Tourisme : En Polynésie, le secteur de la croisière revendique « un modèle mature qui entre dans une nouvelle phase »

Le Star Breeze de la compagnie américaine Windstar, parmi les navires implantés en Polynésie française ©Windstar

Tourisme : En Polynésie, le secteur de la croisière revendique « un modèle mature qui entre dans une nouvelle phase »

Une délégation polynésienne menée par le président du Tahiti Cruise Club, Bud Gilroy, a participé au salon annuel Seatrade Cruise Global, qui s’est déroulé à Miami du 13 au 16 avril. Sur place, « la Polynésie française a confirmé la solidité et l’attractivité de son modèle de croisière, reconnu aujourd’hui comme l’un des plus cohérents et durables du Pacifique, et au-delà ».

La délégation polynésienne, conduite par le Président du Tahiti Cruise Club, Bud Gilroy, réunissait également Tahiti Tourisme, la CCISM, Air Tahiti Nui et Tahiti Nui Travel, avec le soutien du Service du tourisme, au sein du pavillon du Pacifique Sud de la South Pacific Cruise Alliance (SPCA).

La Polynésie française est présente de manière continue sur ce rendez-vous mondial depuis 2009. Et sur ces quinze dernières années, la destination a gagné en croissance : « le nombre d’escales multiplié par trois, tout en conservant un positionnement volontairement axé sur des navires de petite capacité » puisque « plus de 90 % des escales concernent des navires de moins de 500 passagers ».

« Un exemple dans les Outre-mer »

« Un modèle salué par les compagnies, en phase avec les capacités d’accueil et les objectifs des différents archipels » assure le Tahiti Cruise Club dans un communiqué. D’après l’organisme, qui s’appuie sur le dernier baromètre Atout France (2025), qui détaille l’activité passée de l’ensemble des ports de croisière français sur les différents bassins (Méditerranée, Atlantiques, Caraïbes, Indien, Pacifique), la Polynésie française se positionne désormais comme « un exemple dans les Outre-mer ».

« Avec plus de 55% des passagers en transit, 33% des passagers en tête de ligne (seulement devancée par la Martinique), et 72% des escales totales » la Polynésie « apparaît comme un pilier du marché avec un modèle solide et stable ».

Une dynamique qui se poursuivra jusqu’en 2028 puisque les projections pour les deux prochaines années confirment un seuil stabilisé autour de 1 500 escales annuelles. « L’enjeu n’est donc plus la croissance du volume, mais bien l’optimisation des itinéraires, de la répartition des escales et des retombées économiques, au bénéfice du plus grand nombre d’acteurs locaux » estime le Tahiti Cruise Club.

« Ce nouveau cycle de croissance maîtrisée, amorcé depuis deux ans, consolidé pendant encore au moins trois ans, implique une coordination renforcée entre l’ensemble des parties prenantes -pouvoirs publics, institutions, opérateurs maritimes, prestataires d’activités et producteurs locaux- afin de maintenir un haut niveau de qualité opérationnelle et d’accueil sur l’ensemble des îles concernées » explique l’organisme.

De même, la présence accrue de compagnies de luxe et d’expédition « constitue un signal fort ». « L’annonce de l’arrivée de The Ritz-Carlton Yacht Collection à partir de décembre 2026, aux côtés d’acteurs déjà implantés (Silversea, Ponant, Windstar, Hapag-Lloyd, Seabourn, Oceania ou encore Aranui), confirme l’attractivité et le succès de la destination sur ce segment stratégique ». L’ouverture de la ligne Papeete-Sydney intéresse aussi plusieurs compagnies qui souhaitent ainsi élargir leurs marchés de clientèles pour leurs navires opérant en Polynésie, assure encore l’organisme.

Pas d’inquiétude sur les « tensions internationales »

« Nous sommes vraiment à un tournant. L’intérêt constant des compagnies de luxe et d’expédition, qui sont au cœur de notre modèle, et le nombre d’escales que nous avons atteint, nous permettent maintenant de choisir » a abondé Bud Gilroy, président du Tahiti Cruise Club et du conseil d’administration de Tahiti Tourisme. « Nous allons pouvoir sélectionner, organiser, travailler en profondeur avec les compagnies pour optimiser les itinéraires, répartir les escales et les retombées. Celles qui s’engagent, déjà depuis plusieurs années, nous accompagnent déjà dans des projets locaux structurants ».

Quant aux « tensions internationales » actuelles, celles-ci « n’inquiètent pas les armateurs qui ont le sentiment d’avoir déjà dû faire face à des crises similaires, notamment sur la volatilité du prix du fuel, ou les fluctuations commerciales sur les différents marchés » assure-t-on.

En revanche, rappellent les professionnels du secteur, « les choix réglementaires et opérationnels à venir seront déterminants pour préserver la crédibilité acquise ». Le Tahiti Cruise Club cite l’exemple d’autres destinations du Pacifique qui « démontre que des décisions inadaptées peuvent entraîner une perte rapide d’activité ».

Selon le coordinateur du Tahiti Cruise Club, « les décideurs locaux, publics et privés, doivent avoir à l’esprit l’exemple de la Nouvelle-Zélande, qui en 2 ans a perdu 50% d’activités et d’escales, à cause de mauvaises décisions et de changements de réglementations dogmatiques, intempestifs et irréalistes. Il faut demeurer extrêmement cohérents et professionnels. La sanction sinon peut être immédiate ». 

« La croisière est une opportunité colossale pour la Polynésie française. Pour en faire une filière économique forte et durable, il faut aller chercher les décideurs là où ils sont et construire des partenariats », a déclaré Steeve Liu, vice-Président de la CCISM. Pour le Tahiti Cruise Club, la dynamique de la croisière en Polynésie « ouvre des perspectives concrètes pour le développement de partenariats directs entre compagnies et acteurs économiques locaux ».

« La croisière représente un levier majeur de diversification et de création de valeur, à condition de poursuivre une stratégie collective, cohérente et professionnelle », ajoute l’organisme. Enfin, la South Pacific Cruise Alliance (SPCA), qui fédère depuis plus de dix ans les destinations insulaires du Pacifique, notamment au Seatrade, amorce également une nouvelle phase de gouvernance. 

Le Tahiti Cruise Club en a assuré le secrétariat général depuis 2011, au service de la coopération régionale et d’un développement équilibré et durable de la croisière dans le bassin Pacifique. Paul Pio, Directeur du tourisme du Vanuatu, vient d’en être élu le Président. Il sera secondé par la Pacific Tourism Organisation (SPTO), et son directeur général, Chris Cocker.