Dans les Outre-mer, un vaste programme de recherche pour lutter contre les pollutions agricoles, minières et urbaines mobilise 200 chercheurs

En Nouvelle-Calédonie, les îlots coralliens et leurs végétations servent de refuge à de nombreuses espèces rares ou menacées. Dans le Sud de la Grande Terre, l’îlot Ua abrite une grande biodiversité ©IRD - Jean-Michel Boré

Dans les Outre-mer, un vaste programme de recherche pour lutter contre les pollutions agricoles, minières et urbaines mobilise 200 chercheurs

Doté de 15 millions d’euros, le nouveau programme prioritaire de recherche Outre-mer s’attaque aux pollutions. Qu’elles soient agricoles, minières ou urbaines, les pollutions dégradent durablement les territoires ultramarins, déjà vulnérables face au changement climatique. Pendant cinq ans, près de 200 chercheurs vont s’intéresser à ces pollutions afin de les identifier et de trouver des solutions pour les réduire considérablement. Le conseiller scientifique du programme, Alexandre Ganachaud dévoile pour Outremers360 les détails de cette initiative portée par l’Institut de recherche pour le développement (IRD).

« Les territoires d’Outre-mer sont à la fois extrêmement riches, abritant 80 % de la biodiversité nationale et à en même temps très vulnérables », alerte l’océanographe Alexandre Ganachaud. Le chercheur est le conseiller scientifique du nouveau programme prioritaire de recherche Outre-mer (PPR Outre-mer) piloté par l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Son objectif ? Mieux comprendre et combattre les pollutions qui menacent les territoires ultramarins de la région subtropicale.

Trois types de pollutions majeures intéressent l’établissement public de recherche et ses partenaires. La pollution d’origine agricole, particulièrement aux Antilles, fera l’objet de projets de recherche. « Certaines pratiques ont eu et parfois ont toujours un impact majeur sur les territoires, notamment le recours aux intrants chimiques dans les bananeraies ou les exploitations de canne à sucre, particulièrement celles dont la production est destinée à l’exportation », décrit Alexandre Ganachaud.

La deuxième source de pollution identifiée par le programme est d’origine minière, elle concernera essentiellement la Guyane (pour l’exploitation de l’or) et la Nouvelle-Calédonie, avec ses mines de nickel. « Les pratiques d’extraction ont d’importantes conséquences sur les sols, les milieux, les paysages, la biodiversité et sur la culture de par les changements d’environnement et de mode de vie. » En Nouvelle-Calédonie, « les écoulements d’eau rouge ont un impact dramatique en aval » , précise-t-il. En effet, l’exploitation minière sur le Caillou a fortement amplifié les processus d’érosion des sols et de transport sédimentaire jusqu’au lagon.

Enfin, les pollutions générées par l’extension croissante et mal maîtrisée des surfaces urbanisées sont le troisième point qui sera scruté par les chercheurs avec ce programme. Ce type de pollution concerne surtout Mayotte et La Réunion. « A Mayotte, la population a été multipliée par cinq en deux décennies, ce qui a généré des pollutions locales liées aux rejets des eaux usées notamment, ce qui a un fort impact sur la biodiversité et la santé humaine. »

200 chercheurs et 15 millions d’euros

Durant cinq ans, près de 200 chercheurs mèneront des projets pour identifier ces pollutions, leurs conséquences sur les populations et les milieux mais aussi leurs impacts sur le long terme. L’objectif sera ensuite de trouver des solutions pour restaurer les écosystèmes dégradés afin de conserver le patrimoine ultramarin, exceptionnel mais déjà particulièrement exposé au changement climatique et à l’érosion du littoral.

Tous les projets seront portés ou cooptés par les acteurs locaux (universités ultramarines, différentes structures, sociétés privées, décisionnaires locaux…). Si l’IRD est en charge du pilotage de ce programme, la coordination scientifique est menée en partenariat avec le CNRS (Centre national de recherche scientifique) et le Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement).

Le programme, financé par l’État dans le cadre du plan d’investissement France 2030, bénéficie d’une enveloppe de 15 millions d’euros. Annoncée en 2022 par le Ministère de la recherche et le Ministère des Outre-mer, l’initiative a finalement été pleinement lancée le 17 mars dernier. Les projets de recherche -qui feront l’objet d’une sélection par un jury international diligenté par l’Agence nationale de recherche (ANR)- débuteront quant à eux en 2027.

Les collégiens sur le terrain aux côtés des chercheurs

« D’autres appels à projet viendront prochainement renforcer ces recherches, ajoute Alexandre Ganachaud. Ils incluent des financements pour des projets d’innovation, de doctorat ou même de formation en alternance. » À partir de septembre 2026, l’IRD prévoit aussi d’intégrer les établissements scolaires (lycées et collèges) des territoires ultramarins concernés afin d’inclure les élèves dans ce programme.

L’océanographe physicien rappelle que les populations locales mais aussi les jeunes seront parties prenantes de ce programme. « Ce sont les premiers concernés. C’est important de sensibiliser les jeunes à ces problématiques en les amenant sur le terrain pour observer et travailler avec les chercheurs. Pour les intéresser, on va réfléchir ensemble à ce qui les intéresse. » « Par exemple, poursuit Alexandre Ganachaud, si on étudie les pollutions urbaines à Mayotte, les élèves pourraient accompagner les scientifiques pour effectuer les prélèvements et découvrir les techniques d’échantillonnage. »

Des solutions naturelles pour filtrer les pollutions

Le chercheur résume : « Ce programme prioritaire de recherche mêle les sciences environnementales et les sciences humaines et sociales. On associe les chercheurs et les acteurs locaux pour réfléchir ensemble à des pratiques plus vertueuses et à des solutions de dépollution. » Les solutions naturelles existent : on peut traiter les eaux usées grâce à des végétaux vivants (comme les mangroves) ou morts car certains résidus ont l’incroyable capacité de filtrer efficacement les produits toxiques.

On peut par exemple citer les travaux de la chimiste Claude Grison, directrice du laboratoire ChimEco, qui a développé des méthodes pour décontaminer les sols et l’eau grâce à des plantes. La chercheuse du CNRS s’est rendu à de nombreuses reprises en Nouvelle-Calédonie, notamment à Thio, sur la côte est, où l’extraction du nickel a ravagé le paysage. Sur cette mine, Claude Grison a introduit des espèces végétales résistantes aux métaux pour restaurer les sols. Une technique qui lui a valu d’être récompensé par le prix de l’inventeur européen de l’année 2022.