Droits de l’enfant : une situation problématique en Outre-mer, selon le dernier rapport d’Unicef France

Enfants à Mayotte ©DR

Droits de l’enfant : une situation problématique en Outre-mer, selon le dernier rapport d’Unicef France

La section française du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) publie aujourd’hui le premier rapport de son Observatoire des droits de l’enfant, qui étudie rigoureusement l’ensemble des données disponibles relatives aux droits et au bien-être des enfants en France hexagonale et dans les départements et régions d’Outre-mer (DROM). L’Observatoire appelle à un renforcement des politiques publiques en direction de l’enfance, basé sur son document de référence et une approche multisectorielle.

À travers les thématiques étudiées, le rapport met en évidence une situation préoccupante concernant les droits de l’enfant en France. La pauvreté et les conditions de logement apparaissent comme des enjeux particulièrement urgents. Selon le dernier baromètre d’Unicef France et de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS), près de 32 000 enfants vivent sans domicile ou sont hébergés à l’hôtel, et 38 enfants sans solution de logement sont décédés en 2024. Ces situations compromettent directement leurs droits essentiels, notamment ceux liés à la survie, à la santé et au développement.

D’autres droits fondamentaux restent également insuffisamment assurés. Le droit à une alimentation adéquate est fragilisé : près de 23% des enfants ayant participé à la Consultation nationale d’Unicef France déclarent ne pas prendre trois repas par jour. L’accès à l’éducation demeure inégal, plusieurs milliers d’enfants n’étant toujours pas scolarisés, sans qu’un suivi statistique national précis ne soit disponible. « Les territoires d’Outre-mer restent fortement sous-documentés. Alors que les besoins y sont souvent plus importants, les données disponibles demeurent partielles. En 2024, 1 860 enfants ont encore été enfermés à Mayotte, illustrant des violations persistantes des droits de l’enfant et une rupture d’égalité territoriale majeure », constate le rapport.

 En ce qui concerne la pauvreté des enfants, les inégalités restent très marquées. Les données disponibles révèlent une situation particulièrement préoccupante dans les territoires ultramarins, où jusqu’à huit enfants sur dix sont concernés à Mayotte, et où les niveaux d’indigence et d’inégalité d’accès aux services demeurent également très élevés en Guyane, à La Réunion et aux Antilles. Ces réalités sont toutefois partiellement invisibilisées par la statistique publique, qui ne couvre pas systématiquement l’ensemble des DROM et repose principalement sur les ménages vivant en logement ordinaire, déplorent les auteurs de l’étude.

Se penchant sur la question de la mortalité infantile, l’Unicef France souligne que son taux représente un indicateur essentiel de l’état de santé d’une population et de l’efficacité de son système de soins. Cependant, « les écarts observés entre territoires, notamment dans les départements et régions d’Outre-mer (taux de mortalité infantile de 9,5 ‰ à Mayotte contre 4 ‰ dans l’Hexagone), soulignent la nécessité d’une attention renforcée aux politiques de prévention et d’accompagnement des parents dès la période prénatale ». Au total, la mortalité infantile est deux fois plus élevée dans les DROM que dans l’Hexagone.

Dans le domaine de l’éducation, à la rentrée 2023, la France comptait 12,7 millions d’élèves inscrits dans l’enseignement primaire et secondaire. Derrière ce chiffre global se cachent toutefois d’importantes inégalités d’accès à l’école, qu’elles soient territoriales, sociales ou liées aux situations individuelles. Malgré le droit à l’éducation garanti par la Convention internationale des droits de l’enfant et par le Code de l’éducation, plusieurs milliers d’enfants restent encore non scolarisés. 

Certains d’entre eux demeurent totalement « invisibles », absents des statistiques officielles alors même qu’ils ne fréquentent aucune structure scolaire. « Cette situation est encore plus flagrante dans certains territoires ultramarins, notamment les collectivités de Mayotte et de Guyane », d’après le rapport. L’Unicef France estime ainsi qu’entre 5379 et 9575 enfants sont non scolarisés à Mayotte.

Sur le thème de la précarité alimentaire, l’augmentation du recours à l’aide alimentaire ces dernières années — avec 2,4 millions de personnes concernées fin 2022, soit trois fois plus qu’il y a dix ans — témoigne de la pression croissante sur les budgets des ménages, dans un contexte marqué par une forte inflation et une hausse générale du coût de la vie. « Ces difficultés touchent de manière disproportionnée les familles monoparentales, les ménages vivant sous le seuil de pauvreté et les enfants résidant dans certains territoires, en particulier dans les départements et régions d’Outre-mer », alerte l’Observatoire des droits de l’enfant.

Il en va de même concernant la couverture des services essentiels de santé. Bien que la France dispose d’un système de santé globalement performant, l’accès aux services reste marqué par d’importantes inégalités. Les enfants vivant dans des zones où les professionnels de santé sont peu nombreux, en particulier dans les départements et régions d’Outre‑mer, ou au sein de familles en situation de précarité, très nombreuses dans les DROM, se heurtent plus souvent à divers obstacles : délais de rendez‑vous prolongés, renoncement aux soins, éloignement géographique ou démarches administratives complexes.

Enfin, « l’environnement dans lequel grandissent les enfants est un déterminant majeur de leur santé, de leur développement et de leur bien-être », relève l’étude. Mais ils sont exposés à des risques qui varient selon leur lieu de naissance, leur niveau de vie et leur situation géographique. Ainsi, 1 enfant sur 5 est atteint de saturnisme en Guyane. Dans la France entière, 5,8% des enfants vivent dans des zones à haut risque de pollution aux pesticides (notamment le chlordécone aux Antilles), 217 346 élèves ont été touchés par des perturbations scolaires et 4000 enfants déplacés à cause d’événements climatiques en 2024 (intempéries, inondations, cyclones, températures extrêmes…). On peut penser que ces calamités ont surtout affecté les DROM.

PM

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