Guadeloupe : Eau et assainissement, un état des lieux préoccupant selon le rapport 2025 des acteurs du secteur

© Observatoire de l'Eau en Guadeloupe

Guadeloupe : Eau et assainissement, un état des lieux préoccupant selon le rapport 2025 des acteurs du secteur

Les acteurs de l’eau et de l’assainissement en Guadeloupe ont présenté, lundi 6 janvier 2026, le rapport 2025 sur l’état de la ressource et des infrastructures du territoire. Fondé exclusivement sur les données de l’année 2023, ce document de référence dresse un diagnostic détaillé et chiffré, marqué par une situation globalement dégradée, malgré quelques améliorations.


Bien que le rapport rappelle que l’analyse repose sur des données de 2023, donc antérieures à la situation actuellement vécue par les usagers, il reste un outil probant pour mesurer l’ampleur des difficultés structurelles du service public de l’eau en Guadeloupe.

Parmi les éléments positifs relevés, les prélèvements d’eau dans le milieu naturel ont diminué de 4 % en 2023, soit une baisse de 4,8 millions de mètres cubes. Il s’agit de la première diminution observée depuis 2014. Cette évolution pourrait refléter les premiers effets des travaux de réparation engagés sur le réseau, même si les auteurs du rapport soulignent la nécessité de confirmer cette tendance sur le long terme.
Le document met également en évidence une évolution dans l’organisation de la production d’eau potable. La commune de Petit-Bourg assure désormais près d’un tiers de l’eau distribuée en Guadeloupe, devenant ainsi le principal pôle d’alimentation du territoire, devant Capesterre-Belle-Eau.

En revanche, les pertes sur le réseau demeurent très importantes. Le rendement du réseau géré par le Syndicat mixte de gestion de l’eau et de l’assainissement de la Guadeloupe (SMGEAG) s’est amélioré en 2023, avec une baisse de 11 % du taux de pertes. Toutefois, 58 % de l’eau mise en distribution n’arrive toujours pas jusqu’aux usagers. Plus d’un litre sur deux est perdu avant d’atteindre le robinet des utilisateurs, illustrant la forte vétusté du réseau et l’ampleur des investissements encore nécessaires pour y remédier.
La situation financière du service public de l’eau constitue un autre point de vigilance majeur. Le rapport indique qu’en 2023, 38,2 % des abonnés du SMGEAG ne se sont pas acquittés de leurs factures. Ce taux d’impayés, sans équivalent en France hexagonale où il reste inférieur à 2 %, fragilise fortement l’équilibre économique du service.

C’est toutefois le volet de l’assainissement qui concentre les constats les plus alarmants. En 2023, 11 des 18 stations d’épuration du territoire ne respectaient pas les normes réglementaires. Certaines installations, héritées lors du transfert de compétences au SMGEAG, étaient à l’arrêt ou dans un état de dégradation avancée. Selon la direction du syndicat, plusieurs stations nécessitent une reconstruction quasi complète. La programmation pluriannuelle des investissements fait actuellement l’objet d’un réexamen afin de rééquilibrer les financements, jusqu’à présent majoritairement orientés vers la distribution d’eau potable.

Les conséquences environnementales de ces dysfonctionnements sont jugées particulièrement préoccupantes. Le rapport souligne une dégradation continue des milieux aquatiques, avec un impact direct sur la qualité des cours d’eau, des zones de baignade et des eaux littorales. Ces atteintes soulèvent des enjeux sanitaires, mais aussi économiques, dans un territoire où l’attractivité touristique est étroitement liée à la qualité de l’environnement naturel.

Sylvie Gustave Dit Duflo, présidente de l’Office Français de la Biodiversité (OFB), tire la sonnette d’alarme, au micro de nos confrères de Guadeloupe la 1ère : « L’ensemble des cours d’eau, des nappes phréatiques, de ce qu’on appelle les masses d’eau côtières, sont en train de se dégrader de manière inexorable. C’est-à-dire qu’il n’y a plus aucun cours d’eau qui soit en très bonne qualité. Quand l’état écologique se dégrade, arrive derrière l’état sanitaire (…) Nous devons absolument accélérer sur l’assainissement collectif ».

Présentant le rapport, les autorités ont insisté sur le caractère structurel de la crise de l’eau en Guadeloupe. Les comparaisons avec d’autres territoires montrent l’ampleur du retard à combler. Le document appelle à des investissements massifs, à un renforcement de la gouvernance et à une mobilisation collective pour répondre à des enjeux qui dépassent la seule gestion technique de l’eau, et engagent l’avenir des ressources naturelles du territoire.