Ce jeudi soir à Tahiti, une Charte des bonnes pratiques de navigation a été signée par plusieurs organismes qui s’engagent à favoriser une cohabitation respectueuse entre navires baleines et autres cétacés dans les eaux polynésiennes. Ce projet, initié par Oceania, invite les signataires à réduire leur vitesse de navigation, limiter les nuisances sonores qui pourraient perturber les cétacés, et enfin, communiquer sur les situations à risque. L’association est pour l’instant soutenue par plusieurs institutions, associations, mais doit encore convaincre dans le privé. Explications de notre partenaire Radio 1 Tahiti.
L’association Oceania a convié, ce jeudi soir à l’hôtel Hilton, plusieurs de ses partenaires à signer une charte des bonnes pratiques de navigation visant à protéger les cétacés. Cette annonce fait suite à une rencontre baptisée « Naviguer ensemble dans le sanctuaire des baleines », qui s’est déroulée le 26 février dernier, où près de 60 participants issus des institutions publiques, du monde maritime, des organisations environnementales et culturelles s’étaient réunis.
L’objectif est d’établir « un cadre concret, applicable et partagé pour réduire l’impact des activités maritimes sur les mammifères marins, tout en garantissant la sécurité et la qualité de la navigation en Polynésie française », écrivait le collectif dans un précédent communiqué. « Cet événement marquera une étape symbolique de ce processus de concertation, porté par une ambition commune : favoriser une cohabitation respectueuse entre les activités humaines en mer et les baleines dans les eaux de Polynésie. »
Une charte en trois points
La charte est organisée en trois parties détaillant les engagements que chaque signataire s’engage à respecter. Le premier volet comprend la maîtrise de la vitesse pour les bateaux aux abords des zones sensibles. Ils s’engagent aussi à utiliser des équipements réduisant les risques de blessures, comme par exemple des protections d’hélices ou d’autres dispositifs afin de limiter l’impact des collisions avec les espèces marines.
La deuxième partie porte sur la préservation du calme dans les eaux polynésiennes : il s’agit là, pour les signataires, de s’engager à nettoyer régulièrement le moteur, la coque et les systèmes de propulsion, par exemple, pour limiter le bruit. De manière générale, adopter des solutions simples, pour réduire les nuisances causées à l’écosystème par les bateaux.
Enfin, la troisième partie regroupe la communication et la coordination : les signataires s’engagent à signaler les situations à risques en utilisant des dispositifs existants, tels que Whale Alert, afin de faciliter la circulation de l’information entre usagers de la mer. Ou encore, sensibiliser et former l’équipage et les passagers à la présence des cétacés, afin de renforcer la capacité de détection à bord.
Programmes anticollisions
Avec plus de 6 000 traversées annuelles, l’axe Tahiti-Moorea constitue une zone de forte fréquentation pour les navires comme pour les cétacés, ce qui rend les risques de collision maritime omniprésents. Pour limiter les accidents, l’association Oceania avait alors présenté, fin février, deux programmes anticollisions.
Des observateurs mammifères marins embarqués sur les navettes inter-îles entre Tahiti et Moorea. Depuis 2018, près de 900 potentielles collisions ont été évitées sur les navires partenaires de l’association. En parallèle, le collectif a mis en place un projet pilote nommé Ocean IA, dédié au développement d’outils d’intelligence artificielle pour détecter des baleines dans les zones où le risque de collision est le plus élevé, afin de « renforcer l’effort des observateurs embarqués », détaillait l’association dans un précédent communiqué.
Vers une charte étendue jusque dans le Pacifique
L’association voit encore plus loin : l’idée est de concevoir une charte « ancrée dans les réalités de la Polynésie française », mais aussi « inspirante à l’échelle du Pacifique », a-t-elle expliqué en précisant que le document reste évolutif et « qu’il y aura des concertations d’ici deux ans » pour voir ce qui doit être amélioré ou rajouté.
L’objectif par la suite, la création d’un comité de gestion élu qui veillera à son évolution. Le collectif souhaite intégrer dans ce comité des institutions, des usagers de la mer, des associations environnementales, des référents culturels et des représentants de la population avec un appel aux volontaires. « Ça doit être représentatif de la Polynésie », assure Oceania.
Qui sont les premiers signataires ?
Les signataires actuels de la charte sont : la Commune de Moorea-Maiao, le Centre de recherches insulaires et observatoire de l’environnement (Criobe) via le Centre de ressources pour les Rahui, Rahui Center, Te Mana O Te Moana, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) du comité français, la Fédération des associations de protection de l’environnement (Fape), la Direction de l’environnement (Diren) représentée par l’AMP Tainui Atea, le Hilton Hotel Tahiti, Reva Atea et le Réseau des Gardiens de l’Océan ainsi que l’Ifrecor Polynésie.
Les représentants des institutions étaient présents mais n’ont pas encore signé la charte, indique l’association qui précise que l’une des prochaines étapes consistera à présenter le document à chaque directeur et ministre afin de recueillir leur signature. Néanmoins, l’initiative bénéficie déjà du soutien de la Diren, de la DPAM et du Cluster maritime de Polynésie française, précise Oceania.
Alexandra Perrini pour Radio 1 Tahiti





















