Mémorial national des victimes de l'esclavage : Un dernier comité de pilotage avant une inauguration au premier semestre 2027

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Mémorial national des victimes de l'esclavage : Un dernier comité de pilotage avant une inauguration au premier semestre 2027

Ce mercredi 20 mai 2026, à la veille du 25e anniversaire de la loi Taubira, la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou et Serge Romana, militant historique de la mémoire de l'esclavage, ont tenu un nouveau comité de pilotage du futur Mémorial national des victimes de l'esclavage, dans les Jardins du Trocadéro. Un projet mémoriel de 30 ans qui entre désormais dans une phase de « réalisation et de concrétisation » pour la Ministre des Outre-mer Naïma Moutchou.

C'est une étape attendue depuis longtemps. Le comité de pilotage (COPIL) du futur Mémorial national des victimes de l'esclavage s'est réuni une nouvelle fois ce mercredi matin, sous l'égide de la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou et en présence de Serge Romana, fondateur et figure historique du Comité Marche du 23 mai 1998 (CM98). « Nous réunissons ce comité de pilotage ce matin, ce qui nous permet de franchir une étape importante parce que, vous le savez, on va passer enfin de cette idée de projet, de promesse autour du Mémorial national à une phase de concrétisation, de réalisation », a déclaré la ministre.

Le rendez-vous tombe à un moment fort du calendrier mémoriel : il s'inscrit en plein mois des Mémoires et à la veille du 25e anniversaire de la loi Taubira du 21 mai 2001, reconnaissant la traite et l'esclavage comme crimes contre l'humanité. « À quelques jours du 25e anniversaire de la loi Taubira, ça prend une résonance particulière », a souligné Naïma Moutchou.

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« 214 000 noms en face de la tour Eiffel »

Au cœur du projet, un acte de reconnaissance d'une ampleur inédite. « C'est quand même 214 000 personnes dont les prénoms et les noms seront affichés dans un espace qui est en face de la tour Eiffel. Et il fallait ça pour les victimes de l'esclavage », résume Serge Romana.

Le mémorial sera implanté dans les jardins du Trocadéro, à Paris , un lieu choisi pour sa force symbolique. « Ce sera dans un lieu aussi symboliquement extrêmement fort, les jardins du Trocadéro, c'est-à-dire là où en 1948 a été adoptée la Déclaration universelle des droits de l'Homme », rappelle la ministre, qui promet un site « grandiose ». Le COPIL doit désormais entrer, selon elle, dans « un travail pratico-pratique pour dessiner ce mémorial et son animation ». L'inauguration est annoncée pour le premier semestre 2027.

« 30 ans de travail » 

Pour le militant, l'enjeu d'un monument pérenne au cœur de Paris dépasse la commémoration. « Les paroles, ça s'envole. Le mémorial, lui, va rester là pour très, très, très longtemps. C'est une façon dont la Nation parle au monde. »

Pour Serge Romana, le mémorial est « 30 ans de travail» qui se concrétise. «C'est juste 30 ans de travail, c'est des centaines de personnes mobilisées. Ce travail a commencé très concrètement dans les années 95, et qui a émergé dans l'espace public le 23 mai 1998. ». Le 23 mai 1998, environ 40 000 personnes pour l'essentiel originaires des Antilles, de la Guyane et de La Réunion défilaient en silence à Paris pour commémorer le 150e anniversaire de l'abolition de l'esclavage. Une mobilisation fondatrice, dont est issu le mouvement mémoriel ayant abouti, trois ans plus tard, à la loi Taubira.

Ces trente ans de travail ont mené à un autre combat, plus invisible . « Ça a été compliqué de faire admettre en France, en Guadeloupe, en Martinique, en Guyane, qu'il existait des victimes de l'esclavage. Il y a 30 ans de ça, on ne parlait pas du tout de victimes de l'esclavage. On avait peur de ce mot. D'ailleurs, dans la loi qui reconnaît l'esclavage comme crime contre l'humanité, dans l'exposé des motifs, le mot "victime" n'existe pas », insiste Serge Romana. « Ça a été tout un travail compliqué pour inverser la charge qui pèse sur tous ces mots, pour qu'ils deviennent normaux », poursuit-il. Avec deux objectifs fondamentaux : « Que ça permette aux descendants d'être fiers de leurs parents, puisqu'on n'honore pas des chiens, on honore des personnes qui sont censées être honorées. Et deuxièmement, ça montre aussi ce que la Nation a décidé d'honorer. »

Naïma Moutchou a tenu aussi à rendre hommage à ce qu'elle appelle les « entrepreneurs de mémoire » : « Sans eux, on ne serait pas là. Il y a la volonté du président de la République de vouloir aller au bout et de concrétiser ce mémorial. Mais il y a aussi tous ceux qui ont permis l'exécution. »

« Les choses avancent », conclut Serge Romana. « Ça prend du temps, mais ça avance. »

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