La France occupe la présidence de la commission Océan Indien pour un an. Mais elle prendra aussi la présidence biannuelle du forum maritime OI dès la fin juin. Cela va-t-il apporter quelque chose pour Mayotte qui dispose désormais d’une base navale et doit faire face à une pression migratoire mettant gravement en danger son développement ? Eléments de réponse avec notre partenaire France Mayotte Matin.
Qu’est-ce que l’IONS, (Indian Ocean Naval Symposium) ? “Le Symposium naval de l'océan Indien est une série de réunions biennales entre les États riverains de la région de l'océan Indien. Il offre un forum pour accroître la coopération en matière de sécurité maritime, discuter des questions maritimes régionales et promouvoir des relations amicales entre les États membres” se définit ainsi l’organisation créée à l’initiative de l’Inde en 2008 et qui rassemble aujourd’hui pas moins de 25 pays.
Vu sous cet angle, il s’agit d’une grosse machine à discuter entre Nations des problématiques du “grand bassin” OI. Lesquelles ? Lutte contre les trafics de stupéfiants et de migrants, velléités terroristes et pêche illicite, réchauffement climatique et sa montée des eaux, défense de l’économie bleue, etc, etc...
Or, avec 1,1 million de français et une Zone économique exclusive (ZEE) de 3,1 millions de km2, s’étirant de Mayotte aux mers australes en passant par le canal du Mozambique, et en sa qualité de grande puissance militaire mondiale, la France y occupe une place de premier choix. Notamment si l’on considère qu’elle dispose de 2600 marins sur zone...
C’est donc naturellement sans doute qu’elle prendra la présidence de l’organisation dès la fin juin lors d’un forum qui se tiendra à La Réunion, succédant ainsi à l’Iran et ce, pour deux ans. Mayotte, qui a vu son élément de base navale transformé en base navale doit ainsi occuper une place prépondérante si l’on considère sa position géostratégique (canal du Mozambique et ses nouvelles richesses qui vont attirer les convoitises et les tensions...), la pression migratoire de plus en plus intense et les trafics en tous genres qui en découlent. La richesse de son lagon, de sa ZEE et la fragilité des écosystèmes à protéger constituent encore le spectre des enjeux.
La France veut ainsi importer plus de moyens techniques et humains pour protéger l’intégrité de des frontières mahoraises mais aussi servir de “tremplin” pour intervenir sur sa ZEE. Qui plus est, cette zone de l’océan Indien représente 40% du transit mondial de pétrole, et 75% des exportations de l’Union européenne y transitent. Les enjeux ne sont donc plus seulement humains, ils sont aussi économiques et environnementaux.
Mais la place de Mayotte et de sa base navale au sein de l’IONS dépendra bien évidemment de ce que la France veut en faire précisément et des moyens qu’elle entend lui affecter. Or, l’organisation internationale pourrait être susceptible de forcer l’extension de la base eu égard aux enjeux du canal. Mais qui décidera pour l’île alors que La Réunion est le 3ème port militaire français ? Il reste à espérer que Mayotte ne devienne pas une extension secondaire et que sa base gagnera en capacité, sans freins imposés par des calculs bourbonnais.
Le 30 avril dernier, le ministère de la défense dressait l’inventaire des bâtiments à La Réunion : le Champlain, 2 frégates (le Nivôse et le Floréal), embarquant un hélicoptère Panther ; 1 patrouilleur polaire (L’Astrolabe) ; 1 patrouilleur (le Malin).
A Mayotte, les moyens sont alors bien plus faibles alors que la mission principale de la base navale mahoraise “est d’assurer la permanence de la lutte contre l’immigration clandestine” : 2 vedettes côtières de surveillance maritime (le Verdon et l’Odet) ; 1 intercepteur semi-rigide (le Vetiver ) ; 1 chaland de transport de matériel (le CTM13) ; 1 remorqueur pousseur de 10 tonnes (le Morse). Cela reste une petite base vers laquelle l’IONS se tournera peut-être. A suivre...
Samuel Boscher























