Maison des Outre-mer, chlordécone, carnaval tropical, les défis de la mandature Laurent Sorel, adjoint de la Ville de Paris en charge de l'Outre-mer

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Maison des Outre-mer, chlordécone, carnaval tropical, les défis de la mandature Laurent Sorel, adjoint de la Ville de Paris en charge de l'Outre-mer

Nouvellement installé à l’Hôtel de Ville dans la délégation dirigée par Jacques Martial, l’élu martiniquais de la mandature d’Emmanuel Grégoire détaille sa méthode : concertation avec les associations, Maison des Outre-mer avant la fin du mandat, dépistage gratuit du chlordécone, fierté assumée d’une histoire ultramarine.

Son bureau et son équipe sont en cours de constitution. Laurent Sorel, adjoint à la Maire de Paris en charge de l’Outre-mer, a pris ses fonctions il y a quelques semaines à peine, où il a reçu Outremers 360. Élu sur la liste d’Emmanuel Grégoire, il succède à Jacques Martial, décédé en août 2025. « C’est un honneur de lui succéder. Je repense à lui avec une grande tristesse », confie-t-il, rappelant la voix de l’acteur martiniquais « qui résonne à chaque fois que je relis le Cahier d’un retour au pays natal de Césaire ». Mais l’homme prévient : « Je le ferai à ma manière. Mon histoire, c’est une histoire politique de militant de terrain. »

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Sans attendre que son cabinet soit complet, Laurent Sorel multiplie les rencontres avec les associations et les collectifs ultramarins. « Les gens nous ont élus pour ça», tranche-t-il.

Une méthode : la co-construction

Sa ligne directrice tient en une phrase : « Tout ce qui se fait sans nous se fait contre nous. » Le principe structure l’ensemble de sa feuille de route. « Les ultramarins sont les meilleurs experts de leurs besoins », insiste-t-il. Sa première action sera la mise en place du Conseil des Parisiens ultramarins, instance de dialogue associant associations, collectifs et personnalités de la diaspora. Objectif : permettre aux premiers concernés « de discuter, d’élaborer et de faire des propositions par eux-mêmes ».

Les chiffres qu’il rappelle justifient l’ambition : 200 000 ultramarins vivent à Paris, 6 500 agents de la Ville sont originaires d’Outre-mer. « On dit souvent que Paris, c’est le sixième DOM. C’est une ville ultramarine. »

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La Maison des Outre-mer : « Je remuerai ciel et terre »

Sur le dossier le plus attendu, la Maison des Outre-mer, l’adjoint en charge des Outre-mer ne cache pas la difficulté. « C’est un serpent de mer. Beaucoup ont promis, beaucoup n’ont pas fait. » Il rappelle les engagements non tenus : celui de la Région, de François Hollande pour le 19e, d’autres pour le 13e. Laurent Sorel refuse d’annoncer un emplacement, mais s’engage sur le calendrier : « Je remuerai ciel et terre pour que ça se fasse avant la fin de la mandature. »

Le projet devra financer un investissement de départ et un budget de fonctionnement, et répondre aux besoins remontés du terrain : salle de réunion pour les associations, lieu d’exposition pour les artistes ultramarins, auditorium. « On a beaucoup d’idées. Maintenant il faut les mettre en œuvre. Et pour ça, il faut de l’argent. Les moyens, on va aller les chercher. »

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Dans un contexte des 25 ans de la Loi Taubira, 2026 multiplie les rendez-vous mémoriels. Laurent Sorel énumère : le 27 avril à l’Hôtel de Ville pour les agents, le 10 mai avec une initiative propre à la Ville, traditionnellement dans le 17e autour de la statue de Solitude, le 21 mai, et le 23 mai. Pour cette dernière date, l’adjoint envisage une action « assez originale » dans le jardin du Trocadéro, futur emplacement du mémorial porté conjointement par l’État et la Ville.

Sa doctrine : « On n’est pas là pour se substituer, on n’est pas là pour nier les acteurs qui existent déjà. » Il cite notamment la Fondation pour la mémoire de l’esclavage et le CM98, mais aussi les initiatives de Saint-Denis. « Ça ne doit pas être la Ville de Paris qui dicte son calendrier sans se coordonner avec les autres acteurs. »

Chlordécone : passer du voeu à la mise en oeuvre concrète

Le dépistage gratuit du chlordécone à Paris, voté au Conseil de Paris en 2023, figure parmi les dossiers prioritaires. « C’est quelque chose qui me tient à cœur », affirme Laurent Sorel, qui travaillera avec l’adjoint à la Santé, l’AP-HP et les centres de santé municipaux. Sa méthode sera la même : convier d’abord les associations et collectifs militants. « Il n’y a pas d’un côté les experts et de l’autre les premiers concernés. On peut être experts de notre propre santé. ». Pour lui, le sujet dépasse la santé publique : « C’est une question politique, une question de réparation»

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Sur le pôle de recherche Pesticides/Cancers annoncé en campagne, l’adjoint clarifie : il s’agira de faire du plaidoyer auprès de l’État pour que ce pôle soit implanté en Martinique et en Guadeloupe, et non à Paris. « Il n’y a pas de raison que toutes les forces vives ultramarines se retrouvent à Paris. La recherche doit être sur place. »

Sur la relation entre Paris et les territoires d’Outre-mer, Laurent Sorel manie la prudence. « Renforcer le lien, il faut faire attention à ce qu’on veut dire par là. Il y a une histoire derrière» Sa doctrine : coordination et écoute « Paris ne doit pas se comporter comme la ville capitale qui regarde tout le monde d’en haut et qui dicte. »

Arrivé étudiant dans l’Hexagone après un lycée à Schœlcher, à Fort-de-France, il connaît la problématique de première main. L’accompagnement des étudiants ultramarins qui arrivent à Paris figurera à son agenda, en concertation avec les élus locaux, les députés et les collectivités. 

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Rajouter « le waouh » au Carnaval tropical 

Le carnaval tropical du 5 juillet représente une part importante du budget de la délégation. L’adjoint veut l’enrichir et évoque des discussions en cours avec le carnaval de Notting Hill, « la référence absolue ». L’enjeu, pour lui, dépasse le spectacle : « Ça ne doit pas être réduit à un moment commercial. C’est un moment d’expression culturelle, de fierté culturelle. Quand je pense au carnaval, je pense à l’héritage des luttes de nos ancêtres pour se libérer de l’esclavage. » Il défend une tradition « au sens vivant ».

Sur le soutien à l’entrepreneuriat ultramarin, promesse de campagne, l’adjoint assume la prudence. « Pour l'instant, on est vraiment au début. Je ne vais pas faire de com’ parce que ça ne doit pas être uniquement de la com’. » Les pistes à l’étude : financements de la Ville, mise en réseau, appui aux jeunes pousses. « Je n’ai pas l’illusion de réinventer la roue. Depuis des années, il y a des gens qui ont déjà réfléchi. »

La feuille de route complète de la mandature, actuellement en discussion avec Emmanuel Grégoire et la première adjointe, sera arrêtée fin mai ou début juin. Ce document consolidera les engagements, leurs moyens et leurs échéances avec une ligne directrice. « Il y a des promesses qui ont été faites, elles devront être tenues. »

Le nouvel adjoint à la Maire de Paris en charge de l’Outre-mer hérite d’un agenda chargé mais Laurent Sorel est animé d'une volonté forte : celle de renforcer la visibilité et la fierté de l'histoire et de l'identité ultramarines dans la capitale.