Nommée le 1er janvier 2026 en tant que Directrice régionale de TotalEnergies en Outre-mer, Ariane Vuilloud place l’ancrage local au cœur de son action. Forte de plus de vingt ans d'expérience au sein du groupe et d’une double culture technique et commerciale, cette directrice passée par des fonctions très opérationnelles en France et à l’international défend une conviction forte : dans les Outre-mer, il n’existe pas une transition énergétique uniforme, mais des transitions, façonnées par des réalités territoriales très différentes. Son fil conducteur, « écoute, dialogue et résultat », guidera une première tournée de terrain dès mars, de la Guadeloupe à la Réunion, puis la Polynésie, pour écouter avant d’accélérer. Pour Outremers360 elle revient sur sa prise de fonction, la stratégie de TotalEnergies dans les territoires ultramarins et les leviers concrets d’une transition énergétique construite à l’échelle des territoires.
TotalEnergies en Outre-mer, une présence historique
Présente dans les Outre-mer depuis plus de soixante ans, TotalEnergies, qui a célébré ses 100 ans en 2024, regroupe aujourd’hui près de 400 collaborateurs et environ 2 000 emplois indirects liés à ses activités ultramarines. Cette présence s’organise autour de deux piliers : le service de proximité, assuré par environ 180 stations-service et des activités associées, « indispensables à la mobilité et à la vie économique locale », et la transition énergétique, avec près de 290 MW de capacités renouvelables opérées et environ 80 points de recharge pour véhicules électriques, notamment à La Réunion, en Guadeloupe et en Martinique. Une stratégie qui s’inscrit dans l’approche dite « du panneau ou de la pale à la roue », explique Ariane Vuilloud : « produire de l’électricité renouvelable localement et contribuer à la décarbonation du réseau qui lui-même alimente différents usages, notamment la mobilité électrique ». Un modèle pensé pour des territoires encore dépendants à près de 70 % des énergies fossiles pour leur production d’électricité, souvent non interconnectés et fortement tributaires des importations, où, souligne-t-elle, « l’électricité est l’énergie du XXIᵉ siècle, la seule que l’on peut produire localement de façon décarbonée ».
Une vision déjà illustrée par plusieurs projets emblématiques déployés dans les Outre-mer.
Contribuer à la relance de la filière café par l’agrivoltaïsme en Guadeloupe
A la croisée de l’énergie, de l’agriculture et de l’identité locale, TotalEnergies mise en Guadeloupe sur un projet emblématique. Le groupe s’est associé au Café Chaulet, torréfacteur historique implanté depuis le XIXᵉ siècle, pour pérenniser et relancer la filière café grâce à des solutions agrivoltaïques. « Dans un territoire où le foncier est rare et soumis à de fortes contraintes climatiques, l’enjeu est double : maintenir une production agricole de qualité tout en développant une électricité renouvelable locale ». Les panneaux photovoltaïques, installés au-dessus des plantations, apportent l’ombre nécessaire aux caféiers, limitent l’impact des aléas climatiques et permettent, en parallèle, de produire de l’énergie. Un dispositif pensé comme un levier de résilience économique, offrant aux exploitants un complément de revenus, et que la directrice régionale résume ainsi : faire de « la technologie un outil au service de l’agriculture, et non l’inverse ».
