SIA 2026 : Jean-Christophe Niautou, président de la CAP-NC et co-président de la FED-CAPP, plaide pour une coopération des territoires ultramarins face à la dépendance aux importations

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SIA 2026 : Jean-Christophe Niautou, président de la CAP-NC et co-président de la FED-CAPP, plaide pour une coopération des territoires ultramarins face à la dépendance aux importations

Depuis le Pavillon des Outre-mer sur le stand de l’ODEADOM, Jean-Christophe Niautou, président de la Chambre d’agriculture et de la pêche de Nouvelle-Calédonie et coprésident de la Fédération des chambres d’agriculture et de la pêche du Pacifique (FED-CAPP), appelle à renforcer la coopération entre les territoires ultramarins alors que persiste une forte dépendance aux importations de produits alimentaires.

Une nécessaire coopération

Créée officiellement il y a un an, au Salon de l’agriculture, la FED-CAPP regroupe les chambres d’agriculture de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie française et de Wallis-et-Futuna.

Jean-Christophe Niautou souligne l’éloignement géographique de ces territoires vis-à-vis de l’Hexagone et des centres de décision européens. Mais l’enjeu principal reste alimentaire. « La sécurité alimentaire n’est clairement pas assurée », rappelle-t-il, pointant une forte dépendance aux importations en provenance d’Australie, de Nouvelle-Zélande, des États-Unis ou encore d’Asie.

Cette dépendance a aussi des conséquences sanitaires. L’importation massive de produits bon marché et de faible qualité contribue à la progression de l’obésité, du diabète ou des maladies cardiovasculaires. La fédération entend donc renforcer la production locale et améliorer la qualité de l’alimentation, notamment dans les cantines scolaires.

Un marché commun des territoires français du Pacifique

Concrètement, la coopération s’organise déjà entre les trois territoires : « On travaille à une élaboration d'un marché commun des territoires français du Pacifique pour échanger nos productions alimentaires ».

Et les premiers résultats sont encourageants. Une vingtaine de tonnes de viande bovine ont été exportées de Nouvelle-Calédonie vers la Polynésie française en quelques mois. À terme, les flux devraient se diversifier, notamment avec l’arrivée de tubercules tropicaux et de fruits à pain polynésiens destinés au marché calédonien.

Transfert de savoir-faire vers les autres territoires ultramarins

La stratégie ne se limite pas au Pacifique. Des transferts de technicité sont engagés avec les Antilles, Mayotte et La Réunion. Dans la filière bovine, la Nouvelle-Calédonie partage son expérience d’adaptation génétique des troupeaux aux climats chauds. 

Depuis plus de quarante ans, l’introduction de races bovines Brahmane, Sénépol ou Belmont Red a permis de sécuriser l’élevage face aux contraintes sanitaires tropicales. « La coopération entre les territoires du Pacifique et les autres départements d’Outre-mer doit s’orienter vers des enjeux techniques. C’est la politique des petits pas, celle de la réalisation concrète de projets. Nous travaillons avant tout entre professionnels. »

Côté végétal, plusieurs projets sont en cours. Jean-Christophe Niautou signale l’export de plants de cocotiers de Polynésie vers Mayotte pour relancer la production après le cyclone de 2024 et le déploiement à La Réunion de plants d’arbres à pain issus de travaux menés en Nouvelle-Calédonie.

À terme, l’Hexagone pourrait lui aussi tirer parti de l’expertise développée dans les territoires du Pacifique : « La France hexagonale est en effet confrontée à des problématiques sanitaires et des aléas climatiques jusqu’ici peu présentes sur son territoire. » rappelle le président.

Une approche opérationnelle et transposable

Pour Jean-Christophe Niautou, la ligne directrice est claire : privilégier des actions concrètes entre professionnels : « Planter des arbres ou transférer de la génétique bovine, ce sont des actions tangibles », insiste-t-il.

La coopération se veut bidirectionnelle. Les territoires du Pacifique entendent aussi apprendre des autres territoires ultramarins : « Nous avons aussi besoin d'apprendre de nos collègues ultramarins. C'est tout l'objectif de la force autour de ce projet soutenu par Champs d'Agriculture France. »

À travers la FED-CAPP, les acteurs agricoles ultramarins du Pacifique entendent ainsi bâtir une autonomie alimentaire plus solide, coopérative et transposable.

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