Grandes figures des Outre-mer : Étienne Victor Mentor, le Martiniquais qui représenta Saint-Domingue au Parlement français

Grandes figures des Outre-mer : Étienne Victor Mentor, le Martiniquais qui représenta Saint-Domingue au Parlement français

La série relative aux personnalités emblématiques qui ont marqué l’histoire des Outre-mer continue sur Outremers 360. Nous nous penchons aujourd’hui sur le parcours hors norme du Martiniquais Étienne Victor Mentor, adjudant-général de France qui devint à l’âge de 25 ans seulement l’un des premiers députés noirs de Saint-Domingue, avant de servir les pères de la révolution haïtienne Jean-Jacques Dessalines et Alexandre Pétion.

Étienne Victor Mentor naît le 26 décembre 1771 à Saint-Pierre en Martinique. Chose rare à l’époque, c’est un Noir né libre. Il choisit le métier des armes. Dans son île, il participe, comme sergent de la Garde nationale de la Révolution de 1789, aux combats qui opposent cette dernière aux colons et à leurs partisans. Mais il quitte rapidement la Martinique et l’on ignore où il se trouve pendant plusieurs années.

Mentor réapparaît en février 1793 à Pointe-à-Pitre comme membre du Comité de discipline militaire jusqu’en février 1794. À cette date, il est nommé capitaine au bataillon des chasseurs de Guadeloupe, puis est muté en France au 3e Bataillon des volontaires du département du Pas-de-Calais. Début 1796, il s’embarque pour Saint-Domingue (la future Haïti) dans une force armée qui épaule la troisième commission civile pour maintenir l’ordre, au grade d’adjudant-général. Il accompagne alors le Français abolitionniste Léger-Félicité Sonthonax, représentant de la mission.

Député de Saint-Domingue

En avril 1797, le Martiniquais est élu député de Saint-Domingue au Conseil des Cinq-Cents, l'une des deux assemblées législatives du Directoire, connue également sous le nom de chambre basse, qui examine les textes de lois en première lecture. C’est l’un des premiers députés noirs de l’île, avec Jean-Baptiste Belley et Joseph Boisson. Dès sa prise fonction, il fait un discours remarqué sur l'attachement des Noirs à la République et leur fidélité à la Constitution de l'an III qui stipule notamment que « les droits de l'homme en société sont la liberté, l'égalité, la sûreté, la propriété (…) et que les colonies françaises sont parties intégrantes de la République, et sont soumises à la même loi constitutionnelle ».

Le 30 juillet 1798, Étienne Victor Mentor demande, assez paradoxalement, le paiement des sommes dues aux colons réfugiés ou déportés. En octobre de la même année, il se prononce pour l'abolition définitive de la traite et de l’esclavage subsistant encore et exige la suppression des créances relatives aux ventes d'esclaves. En avril 1799, il dénonce le député Perrotin de Saint-Domingue, qui avait incité les Anglais à occuper l'île. Par la suite Mentor vote, à l'approche du coup d'État du 18 Brumaire (qui porta Napoléon Bonaparte au pouvoir en tant que Premier Consul de la République française le 9 novembre 1799), la motion de certains députés sur la « patrie en danger », puis fut exclu du corps législatif après la réussite du coup.

Napoléon Bonaparte lors du coup d'État du 18 brumaire ©Collection Château de Versailles

Mentor est alors exilé à Paris où il passera deux ans. Après cette mise à l’écart, il reçoit finalement l'autorisation de voyager dans les colonies françaises d’Amérique. Il revient en France en 1803, mais à la condition de rester à trente lieues de Paris. Toutefois Saint-Domingue lui manque, et Étienne Victor Mentor repart dans son pays d’adoption en 1804. Il devient aide de camp de Jean-Jacques Dessalines (l’un des chefs de la révolution haïtienne qui se fit proclamer empereur), avant de se mettre au service d’Alexandre Pétion (premier président de la République d'Haïti de 1807 à 1818). Durant cette période les historiens perdent sa trace, et l’on ne connaît toujours pas la date de sa mort à ce jour.

PM

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