La littérature d'Haïti séduit toujours en France

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La littérature d'Haïti séduit toujours en France

Malgré la violence des gangs et la pauvreté, Haïti continue à offrir une littérature et une poésie ardentes, comme l'illustre la sortie de plusieurs romans et recueils, qui attirent de fidèles lecteurs en France.


"La situation sécuritaire est vraiment terrible à Port-au-Prince, mais elle n'empêche pas une certaine effervescence créatrice", témoigne l'écrivain Lyonel Trouillot.
De passage à Paris pour présenter son nouveau livre "Bréviaire des anonymes" (Actes Sud), le romancier de 69 ans habite toujours la capitale haïtienne, au contraire de nombreux intellectuels ayant choisi l'exil. "Haïti a besoin de voix qui osent parler haut et fort de la situation", ajoute Lyonel Trouillot, à la fois romancier, poète, journaliste et professeur de littérature française, dans un entretien à l'AFP.

Dans "Bréviaire des anonymes", il donne la parole à des habitants ordinaires d'une petite ville côtière où vient s'installer le narrateur, un jeune homme indécis, envoyé par son oncle ministre inventorier une riche bibliothèque. S'entremêlent les récits d'une jeune femme bossue, d'un patron de bar esseulé et d'un ex-écolier talentueux mais malchanceux.
Lyonel Trouillot a relié les destins de ces personnages qui "luttent contre l'oubli" dans une société haïtienne demeurant "extrêmement inégalitaire" et écartelée entre gangs et sectes évangélistes.

Pour lui, les oeuvres des écrivains et poètes haïtiens sont "très diverses sur la forme, mais partagent une même conscience sociale", marquée notamment par la défiance vis-à-vis de l'Etat et des institutions internationales.

 "Nomade enraciné" 

Le poète James Noël rend ainsi hommage à "la résistance lumineuse" du peuple haïtien dans "Paons" (Au diable vauvert), un recueil de textes évoquant les gangs armés et la capitulation des autorités, mais aussi la beauté qui subsiste.
Dans "Fais du feu" (Mémoire d'encrier), Rodney Saint-Eloi veut célébrer, "dans un monde incendié", les "choses simples" comme l'acte d'allumer un feu.
Ces auteurs se placent dans la lignée de l'un des plus célèbres poètes haïtiens, René Depestre, dont le centenaire en août prochain est célébré par la sortie d'une anthologie, "Rage de vivre" (Seghers).

Vivant en exil depuis 1946, l'auteur multi-primé se présente comme "un nomade enraciné partout" après avoir combattu la dictature et rejoint le Cuba de Fidel Castro avant de quitter l'île et de s'installer dans le sud de la France.
Parmi les écrivains reconnus figure aussi Yanick Lahens, récompensée en octobre par le Prix du roman de l'Académie française pour "Passagères de nuit" (Sabine Wespieser), un hommage à deux de ses aïeules ayant lutté pour leur liberté et contre l'esclavage au XIXe siècle.

Egalement poète et romancier, Louis-Philippe Dalembert, 63 ans, sort un roman autobiographique, "Je n'ai jamais dit papa" (Robert Laffont), une longue lettre au père qu'il n'a pas connu, ayant disparu alors que Haïti était sous le joug de la dictature de François Duvalier, surnommé "Papa Doc".

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Plus charnel et fantasque, Néhémy Pierre-Dahomey raconte dans "L'ordre immuable des choses" (Seuil) les premiers émois sexuels d'un jeune Haïtien.

Avec AFP