Bilan parlementaire, avenir institutionnel, vie chère, budget, le président de la délégation aux Outre-mer à l’Assemblée nationale, Davy Rimane, a dressé un bilan sans fard de l’action publique en direction des territoires ultramarins. Dans un contexte marqué par les crises à Mayotte, en Nouvelle-Calédonie, Davy Rimane souligne le manque de prise en compte des réalités ultramarines par l’exécutif. En 2026, le Président de la délégation aux Outre-mer à l’Assemblée nationale reste déterminé pour faire avancer les dossiers ultramarins et plaide un changement de méthode et de cap.
Rapports parlementaires, missions de terrain, déplacements répétés dans les territoires : l’année 2025 a été particulièrement « intense» pour la délégation aux Outre-mer. Mayotte, frappée par le cyclone Chido, et la Nouvelle-Calédonie, secouée par les événements de 2024, ont concentré une grande partie de ces travaux. « Nous avons produit beaucoup de rapports, travaillé sur des sujets extrêmement importants, mais derrière, on attend toujours des répercussions positives pour nos territoires », constate Davy Rimane, qui déplore une nouvelle fois le décalage entre les constats établis sur le terrain et les décisions prises à Paris.
Le président de la délégation lève le voile sur «l’illusion du contre-pouvoir parlementaire». Quand un député porte une proposition de loi, le chemin est semé d'embûches : vote à l'Assemblée, transfert au Sénat, risque de modifications, navettes successives. « Quand un texte est porté par le gouvernement, il a presque toutes les chances d’aboutir. Quand il est porté par un député, rien n’est garanti », résume-t-il. Et au bout du compte, « c'est toujours le gouvernement qui a la décision », poursuit Davy Rimane.

2026, l'année de la clarté
À l’aube de 2026, Davy Rimane réclame un changement dans la relation entre l’État et les Outre-mer. « Il va falloir que les décisions soient prises clairement. On ne peut plus continuer dans l’ambiguïté », tranche-t-il. Pour Davy Rimane la relation entre l’État et les Outre-mer souffre d’un double discours persistant. « Soit nous faisons pleinement partie de la République française et il faut agir en tant que telle. Soit ce n’est pas le cas, et il faut nous le dire clairement pour que nous agissions en conséquence », insiste-t-il.
Parmi les textes attendus en 2026, le projet de loi sur la vie chère suscite de vives réserves. Davy Rimane juge le dispositif actuel largement en deçà des enjeux. Il souligne notamment un texte sorti du Sénat qui présente un « angle mort terrible ». « Je ne vois pas la sortie. Il y a un angle mort terrible dans ce texte : la question des revenus », souligne-t-il. Selon lui, agir uniquement sur les prix sans traiter les salaires et le pouvoir d’achat revient à ignorer le caractère structurel du problème.
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Il alerte également sur les situations de monopoles et d’oligopoles, très présentes dans les économies ultramarines, et sur l’hétérogénéité des réalités territoriales. « On ne peut pas répondre de façon globale à des réalités qui diffèrent profondément d’un territoire à l’autre », avertit-il. D'ailleurs, le Président de la délégation aux Outre-mer de l'Assemblée nationale n'exclut pas de voter contre le texte si aucune amélioration substantielle n’est apportée. « Si le texte dans l'absolu, ce n'est pas du concret pour nos concitoyens, moi, je ne voterais pas Il faut arrêter de faire croire aux gens, de leur donner l'illusion que texte après texte, les choses changent ».
Un budget « déshumanisé »
Sur le plan budgétaire, le ton est tout aussi sévère. La mission Outre-mer, évaluée à 2,9 milliards d'euros, est jugée largement insuffisante. La délégation avait chiffré les besoins réels à 10,5 milliards, dont 6 milliards pour le chlordécone et l'accès à l'eau potable. « Lors de mon intervention sur la première lecture du budget 2026, j'ai exprimé mon avis que le Gouvernement mettait en place un budget qui était tellement déshumanisé. C'est inhumain ce qu'ils font », s'indigne le député.
Pour Davy Rimane, l’approche purement comptable de l’État nie la dimension humaine des politiques publiques. « Lorsque dans un contexte aussi compliqué, le président annonce la construction d'un autre porte-avions à combien de milliards? On se dit en fait que la construction d'un porte-avions aujourd'hui, des moyens militaires, sont bien plus importants que d'apporter le minimum requis au sein de la République pour des concitoyens qui sont à des milliers de kilomètres.(...) Vous avez des gens qui meurent dans nos territoires parce qu'ils n'ont pas accès aux soins. En 2026, dans la République française où l'on dit liberté, égalité, fraternité. Non, ce langage-là, il ne passe plus. »
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Avenir institutionnel : « le statu quo est arrivé au bout »
Sur la question institutionnelle, Davy Rimane ne se fait guère d'illusions. Auteur d’un rapport sur l’avenir institutionnel des Outre-mer, Davy Rimane se montre pessimiste quant à des avancées notables. « Si la situation reste telle qu’elle est, il n’y aura pas d’avancée. Le statu quo est arrivé au bout » . « Si l’État ne change pas ses rapports avec nos territoires, ça va casser», prévient-il.
« Il y a des stratégies qui doivent être mises en œuvre parce que si l'on continue à attendre le bon vouloir ou les désidératas de l'État, on va mourir. Il n'est plus question, pour ma part, que je regarde les miens souffrir. Je prendrai des décisions et des positions selon l'intérêt de mon territoire et de ma population.». En tant que député de Guyane, il plaide pour une évolution statutaire et une reprise en main des ressources locales. « Oui, changeons de statut ! On va mettre la main sur nos ressources endogènes, voir comment on les exploite, comment on les redistribue pour le territoire et notre population en priorité. »

