Le prix littéraire Fetkann ! Maryse Condé 2022 dévoile ses lauréats

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Le prix littéraire Fetkann ! Maryse Condé 2022 dévoile ses lauréats

Pour sa dix-neuvième édition, mercredi 23 novembre, le prix littéraire Fetkann ! Maryse Condé 2022 a comme à son habitude rendu son verdict au café de Flore à Paris. Six lauréats ont été récompensés dans les domaines de la mémoire, de la recherche, de la jeunesse et de la poésie, dont deux mentions spéciales du jury.

 

Organisé par le Centre d’Information, Formation, Recherche et Développement pour les Originaires d’Outre-Mer (Cifordom), présidé par José Pentoscrope, ce prix humaniste a pour vocation de valoriser et récompenser des ouvrages encourageant les valeurs républicaines de liberté, égalité, fraternité et de travailler sur les diverses mémoires des pays du sud. Il identifie et sélectionne pour cela chaque année des livres allant dans ce sens avant de choisir ses lauréats. 

À l’occasion de cette dix-neuvième édition, le prix de la mémoire est revenu à la romancière française d’origine sénégalaise Fatou Diome pour son essai « Marianne face aux faussaires, Peut-on devenir français ? » (éditions Albin Michel). Dans ce texte aux accents très personnels, elle fait le choix de l’ouverture d’esprit et de la laïcité. « Vivant en France depuis 1994, française depuis 2002, j’ai constaté l’évolution du discours politique qui n’a cessé de dériver, jusqu’à la cristallisation actuelle autour de l’identité. Pour la binationale que je suis, construite par la langue et les valeurs humanistes, la tristesse va crescendo. Bien que consciente de mon impuissance, j’ai la faiblesse de ne pouvoir être indifférente aux voix qui s’élèvent, prônant la haine », explique-t-elle. 

Le prix de la recherche va quant à lui à l’ouvrage collectif « Haïti-France, Les chaînes de la dette, Le rapport Mackau (1825) » (éditions Maisonneuve & La Rose / Hémisphères). Le livre revient sur la reconnaissance de l’indépendance d’Haïti par la France en 1825, soit 21 ans après la déroute de l’armée napoléonienne en 1804 devant les révoltes d’esclaves. Mais pas pour rien. Pour la somme de 150 millions de francs or dont le but était d’indemniser les colons français, un montant astronomique pour l’époque qui a été estimée par des chercheurs à plusieurs dizaines de milliards d’euros actuels. L’histoire rappelle la mission du baron de Mackau, chargé de remettre une ordonnance au président haïtien de l’époque, Jean-Pierre Boyer, et à son rapport de mission, largement inédit. 

Durant la remise des prix au café de Flore ©Samia Badat Karam

C’est la jeune artiste guadeloupéenne Cynthia Gocoul qui décroche le prix de la jeunesse avec son livre « J’étais assise sur un petit banc » (éditions Neg Mawon). « Prends ton banc, assieds-toi ! Je vais te raconter des histoires du temps où le diable était encore un enfant. » Avec l’autrice, qui travaille dans le domaine de la petite enfance, ce recueil de nouvelles aux accents de la créolité nous replonge dans le quotidien d’ « an tan lontan » des Antilles et de ses multiples et savoureux contes et légendes. D’un océan à l’autre, ensuite, c’est le poète comorien Ben Ali Saindoune qui devient lauréat du prix de la poésie avec « Johanna, Pour toi pour moi » (éditions Project’îles).

Enfin, deux mentions spéciales du jury ont été attribuées. L’une au journaliste François-Xavier Guillerm, correspondant permanent de France Antilles à Paris, pour son roman « La veste jaune, La i pann i sèk » (éditions Idem), une histoire qui narre l’identité tourmentée d’un jeune homme, guadeloupéen par son père et vivant dans l’Hexagone, qu’il va quitter pour s’impliquer dans des mouvements indépendantistes aux Antilles, qui vont lui confier une mission. Un livre qui résonne avec la colère ressentie actuellement dans ces territoires. 

L’autre mention spéciale du jury tourne autour des aspects historiques de La Réunion et de Madagascar. « Si proches et si éloignées à la fois, Madagascar et La Réunion entretiennent des rapports complexes autour d'un destin colonial en partie partagé fait de dépendances et de complémentarités ». L’ouvrage, intitulé « La Réunion – Madagascar : une histoire connectée dans l’Océan Indien (années 1880 – 1970) », aux éditions P.U.I., a été écrit par Pierre-Éric Fageol et Frédéric Garan, deux professeurs agrégés et maîtres de conférences en histoire à l’Université́ de La Réunion. « Cette influence réciproque concerne également les flux de populations avec le départ de Réunionnais qui espéraient fonder à Madagascar une nouvelle vie tout à la fois empreinte de nouveauté et d'exo-territorialité, mais aussi l'arrivée à La Réunion d'engagés malgaches pour répondre au besoin criant de main d'œuvre. En toile de fond se joue également une concurrence coloniale entre les administrations et les élites des deux îles que les projets d'établissement d'une France orientale française mettent en évidence », écrivent-ils.

 

PM