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Un parc éolien modernisé à La Réunion
À La Réunion, la prochaine visite d’Ariane Vuilloud s’inscrit dans un territoire déjà bien engagé dans la transition énergétique, porté par une forte mobilisation locale. Elle s’appuie notamment sur un projet phare : la modernisation du parc éolien de La Perrière, à Sainte-Suzanne, inaugurée en juillet 2025. Historiquement pionnier, ce site a fait l’objet d’un vaste programme de renouvellement technologique permettant, avec quatre fois moins d’éoliennes, de multiplier par cinq la production, pour atteindre près de 20 MW de capacité installée. « Le parc combine désormais éolien, photovoltaïque et solutions de stockage par batteries, afin de répondre à l’intermittence des énergies renouvelables et de sécuriser l’approvisionnement électrique ». Un projet emblématique d’un modèle énergétique intégré, « capable de couvrir l’équivalent de la consommation annuelle de 35 000 habitants tout en évitant environ 40 000 tonnes de CO₂ », et que Ariane Vuilloud voit comme une démonstration concrète de ce que peuvent devenir les Outre-mer : « des territoires d’innovation, où la transition se construit à partir des ressources locales. »

Expérimentation solaire marine avec le CNRS, en Polynésie
Dernière étape annoncée en 2026, la Polynésie, avec un projet présenté comme innovant. TotalEnergies collabore depuis 2024 et pour trois ans, avec le CRIOBE et la commune de Tumaraa sur un démonstrateur photovoltaïque flottant en milieu lagonaire de Raiatea, visant à observer l’effet de l’ombrage offert par les panneaux solaires, et son potentiel de préservation du corail, tout en produisant de l’électricité.
Former pour insérer avec la Fondation SMA
Signée en décembre 2025, la convention entre la Fondation du SMA et la Fondation TotalEnergies s’attaque à deux urgences structurelles des territoires ultramarins : l’insertion professionnelle des jeunes et la crise du logement. « Nous soutenons l'initiative portée par la Fondation du SMA visant à permettre à des jeunes ultramarins d’accéder à une qualification et à un emploi durable, tout en répondant à des besoins très concrets des territoires », résume Ariane Vuilloud. Le dispositif a démarré à Mayotte avec 30 jeunes Mahorais âgés de 18 à 30 ans, engagés dans une formation qualifiante aux métiers de la construction et de la rénovation, intégrant notamment la transformation de conteneurs en logements. Une démarche pensée comme un levier d’avenir, appelée à s’étendre dans les prochaines années en Guyane, et en Nouvelle-Calédonie.
Une vision de long terme
Pour Ariane Vuilloud : pas de modèle unique, mais une approche sur mesure, qu’elle décrit comme une « mosaïque de solutions » adaptée à chaque territoire. Son message central est clair : « pour accélérer, il faut d’abord de la visibilité ». Ariane Vuilloud insiste sur la nécessité d’une trajectoire de planification lisible, à travers les Programmations pluriannuelles de l'énergie (PPE) et leurs déclinaisons territoriales, afin de permettre aux acteurs économiques d’investir sur des temps longs, souvent cinq à dix ans, indispensables au développement des projets énergétiques. « Sans cadre stabilisé, il est très difficile de planifier et d’investir durablement », souligne-t-elle.

Elle replace enfin le défi à la bonne échelle, dans de nombreux territoires ultramarins, les émissions de gaz à effet de serre proviennent à 41 % des transports et à 39 % de la production d’énergie, tandis que l’électricité reste encore largement issue des énergies fossiles. D’où la nécessité de maintenir un cap assumé : produire une électricité locale, développer les renouvelables couplées au stockage, et décarboner les mobilités, territoire par territoire, parce qu’en Outre-mer, rappelle-t-elle, « il n’y a pas une transition énergétique, mais des transitions ».
La nouvelle directrice régionale insiste sur l’importance du travail collectif, associant habitants, clients, partenaires, élus et pouvoirs publics. Avant même ses déplacements sur le terrain, elle a engagé depuis Paris une série de rencontres avec les différentes parties prenantes. « J’ai été frappée par l’accueil qui m’a été réservé, très chaleureux », confie-t-elle, mais aussi par la détermination de la communauté ultramarine. « Il y a une volonté forte de faire avancer les choses pour les territoires », observe-t-elle, notamment sur les enjeux de transition énergétique. Une dynamique qu’elle entend désormais prolonger sur le terrain, avec un premier déplacement prévu en mars 2026 en Guadeloupe, avant La Réunion puis la Polynésie.























