Le lanceur MaiaSpace a officiellement acté son implantation au Centre spatial guyanais ce mardi 24 février 2026. En réutilisant les anciennes infrastructures de Soyouz, l’entreprise ouvre la voie à une nouvelle génération de lanceurs privés en Guyane, avec un premier vol attendu en 2027. Reportage de notre partenaire Radio-Télé Peyi Guyane.
C’est une page qui se tourne au Centre spatial guyanais, et une autre qui s’écrit. Après l’arrêt des vols du lanceur russe Soyouz en Guyane depuis la guerre en Ukraine, les infrastructures laissées vacantes ont trouvé un nouveau destin. À l’issue d’un appel à candidatures lancé il y a deux ans par le CNES, MaiaSpace a été retenue pour s’implanter sur le site rebaptisé ELM2.
« Ces infrastructures sont jeunes, éprouvées, elles ont montré qu’elles fonctionnaient. C’était dommage de les laisser sans être réutilisées », explique Carine Leveau, directrice du transport spatial au CNES. Le site comprend notamment l’ancien bâtiment d’intégration du lanceur Soyouz et la zone de lancement, désormais confiés à MaiaSpace pour être adaptés à son nouveau lanceur.
Un centre spatial ouvert aux acteurs privés européens
Au-delà de la simple installation d’un nouveau lanceur, cette arrivée marque une évolution structurelle du Centre spatial guyanais. « Cette implantation ouvre le CSG à de nouveaux acteurs privés qui développent les systèmes de lancement de demain », souligne Carine Leveau. Une diversification qui vient compléter les activités existantes autour des lanceurs Ariane 6 et Vega-C, renforçant la place de Kourou comme port spatial de référence en Europe.
Des travaux d’adaptation jusqu’en 2027
Si les infrastructures existantes constituent un atout majeur, des transformations sont néanmoins nécessaires. « Tout ce qui était spécifique à Soyouz va être démonté, avant d’adapter le gros œuvre, qui est la partie la plus intéressante à réexploiter », précise la directrice du transport spatial.
Un choix qui permet à MaiaSpace de gagner un temps précieux. L’entreprise prévoit un premier lancement dès le début de l’année 2027. Ces travaux mobilisent déjà des entreprises locales. « Cela va générer de l’activité en Guyane, avec des industriels du territoire déjà associés au projet », ajoute Carine Leveau.
« Construire les succès de demain à partir de ceux du passé »
Pour Yohann Leroy, PDG de MaiaSpace, cette journée marque un jalon clé. « C’est l’officialisation de notre intention de réaliser tous nos lancements depuis la Guyane française », affirme-t-il. Le dirigeant revendique une approche pragmatique : « Nous ne cherchons pas à repartir d’une page blanche. Bénéficier d’une infrastructure préexistante nous fait gagner du temps, réduit notre empreinte environnementale et diminue les coûts. »
Environ 80 % du pas de tir Soyouz sera réutilisé. Les équipes travaillent déjà à la dépose des équipements inutiles et à la construction de nouveaux moyens sols, notamment un mât érecteur et les systèmes d’avitaillement.
Un lanceur au biométhane et un carnet de commandes déjà bien rempli
Le futur lanceur Maia se distinguera par sa propulsion au biométhane liquide et à l’oxygène liquide, en rupture avec le kérosène utilisé par Soyouz. Avant même son premier vol, le succès commercial est au rendez-vous. « Plus de 50 % de notre manifeste de lancement est déjà sécurisé », se félicite Yohann Leroy.
Parmi les contrats signés figure un accord majeur avec Eutelsat, pour une dizaine de lancements destinés au renouvellement de satellites de la constellation OneWeb. D’autres contrats ont également été conclus avec Exotrail et USpace, notamment pour une mission du ministère français des Armées.
Des retombées économiques annoncées pour la Guyane
L’implantation de MaiaSpace promet des bénéfices économiques à court et long terme. Trois salariés permanents sont déjà basés en Guyane. À terme, l’entreprise prévoit environ 70 emplois directs, avec un objectif d’une vingtaine de lancements par an au début de la prochaine décennie.
« Notre lanceur est le précurseur de la future famille des lanceurs européens réutilisables », conclut Yohann Leroy. Un projet qui pourrait placer la Guyane « en pole position technologique » pour préparer les futurs lanceurs européens, au-delà même d’Ariane 6.
Radio-Télé Peyi Guyane





















