À l’occasion de ses 90 ans, le groupe Poma confirme son expansion, en Asie, Amérique du Sud, Europe mais également dans les Outre-mer, à La Réunion avec le projet Papang, mais aussi à Madagascar ou en République dominicaine. Les télécabines créées au départ pour faciliter les déplacements en montagne, deviennent désormais des leviers de mobilité du quotidien. Moins coûteux et rapides à déployer, téléphériques et télécabines s’imposent comme des solutions face aux contraintes urbaines. Dans un entretien exclusif accordé à Outremers 360, Fabien Felli, président du groupe, décrypte cette évolution.
90 ans de savoir-faire français
En forme d’œuf et entièrement vitrée, la nouvelle cabine Pure, dévoilée le 21 avril à Alexpo Grenoble, lors du salon Mountain Planet, incarne la nouvelle direction prise par Poma. Pensée comme un cocon, elle mise sur une expérience passager renouvelée. Un lancement symbolique pour une entreprise qui célèbre, au même moment, ses 90 ans.
Derrière cette innovation, c’est toute l’histoire de Poma qui se dessine en filigrane. Née dans les Alpes en 1934, sous l’impulsion de l’ingénieur Jean Pomagalski, l’entreprise s’est construite autour du transport par câble, d’abord en montagne avant de s’ouvrir progressivement à d’autres usages, touristiques puis urbains. Depuis ses débuts, Poma revendique un positionnement clair, celui de l’innovation. Le groupe a été à l’origine de nombreuses avancées dans le transport par câble, comme le premier télésiège débrayable à Pralognan-la-Vanoise en 1972.
Aujourd’hui, Poma affiche une envergure internationale. Le groupe compte environ 1 500 collaborateurs, dont près de 890 en France, auxquels s'ajoutent 1 000 supplémentaires dans les sociétés « en propre ou en joint-venture dans la partie exploitation urbaine » et s’appuie sur un réseau de vingt-cinq filiales. Présent dans 85 pays, il réalise près de 70 % de son activité à l’export, tout en conservant un ancrage industriel fort avec plus de 85 % de sa production réalisée en France.
Structurée autour de trois grands secteurs, montagne, tourisme et urbain, l’entreprise réalise près de 60 % de son chiffre d’affaires de ces deux derniers. Ce développement repose sur un modèle intégré, allant de la conception à l’exploitation des installations, et sur des équipements conçus pour durer plusieurs décennies.
Le câble urbain, une solution complémentaire
Pour Fabien Felli, le câble n’a pas vocation à remplacer le tramway, le bus ou le métro. Il vient compléter la palette des mobilités. « Le câble urbain est pertinent dans le franchissement d’obstacles », explique-t-il. Là où le souterrain peut coûter très cher, l’aérien permet de passer au-dessus de la contrainte. Poma insiste aussi sur la rapidité : une fois les procédures administratives achevées, une ligne peut être construite en moins de deux ans. « À Ajaccio, le chantier a été réalisé en moins de 18 mois. », précise le président.
Autre argument : l’emprise au sol. Un téléphérique urbain nécessite surtout des stations et des pylônes espacés de plusieurs centaines de mètres. Un pylône occupe quelques mètres carrés, là où un tramway ou une route nécessitent des travaux plus lourds sur la voirie.
Des coûts contenus
Le coût est l’un des principaux arguments avancés par Poma. Selon Fabien Felli, le câble fait partie des solutions les plus efficaces en matière de coût de construction, de coût d’exploitation et de délai de mise en œuvre.
Au-delà de la construction, l’entreprise s’est également positionnée sur l’exploitation technique qui repose sur des installations électriques automatisées. Cela inclut la conduite quotidienne des équipements, leur maintenance et leur disponibilité. À l’échelle mondiale, ce modèle représente plusieurs milliers d’emplois.
