Le Guadeloupéen Gérard Cotellon à la tête de l’Hôpital Européen de Marseille, met le cap sur la stabilité, l’extension et la sécurité

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Le Guadeloupéen Gérard Cotellon à la tête de l’Hôpital Européen de Marseille, met le cap sur la stabilité, l’extension et la sécurité

Depuis le 1er octobre, Gérard Cotellon est le nouveau directeur général de l’Hôpital Européen de Marseille (HEM), premier ultramarin à diriger l’établissement. À 64 ans, ce « vrai hospitalier », comme il se définit, retrouve le terrain après une longue carrière de direction dans le service public, marquée notamment par des responsabilités à l’AP-HP et des postes de directeur général à La Réunion puis en Guadeloupe. Sélectionné à l’issue d’un processus de recrutement réunissant six candidats, il arrive dans un contexte d’attente forte après plusieurs directions de courte durée, avec un engagement celui de ramener une stabilité durable. Pour Outremers360 en avant première, il partage ses priorités pour cet hôpital d'importance.

Faire face aux défis sanitaires croissants

Le premier chantier de Gérard Cotellon consiste à consolider l’organisation et le pilotage administratifs, sans renoncer à la souplesse propre à l’Hôpital Européen de Marseille, établissement de santé privé d’intérêt collectif à but non lucratif. « J’aimerais mettre un peu de robustesse de l’ingénierie administrative », explique-t-il, considérant que l’établissement « se doit de fonctionner un peu comme l’hôpital public », tout en conservant une capacité d’agilité dans la gestion. Cette exigence s’appuie sur un socle qu’il juge solide : « le niveau de soins est excellent » et « les médecins sont très bons ». 

Autant d’atouts pour soutenir durablement la performance médicale, dans un contexte hospitalier confronté à des défis sanitaires croissants, à commencer par la progression des bactéries : « Aujourd’hui, quand un patient nous dit qu’il a été hospitalisé aux États-Unis, nous effectuons systématiquement un dépistage, en raison de bactéries multirésistantes », souligne-t-il, rappelant qu’elles sont particulièrement redoutables « parce qu’à ce jour, il n’existe pas d’antibiotiques pour y faire face ».

Des médecins associés aux décisions stratégiques

Une deuxième priorité émerge, installer une gouvernance fondée sur le dialogue et le collectif. Gérard Cotellon a mis en place un comité exécutif qui se réunit tous les quinze jours et associe les médecins à la réflexion stratégique et aux décisions opérationnelles. Son principe de fonctionnement est posé : « si on ne vote pas dans cette instance, il faut qu’on soit d’accord », autrement dit, « tant qu’il n’y a pas de consensus, le sujet reste à l’ordre du jour ». Une méthode qui s’appuie sur une conviction : « moi je crois beaucoup à la notion de faire équipe, du collectif » car « on a besoin les uns des autres ».

Une méthode de travail qui vise à renforcer la cohésion et la stabilité dans un établissement d’environ 650 lits et places, employant près de 1 750 professionnels.

Une offre de soins à renforcer face à la précarité du territoire

Dans un territoire marqué par une grande vulnérabilité sociale, le développement de l’offre de soins est au cœur du projet. Implanté dans le 3e arrondissement de Marseille (où 52% des habitants vivent sous le seuil de pauvreté*) et porté par la fondation Ambroise Paré, l’Hôpital Européen revendique de ne refuser aucun patient, y compris les personnes sans papiers. Le directeur général rappelle l’ampleur de la précarité rencontrée dans ces quartiers de la cité phocéenne : « 40 % des gens qui fréquentent les urgences relèvent de l’aide médicale d’État ou de la couverture maladie universelle. »

Pour les personnes en grande difficulté, « la santé n’est pas la préoccupation première », souligne Gérard Cotellon. L’urgence est ailleurs, « survivre, manger, se loger, se mettre à l’abri du froid ». Les soins interviennent souvent en dernier recours, lorsque « les manifestations cliniques sont déjà bien avancées ». Il cite notamment la cancérologie, où de nombreux patients arrivent tardivement, faute de dépistage, pris dans des situations de vie extrêmement contraignantes, comme « une mère seule qui lutte pour nourrir ses enfants ». Dans un territoire à forte population immigrée, certaines barrières culturelles s’ajoutent encore à ces difficultés. Pour y répondre, l’Hôpital Européen a fait le choix de recruter largement dans le quartier : « on recrute parmi la population du quartier », avec parfois des services composés majoritairement de personnels formés localement, afin que les patients « se sentent à l’aise avec des gens qui les comprennent ».

Dans ce contexte, Gérard Cotellon souhaite notamment renforcer la cancérologie et la cardiologie, en complétant le parcours de soins, avec, à terme, la radiothérapie et la médecine nucléaire, dans un secteur où les maladies cardiovasculaires restent la première cause de mortalité.

Agrandissement et sécurité, deux priorités indissociables

Enfin, le développement immobilier et la sécurité constituent des leviers essentiels pour accompagner la croissance de l’activité. Un schéma directeur immobilier est lancé afin d’identifier de nouvelles capacités d’accueil, y compris via des bâtiments à proximité et la possible délocalisation de certaines fonctions.

En parallèle, la sécurité est érigée en priorité absolue : changement de prestataire, renforcement des dispositifs et sécurisation des patients comme des personnels. « L’établissement reçoit 2 à 3 blessés par balles par semaine aux urgences. Je ne peux pas attendre qu’il se passe quelque chose ou qu’il y ait un accident ». Tout l’enjeu est de garantir un cadre de travail et de soins serein, condition indispensable à la mission de service public que revendique l’établissement.

Fort de son expérience dans des établissements complexes et des territoires exigeants, Gérard Cotellon aborde cette nouvelle étape de sa carrière avec les méthodes qui ont marqué son parcours : goût du collectif, culture du dialogue, sens du service public et sang-froid face aux situations sensibles, autant d’atouts pour conduire la transformation de l’Hôpital Européen de Marseille dans la durée.

*Données 2024, Observatoire des inégalités