À Sciences Po, les cultures ultramarines investissent de nouveau le campus parisien à l’occasion de la 14ème édition de la Semaine des Outre-mer, organisée du 13 au 17 avril par l’association étudiante Sciences Ô. Conférences, expositions, ateliers culturels, prestations artistiques, marchés thématiques et rencontres professionnelles rythment cette semaine immersive placée sous le slogan : « Voyager en outre-mer sans impact carbone ».
Pour les deux co-présidents de l’association, Philippe Legrix, originaire de Guadeloupe, et Maëva Cadéroly, également guadeloupéenne, l’objectif dépasse largement la simple mise en avant culturelle. « La Semaine des Outre-mer, c’est un moment où, au sein du campus, on a cette volonté de partager notre culture, mais de manière immersive, avec des prestations culturelles, des initiations linguistiques et des conférences thématiques qui parlent de nos enjeux », explique Philippe Legrix. Selon lui, il s’agit aussi « de déconstruire les clichés » et de rappeler le poids historique qui accompagne les identités ultramarines.
L’association insiste sur la nécessité de sensibiliser les étudiants de Sciences Po, futurs cadres de l’administration ou de la fonction publique, à des réalités souvent mal connues. « Beaucoup seront amenés un jour à travailler dans nos territoires. C’est aussi comme ça qu’on fait évoluer les mentalités », ajoute-t-il. Même volonté du côté de Maëva Cadéroly, qui insiste sur une approche vivante et accessible : « On tient à faire vibrer le campus au rythme de nos territoires, non pas seulement avec des conférences qui peuvent parfois être ennuyeuses, mais aussi par des prestations artistiques, culinaires, artisanales ».
Le programme de cette édition reflète cette diversité : exposition, atelier de tatouage polynésien, atelier maré tèt, quizz interactif, danse traditionnelle, défilé de mode, exposition photographique, ciné-lunch ou encore performance musicale sont répartis tout au long de la semaine. Chaque journée suit une thématique précise, de la mémoire à la reconnaissance, jusqu’aux réalités contemporaines ultramarines.
Mardi, un marché culinaire est notamment prévu, tandis qu’une autre journée mettra en avant la mode et le textile. « Montrer comment nos racines nourrissent aussi la création contemporaine, par exemple à travers le madras », souligne Maëva Cadéroly.
Au-delà de la mise en valeur culturelle, la semaine veut aussi favoriser les échanges entre ultramarins eux-mêmes. « Même lorsqu’on vient d’un territoire comme la Guadeloupe, on connaît parfois mal les autres Outre-mer », observe Philippe Legrix. Une prestation dédiée à Wallis-et-Futuna ainsi que plusieurs interventions liées au Pacifique figurent ainsi au programme. « On est rassemblés sous un même terme, Outre-mer, mais on ne se connaît pas forcément. Cette semaine permet aussi aux étudiants ultramarins d’apprendre à mieux se connaître », poursuit-il.
L’association rappelle également sa mission d’accompagnement des lycéens ultramarins vers les concours d’entrée à Sciences Po. Pour Philippe Legrix, cet engagement répond à une réalité vécue par de nombreux étudiants : « Quitter son territoire, c’est un véritable déracinement. Il y a une peur. Mais il y a ici une communauté ».
La semaine se veut aussi tournée vers l’avenir institutionnel et politique des territoires. Une conférence consacrée à la départementalisation et à l’accès aux droits dans les Outre-mer est notamment prévue, avec une réflexion sur les 80 ans de départementalisation. « Ce n’est pas seulement faire un bilan, c’est voir comment la jeunesse peut s’impliquer concrètement dans la construction de l’avenir de nos territoires », explique Maëva Cadéroly.
Parmi les autres temps forts figurent également un afterwork destiné à mettre en relation étudiants et diplômés déjà insérés professionnellement, ainsi qu’une exposition consacrée aux « héros oubliés » ultramarins. « On a voulu aussi faire apparaître des figures importantes de nos territoires, parfois connues localement mais peu identifiées ici. C’est une manière d’inciter à la curiosité, à la recherche, à la réflexion », explique Philippe Legrix.
Autre sujet abordé cette semaine : les débats autour de la reconnaissance de l’esclavage et des questions mémorielles internationales, avec notamment un échange sur les dynamiques diplomatiques autour des résolutions onusiennes liées à cette histoire.
Soutenue par plusieurs collectivités ultramarines, dont des institutions de Guadeloupe et de La Réunion, cette 14ème édition confirme l’ancrage croissant de cet événement dans le paysage étudiant de Sciences Po. Et particularité cette année, plusieurs évènements seront délocalisé dans d'autres lieux de la capitale comme à l'antenne de Paris du Département de La Réunion.
Pour ses organisateurs, l’ambition reste inchangée, faire entrer les Outre-mer dans le quotidien de l’institution, en montrant toute leur complexité, leur richesse et leur place dans le débat national
Pour plus d'informations sur les évènements prévus de la semaine des Outre-Mer de Sciences Ô, rendez-vous sur leur compte INSTAGRAM.





