Des stratégies économiques territoire par territoire
Autre chantier pour la délégation aux Outre-mer, une mission majeure sur les stratégies économiques spécifiques à chaque territoire pour transformer les économies ultramarines, et qui souhaite associer acteurs locaux et experts à la définition de nouvelles trajectoires de développement. « Il faut qu'on aille vers une transformation de nos économies. On est sur des économies comptoirs, économies administrées, parce que la grande dépendance à l'Europe et à l'Hexagone n'est plus possible, on ne peut plus continuer comme ça », affirme Davy Rimane.
Le scandale du mercure, 40 ans d'inaction
Parmi les combats prioritaires du député, figure la lutte contre l'empoisonnement au mercure en Guyane. Une proposition de loi déposée par Davy Rimane vise une approche globale : prévention, suivi sanitaire, indemnisation, lutte contre l’orpaillage illégal. L'élu dénonce un scandale d'empoisonnement qui dure depuis quarante ans avec des conséquences sanitaires intolérables, et une réponse publique jugée largement insuffisante. « Depuis les années 80, on sait que le mercure empoisonne nos populations aux abords des fleuves, avec des malformations congénitales et des dégâts irréversibles chez nos enfants. Vous auriez une telle réalité dans un des grands fleuves de France hexagonale, jamais ça aurait duré plus de 40 ans », martèle Davy Rimane. Là encore, il attend des actes de la part de l'Etat. « Sur ce sujet, il faudra une réponse claire».

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Le Président de la délégation aux Outre-mer a aussi réagi à l'arrestation du Président de la chambre d'agriculture de Guyane Jean-Yves Tarcy et d'agriculteurs ultramarins ce mercredi 14 janvier 2026 devant le Ministère de l'Agriculture. Il a jugé la mise en garde à vue des manifestants ultramarins comme « une réponse répressive et une incompréhension du gouvernement face à la tension sociale ». « A partir du moment où on a laissé la tension monter avec les agriculteurs qui sont arrivés à Paris, on ne peut plus avoir le même comportement. La répression ne peut plus être la réponse à ce moment-là, car cela entraîne une escalade. Lorsqu'on arrive à un tel moment de tension, on doit comprendre ce qui se passe avec nos agriculteurs, ils sont en train de mourir, ils sont en train de disparaître, ils jouent leur survie ! (...) Dans un tel moment, on doit amener de l'apaisement par de l'écoute mutuel».
Un appel à l'élévation collective
En conclusion, le président de la délégation lance un appel solennel aux élus ultramarins : « Prenons conscience de la réalité, de la situation, élevons le niveau collectivement. Il faut arrêter le temps de la gesticulation, d'atermoiement. Assumons qui nous sommes, soyons grands collectivement. On verra que nos concitoyens et nos territoires pourront aussi grandir, mais surtout, je pense qu'on enverra un message clair à l'Hexagone. »























