Les entrepreneurs cubains de Miami indécis quant à l'ouverture de l'île aux investissements de la diaspora

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Les entrepreneurs cubains de Miami indécis quant à l'ouverture de l'île aux investissements de la diaspora

La Havane a annoncé cette semaine qu'elle autoriserait la diaspora cubaine à investir dans l'île pour faire face à la grave crise économique et énergétique qui la frappe. Mais à Miami, épicentre de la diaspora, les entrepreneurs éprouvent des sentiments mitigés.


«Je pense que pas un seul homme d'affaires, pas un seul Cubain en exil, n'investira dans cette île où il n'y a aucune sécurité juridique», affirme Ivan Herrera, directeur de la compagnie d'assurance Univista. L'entrepreneur, dont le grand-père a été prisonnier politique pendant 12 ans avant de se réfugier à Miami, refuse tout investissement sous le gouvernement actuel cubain, qu'il qualifie de «criminel».

Cette ouverture de La Havane, sérieuse brèche dans le système socialiste de l'île, intervient alors que l'économie cubaine se trouve au bord du gouffre.
La pénurie de produits essentiels s'aggrave jour après jour et les coupures d'électricité se multiplient depuis que l'administration de Donald Trump a coupé l'approvisionnement en pétrole vénézuélien.
De son côté, Hugo Cancio, propriétaire du média numérique OnCuba et de Katapulk, un supermarché en ligne prisé de la diaspora pour envoyer des produits sur l'île, considère cette initiative «non seulement comme un investissement», mais une «façon de contribuer à la reconstruction de (son) pays». Il souligne toutefois que les autorités cubaines doivent clarifier de nombreuses règles pour attirer des investissements.

 «Nécessaire pour l'avenir »

Carlos Saladrigas, président de la société de ressources humaines Regis HR Group et du laboratoire d'idées Cuba Study Group, juge «nécessaire pour l'avenir de Cuba de réintégrer la diaspora dans la vie économique du pays» , estimant que cette initiative pourrait favoriser une ouverture politique de Cuba.
Mais il attend également du gouvernement un engagement clair: «Le gouvernement doit dire: "Nous allons abandonner le socialisme traditionnel à économie centralisée et adopter des mesures de marché"». «Derrière ces mots se cache tout un cadre juridique qui doit être réformé», poursuit-il.

Pedro Freyre, avocat cubano-américain spécialisé dans le cadre réglementaire de l'île, considère Cuba comme un lieu d'investissement «extrêmement risqué».
Il justifie cet avis défavorable par un système bancaire qui ne fonctionne pas, une monnaie très instable, l'absence d'Etat de droit garantissant la propriété privée, l'échec de l'économie centralisée et des infrastructures «totalement délabrées».
«Il est très difficile de se dire : "Je vais prendre l'argent que j'ai économisé toute ma vie pour ouvrir un McDonald's sur le Malecon (célèbre promenade sur le front de mer de La Havane, ndlr) alors que je ne sais pas s'il y a de l'électricité, de l'eau ou si le Malecon va s'effondrer dans la mer"», explique-t-il.

À ces obstacles s'ajoute le fait qu'en vertu de l'embargo américain, imposé depuis les années 1960, Washington doit autoriser ses résidents à faire des affaires sur l'île.
Ivan Herrera espère pouvoir investir «lorsqu'il y aura une Cuba libre», afin de soutenir ses compatriotes qui manquent de logements, d'infrastructures, de réseaux d'assainissement et d'électricité. «Ici, à Miami, des personnes et de très grandes entreprises ont bâti la ville alors que nous sommes arrivés sans rien. De la même manière, nous pouvons construire et reconstruire Cuba », affirme-t-il.

Avec AFP