Solaire flottant en Polynésie : premiers résultats encourageants avant de voir plus grand

Solaire flottant en Polynésie : premiers résultats encourageants avant de voir plus grand

Dans le lagon de Raiatea, une expérimentation inédite veut associer protection de la biodiversité et transition énergétique : des panneaux solaires flottants qui créent un ombrage destiné à limiter le blanchissement des coraux tout en produisant de l’électricité. Conçu par le CNRS avec l’appui de TotalEnergies Polynésie, le démonstrateur, en service depuis six mois face à Tumaraa, doit être inauguré ce vendredi. Les premiers relevés scientifiques sont attendus pour évaluer à la fois l’impact sur les récifs et le potentiel énergétique du dispositif, qui pourrait, à terme, s’étendre à d’autres îles, et sur plusieurs hectares. Explications de notre partenaire Radio 1 Tahiti.

Associer production d’énergie renouvelable et préservation des coraux, par le biais d’une centrale photovoltaïque flottante sur le lagon, c’est le projet innovant porté à Raiatea par le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), avec le soutien financier de TotalEnergies Polynésie. Six mois après sa mise en service au large des côtes de Tumaraa, le démonstrateur va être inauguré ce vendredi, en présence des représentants de l’État et de la commune, et des partenaires techniques et scientifiques, afin de montrer les premiers résultats de cette expérimentation.

À l’origine de ce projet, Serge Planes, directeur de recherche au CNRS, qui cherchait un moyen de protéger les coraux du blanchissement : « Des tests ont montré que la mise sous ombrage protège le corail, notamment lors des périodes de canicule, lorsque l’eau du lagon est très chaude. On a beaucoup moins de blanchissement, pour ne pas dire pas de blanchissement du tout, sur les coraux mis sous ombrage, comme si les UV ou la lumière avaient un deuxième impact sur le système. Du coup, l’idée était de trouver un moyen de faire de l’ombrage au corail, tout en proposant un investissement qui ait une rentabilité économique, pour espérer le faire en quantité significative. »

L’ombrage partiel permet aux coraux de conserver plus longtemps leurs microalgues, indispensables à leur survie et à leur croissance, et ainsi de récupérer plus rapidement après une période de forte chaleur.

Quatre plateformes expérimentales au-dessus des récifs

S’inspirant des centrales solaires flottantes existant en Europe, sur des lacs, Serge Planes a transposé ce dispositif au milieu marin, sous la forme de quatre modules de panneaux photovoltaïques de 80 m2, disposés au-dessus de récifs coralliens émergés à environ 2,50 mètres de profondeur.  Chaque panneau est fixé au fond par un système d’ancrage reliant des attaches élastiques à des ancres écologiques à vis.

Et chacun a des caractéristiques distinctes, afin de mesurer différents paramètres. « Il y en a un qui retient 50 % de la lumière mais avec de l’espace entre les panneaux pour que les UV passent, et puis il y en a d’autres qui ne laissent passer que 30 % de la lumière, ce qui permet de voir à la fois les effets des UV et ceux de la quantité de lumière qu’il faut pour que le corail soit en bonne condition. »

Après six mois d’utilisation, les premiers résultats commencent à être visibles quant à la croissance du corail. « Le corail s’accommode très bien avec moins de lumière. On se rend compte que, quand il y a beaucoup trop de lumière en période la plus chaude de la journée, il est davantage en situation de difficulté physiologique. Avec l’ombrage à 50 %, on ne voit pas vraiment de différence, mais avec celui à 70 %, on a un peu de différence dans la croissance. Il faut qu’on améliore certaines mesures, notamment des mesures de physiologie et de qualité du corail, mais il semblerait qu’il y ait un impact assez limité », détaille Serge Planes, qui va poursuivre l’étude pendant encore un an avant de pouvoir rendre des résultats davantage probants.

Un potentiel à prouver en vue d’un déploiement sur plusieurs hectares

La production estimée du démonstrateur est d’environ 57 MWh par an. L’énergie est distribuée à la commune de Tumaraa, qui la met à disposition de sa cantine scolaire et de sa coopérative de pêcheurs, en alimentant leurs équipements en froid. « Aujourd’hui, on produit très très peu, parce que ce sont de petites plateformes qui visent à démontrer la quantité d’énergie produite par rapport au nombre de panneaux déployés, l’impact sur le corail, la stabilité des plateformes et la qualité de l’infrastructure. Donc l’objectif n’est pas de produire des quantités d’énergie importantes, mais de voir le potentiel de production. »

Et si, à l’issue des deux années d’études, le potentiel du dispositif était avéré, d’autres centrales photovoltaïques flottantes pourraient être installées, à plus grande échelle, sur d’autres îles. « Les discussions sont de voir effectivement avec des producteurs d’énergie s’il y aurait un intérêt, à la fois financier, à la fois biodiversité, de déployer ça à plus grande échelle, donc sous forme d’un ou deux hectares. Ça paraît gros un ou deux hectares, mais bon, un hectare, c’est 100 mètres par 100 mètres, donc à l’échelle d’un lagon, ce n’est pas énorme, mais deux ou trois hectares, ce serait suffisant pour produire de l’énergie pour toute la commune de Tumaraa par exemple. »

Entre innovation et acceptabilité

« Aujourd’hui, la Polynésie française dépend à 70 % des énergies fossiles dans sa production d’électricité, ce qui crée une forte dépendance aux importations. Ce démonstrateur nous permet de tester en condition réelle une nouvelle façon de produire une énergie locale et décarbonée. Nous suivons maintenant avec attention l’évolution du projet pour en établir tout le potentiel », ajoute Cyril Tetuanui, maire de Tumaraa.

Moins gourmandes en foncier terrestre que les infrastructures renouvelables au sol, ces centrales flottantes offrent une alternative adaptée aux contraintes insulaires. Mais reste la question de leur intégration paysagère et sociale sur les emblématiques lagons polynésiens.

Lucie Ceccarelli pour Radio 1 Tahiti