« Exploiter, ce n’est pas commercialiser, c’est garantir que le système fonctionne du matin au soir », précise Fabien Felli. Car dans un environnement urbain, précise Fabien Felli, les appareils fonctionnent parfois de 5 h à minuit, presque toute l’année. Une ligne peut vivre plusieurs décennies jusqu’à 50 ans.
Dépasser les obstacles administratifs
Les projets de transport par câble s’inscrivent dans des temporalités longues, bien au-delà de la phase de construction elle-même. Études, tracés, concertation, enquête publique et procédures administratives peuvent s’étaler sur plusieurs années avant le lancement des travaux. « Entre la phase d’enquête publique, les études et les autorisations, cela peut prendre quatre à cinq ans », rappelle Fabien Felli.
Dans ce contexte, le rôle des décideurs locaux est déterminant : « Il faut une volonté politique forte », insiste-t-il, pour porter des projets visibles, parfois contestés, mais pensés comme des réponses à la congestion ou à l’enclavement. Car, comme tout mode de transport, le câble suscite des débats, notamment sur son impact visuel ou le survol d’habitations. Pour limiter ces oppositions, Poma travaille en amont sur les tracés afin d’ « éviter les zones habitées », explique Fabien Felli.
Un bénéfice social et environnemental
De La Réunion avec le projet Papang, à Toulouse avec Téléo, en passant par Ajaccio (projet Angelo), mais aussi à Madagascar (projet Antananarivo), en République dominicaine, en Équateur, au Pérou, en Algérie, en Mongolie ou encore à New York, où l’entreprise intervient sur la liaison vers Roosevelt Island, Poma multiplie les références. Pour les usagers, les bénéfices sont immédiats : gain de temps, amélioration de la sécurité et accès facilité à des zones jusqu’ici enclavées.

Sur le plan environnemental, le groupe met en avant une solution de mobilité électrique, peu intrusive et à faible emprise au sol. Il développe également une gamme dédiée, baptisée LIFE pour « low impact environmental », intégrant performance technique, durabilité environnementale et compétitivité économique pour répondre aux besoins croissants des territoires en matière de mobilité durable. Imaginée dans une logique d’éco-conception, LIFE intègre 95 % de composants recyclables, des matériaux durables ainsi qu’une ergonomie optimisée et un pilotage intelligent pour simplifier l’opération et la maintenance.
Après La Réunion, les Outre-mer restent un marché à développer
Dans les Outre-mer, l’exemple le plus abouti reste aujourd’hui le téléphérique Papang, à Saint-Denis de La Réunion. Inauguré en mars 2022, ce premier téléphérique de l’océan Indien, long de 2,68 kilomètres, relie le quartier du Chaudron à celui de Bois-de-Nèfles, en passant par le Moufia. Le trajet s’effectue en 14 minutes, avec cinq stations intermédiaires. Les 46 cabines de dix places permettent de transporter jusqu’à 1 200 passagers par heure et par sens.
Lire aussi : À La Réunion, le téléphérique urbain séduit et s'apprête à prendre de l'altitude
Toutefois, bien qu’aucun projet ne soit en cours de réalisation le potentiel topographiques des territoires ultramarins démontre la pertinence de ce mode de transport : « dès lors qu’un territoire cherche à répondre à des enjeux de congestion ou de désenclavement, le câble a du sens et peut trouver sa place. » souligne Fabien Felli.
Former et recruter localement : l’autre pari de Poma
Au-delà des infrastructures, le développement du transport par câble s’accompagne aussi d’un impact direct sur l’emploi local. À chaque projet, Poma mobilise des entreprises du territoire pour la construction, puis recrute sur place pour l’exploitation. Pour accompagner cette montée en compétence, le groupe a lancé dès 2017 la Poma Academy. Avec des outils digitaux et immersifs comme des simulateurs de conduite, inspirés de l’aéronautique, Poma assure transférer le savoir-faire de l’exploitation et la maintenance des appareils et garantit un haut niveau de sécurité et de performance tout en favorisant l’ancrage des projets dans les territoires.






















