À Mayotte, le E-commerce comme alternative durable pour ne pas fermer boutique

À Mayotte, le E-commerce comme alternative durable pour ne pas fermer boutique

La crise sanitaire a eu des répercussions terribles sur l’économie en raison notamment des différentes mesures de restrictions des libertés qui se sont succédées depuis un an. Pour ne pas fermer boutique ou simplement pour se développer, certains commerces se sont tournés vers la vente en ligne autrement appelée e-commerce. Une diversification souvent prévue, mais toujours accélérée par l’impossibilité d’accueillir les clients. Et si le futur se trouvait dans la vente en ligne à Mayotte ? La réponse de notre partenaire France Mayotte Matin. 

Bien avant que l’île ne plonge dans la crise sanitaire, beaucoup connaissait Maoré Discount et Serv-In. Le premier est un site de e-commerce, le second un service de livraison lié à différents restaurants sur l’île. Tous deux ont fait le choix de la vente en ligne et ont été rejoints ces dernières semaines par de nouveaux venus. On peut par exemple citer

Jéjé livraison, un site comme son nom l’indique de livraison, qui collabore avec 12 partenaires et a déjà conquis 1700 clients. Le Moana, Jeje Kebab, Jeje Pizza, Ikajo Sushi, l’Orient express, le Caribou ou encore May’Market proposent aujourd’hui de la vente en ligne grâce à ce site décliné en application. À l’instar de Maoré Discount et Serv-In, c’est simple, efficace et le paiement est bien évidemment sécurisé. En quelques clics, vous pouvez commander vos plats préférés ou vous acheter le dernier aspirateur sans fil.

Ballou N°1 a franchi le pas 

Face à la crise, des commerces qui ne sont pas spécialisés dans la vente en ligne se sont également lancés dans le e-commerce en créant leur site internet. En fin de semaine dernière, Ballou N°1 a ainsi ouvert son site de vente en ligne intitulé ballou976.com. Il propose des biens d’équipements, qu’il s’agisse d’électroménager, de meubles ou encore de produits pour la maison. Selon Safdar Ballou, gérant du groupe, « on avait prévu de l’ouvrir pour le deuxième semestre 2021. Pour la logistique, nous gérions déjà les choses en interne puisque nous proposions de la livraison à domicile lors des ventes en boutique. Avec le site, nous livrons également à domicile et nos produits sont garantis 2 ans comme le préconise la loi. Nous disposons d’un service après-vente ».

Si le projet n’est pas nouveau, il est évident que la crise a accéléré les choses. Et à la grande surprise du chef d’entreprise, la clientèle est au rendez-vous : « Je suis agréablement surpris de voir que les mahorais sont très connectés. En trois jours nous avons été assaillis de commandes avec beaucoup d’achats. Ce ne sont pas des personnes qui se connectent par curiosité mais bien des clients qui vont jusqu’à l’achat ».

Une solution face à l’insécurité et à la saturation du réseau routier 

Une nouvelle force de frappe sur laquelle compte s’appuyer l’une des plus anciennes entreprises du département. Safdar Ballou est d’ailleurs « persuadé que le e-commerce peut représenter à terme 1/3 du chiffre d’affaires de Ballou N°1 ». « Ce n’est pas un site pour le confinement, nous voulons l’inscrire dans la durée ». Le chef d’entreprise encourage d’ailleurs ses collègues et concurrents à se lancer dans le e-commerce : « C’est un challenge à relever mais pour survivre il faut en passer par là. Si après plus de 100 ans à Mayotte, Ballou l’a fait, il n’y a pas de raison pour que les autres ne s’y mettent pas. Il y a un virage à prendre localement avec une nouvelle génération très connectée qui ne se déplacera plus en magasin ». Il faut dire qu’entre insécurité et embouteillages, la vente en ligne a sans doute de beaux jours devant elle.

C’est dans ce contexte que le GIE 3M composé de Madora, My Duty Free, Jennyfer, Celio, Adopt’, Maya Lingerie, Gourmet Gaulois et Ebena a également créé un site internet de vente en ligne intitulé magalerieshopping.yt. La plateforme née à la fin de l’année passée regroupe tous les produits des différentes enseignes du groupe. Dans les faits, là encore le projet était sur la table depuis très longtemps.

Selon Marcel Rinaldi, le directeur du groupe, « le concept a été lancé il y a trois ans mais ce n’était pas prioritaire. On devait sortir le site internet au mois de mai ou juin et vu que les choses se tendaient, nous avons décidé d’accélérer la création afin d’ouvrir en novembre dernier ». Autre bénéfice de ce développement du e-commerce : faire travailler des start-up de l’île. GIE 3M s’est tourné vers une entre- prise locale pour créer son site. Cette société est composée de jeunes mahorais très dynamiques qui se sont spécialisés dans le digital.

Vers une plateforme regroupant toutes les grandes marques ? 

« Il fallait qu’on arrive à trouver quelque chose qui plaise à notre clientèle et c’est ce que nous sommes arrivés à créer. Nous passons également par un prestataire local pour la livraison que nous assurons dans les 24h. On voulait satisfaire le besoin des clients tout de suite », confie Marcel Rinaldi qui ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. En effet, le groupe envisage de faire adhérer d’autres commerçants. « Plus on va mutualiser, plus les coûts vont baisser et la plate- forme aura de la force. 5 commerçants sont déjà intéressés », conclue le directeur du groupe qui assure que prêt de 400 commandes ont été enregistrées au mois de février. Si cela ne représente que 3% du chiffre d’affaire habituel, cette plateforme a vocation à se développer bien au-delà de la crise sanitaire. Preuve que le e-commerce est une alternative durable à Mayotte, tant en cette période de crise qu’au-delà.

Pierre Bellusci pour France Mayotte Matin