Agro-innovation: La caractérisation des jardins Mahorais par le RITA Mayotte

© Jean Huat, Cirad

Agro-innovation: La caractérisation des jardins Mahorais par le RITA Mayotte

Le Réseau d'Innovation et de Transfert Agricole (RITA), à Mayotte, sous l'égide du CIRAD, a cherché à caractériser les jardins mahorais, qui représentent 90% des surfaces agricoles exploitées. Leur fonctionnement basé sur la synergie des espèces végétales se distingue par sa diversification, sa résilience et surtout l'absence d'utilisation de tout produit chimique. Si une perte de rendement est constatée ces dernières années, l'objectif du projet BIOFERM est aussi, en parallèle de son étude, de redynamiser ce système de production afin de suivre la croissance de la population mahoraise.



Les jardins mahorais sont des systèmes complexes de cultures alternées, liant espèces cultivées et non cultivées dans une logique de synergie et de symbiose des plantes. Caractérisé en 2018 et 2019 par une équipe du Cirad, ce système agricole se démarque par la richesse des espèces présentes (entre une trentaine et une cinquantaine par parcelle), avec une prédominance des bananiers et de manioc. Des arbres et arbustes y sont valorisés en tant que fourrage pour les bovins, mais aussi nombre d'adventices (communément appelées mauvaises herbes), dont certaines, telle que les « Tindri » (Tacca leontopetaloides) peuvent être consommées.
 

La production des jardins mahorais est variée au fil de l'année, la récolte est issue des arbres fruitiers, légumes fruits et feuilles, racines et tubercules, plantes aromatiques, plantes fourragères, et une prédominance des cultures vivrières, cette dernière catégorie représentant en moyenne 47% de représentation au sein de l'exploitation.

L'autoconsommation reste la principale vocation des jardins mahorais, puisqu'elle représente entre 15 et 50% de son résultat, le reste étant partagé entre le don, généralement à la famille, et enfin l'approvisionnement du marché local.

L'étude a permis de quantifier l'apport économique des jardins mahorais en valeur de production, estimée entre 13300 et 39700€ par hectare et par an. Des données minorées par la prise en compte des vols et pertes sur les exploitations, ainsi que la part d'auto-consommation, à une fourchette de 1250 à 22.000€ par hectare et par an.

Ces données ont été recueillies dans un contexte de ralentissement du rendement des jardins mahorais. En effet, ce type de production nécessitait initialement une mise en jachère des terres pendant 10 ou 15 ans, après des cycles de production de 5 ans. Or, avec l'explosion démographique et l'augmentation de la demande, la jachère a peu à peu été abandonnée, appauvrissant les sols et amenuisant les rendements des récoltes.

Le projet BIOFERM veut, en se basant sur les principes de synergie et de symbiose des espèces utilisés par les jardins mahorais traditionnels, améliorer encore le processus afin d'optimiser au maximum les associations d'espèces, dans le but de faire retrouver à ces parcelles un meilleur rendement, pouvant ainsi faire face à une croissance de population continue et une nécessité alimentaire et économique du territoire.



 

Damien CHAILLOT