400 infractions à la législation sur les stupéfiants ont été relevées en 2025, soit 32,9% de plus qu’en 2025. Le résultat, pour le Haussariat d’une « intensification » de la lutte. Au total, 25 000 pieds de cannabis ont été détruits et 1,5 tonne d’herbe a été saisie en 2025, pour une valeur estimée sur le marché à 1,46 milliard de francs. Concernant les drogues chimiques, 60,42 kg d’ice et près de 2 kg de cocaïne saisis étaient destinés au marché local.
Pour rappel, près de 12 tonnes de cocaïne ont été détruites par la Marine nationale depuis le début de l’année. La nouvelle dynamique impulsée par le plan de lutte contre les stupéfiants « doit permettre aux services d’intensifier encore leurs actions sur tous les vecteurs : aériens et maritimes, aussi bien à l’international qu’entre les îles, et de maintenir les efforts sur les contrôles routiers et les nombreuses opérations de nomadisation », précise le Haut-commissariat.
Sur le terrain financier : les saisies des avoirs criminels ont bondi de 78,5 % en un an, pour atteindre 526 millions de francs, dont la majorité provient des trafics de stupéfiants. En 2026, les autorités annoncent se focaliser également sur les flux financiers et le blanchiment d’argent.
« C‘est à la fois une nouvelle stratégie et en même temps la mise en œuvre d’une stratégie qu’on avait décidée quelque temps auparavant et qui porte ses fruits maintenant, puisque ça nécessite des enquêtes », explique Alexandre Rochatte, ajoutant « qu’il y a tout un travail des services d’enquête qui est important. Lutter contre les stupéfiants c’est lutter contre l’arrivée des stupéfiants, donc contre le trafic et les flux, mais c’est aussi lutter contre les réseaux et ceux qui gagnent de l’argent grâce à cela. Et la meilleure façon de lutter contre eux, c’est d’arrêter les flux pour éviter qu’ils aient une génération d’argent et ensuite saisir et leur confisquer tout ce qu’ils ont acquis ou l’argent qu’ils ont gagné grâce à cela. Et c’est tout le travail sur le blanchiment d’argent. »
« Mettre les gens à la chaîne en prison ne fonctionne pas », note de son côté la procureure qui confirme que les saisies financières sont une autre manière de sanctionner les trafiquants.
80% des victimes de la route sont des hommes
Au niveau des accidents de la route, le nombre d’accidents et de blessés hospitalisés a augmenté de 8% sur l’année écoulée tandis que le nombre de victimes tuées est en légère baisse : 35 contre 39 l’année précédente. Le bilan de l’accidentalité montre que 80% des victimes de la route sont des hommes. La répartition géographique des décès concorde avec les zones de forte densité de population, soit la côte ouest de Tahiti et l’île de Moorea. Dans 70% des cas, la victime est également l’auteure donc « il y a peu de développement judiciaire », précise la procureure.
Pour poursuivre leurs objectifs, les forces de l’ordre ont renforcé leur visibilité sur le terrain tout en développant « des échanges avec les acteurs de proximité ». Ils ont multiplié les rencontres entre les forces de sécurité et les communes, associations de commerçants, établissements scolaires, bailleurs sociaux. Des opérations de contrôles coordonnés FSI/douane qui associent systématiquement les polices municipales à l’arrivée des navettes maritimes ou dans le cadre des contrôles routiers et la sécurisation des établissements scolaires, ont également été mises en place.
Alexandra Perrini pour Radio 1 Tahiti





















