Le tribunal de commerce de Papeete a prononcé, ce lundi 13 avril, la liquidation de la SNGV 2, qui gérait le ferry rapide Terevau, en exploitation depuis 2012. Ni le plan de continuation ni la proposition de reprise par la société Vaeara’i n’ont présenté les garanties nécessaires à la remise à flots du bateau, déjà à quai depuis plusieurs mois. Ses 35 salariés vont être licenciés pour motif économique et les actifs de la société, dont la navette rapide, vont être vendus au plus offrant. Un sujet de notre partenaire Radio 1 Tahiti.
Le sursis accordé le mois dernier au Terevau n’aura pas suffi à le sauver. Au terme d’une audience à huis clos qui a duré près de trois heures, le tribunal mixte de commerce a finalement prononcé, ce lundi midi, la liquidation judiciaire de la société exploitant le Terevau, mettant un terme aux espoirs de reprise de l’activité du navire. Ce dernier, qui assurait la liaison entre Tahiti et Moorea, était à l’arrêt de façon quasi continue depuis le 21 novembre et en redressement judiciaire depuis le 8 décembre.
Le 9 mars, un plan de continuation déposé par Frédéric Faura, le gérant de la SNGV 2 qui exploitait le navire, ainsi qu’une une proposition de reprise émanant de la société Vaeara’i avaient été examinés par le tribunal de commerce. Celui-ci avait demandé le renvoi de l’affaire à ce jour afin de laisser le temps aux banques d’examiner les demandes d’emprunt des deux parties.
Mais, au terme de ce délai d’un mois, ni la SNGV 2 ni le Vaeara’i n’a pu apporter de garanties suffisantes pour sauver le Terevau, ce qui a conduit le tribunal à en prononcer la liquidation, faute d’alternative selon maître Mourad Mikou, avocat de la société Vaeara’i : « Le tribunal de commerce avait la possibilité d’homologuer un plan de redressement de l’activité qui nécessitait, pour les actionnaires actuels du Terevau, de remettre de l’argent. Mais, à défaut de financement complémentaire, ce plan ne pouvait être homologué. Une deuxième option était de faire droit à un plan de cession proposé par ma cliente. Malheureusement, le tribunal n’a pas pu retenir ce plan de cession qui était conditionné à un accord avec les parties prenantes au dossier. Faute d’accord entre elles, le tribunal n’a pas pu suivre ce plan de cession. »
« Tout le monde est perdant »
Un coup dur pour les exploitants mais surtout pour les 35 salariés du Terevau. « C’est une réalité difficile à accepter : l’aventure Terevau, commencée en 2012, s’arrête ici », écrit ainsi la société d’exploitation sur sa page Facebook. « Au moment de refermer cette page, nos pensées vont d’abord vers celles et ceux qui ont fait vivre le Terevau au quotidien. Derrière ce nom, il y a des visages, des parcours, des histoires. Il y a surtout un engagement sans faille, une solidarité dans les moments les plus incertains, et une fierté partagée d’avoir tenu, ensemble, jusqu’au bout. Rien de tout cela ne disparaît. »
Le gérant Frédéric Faura adresse ainsi « un immense māuruuru » aux « passagers, partenaires, amis », pour « leur soutien, leur patience et leur attachement à cette compagnie qui aura marqué le lien entre Tahiti et Moorea », et bien sûr à l’ensemble des collaborateurs.
Les salariés vont maintenant être convoqués un à un par le liquidateur judiciaire afin de se voir notifier leur licenciement pour motif économique. Les actifs de la société, parmi lesquels le navire, qui avait été lancé en 2012 sur la ligne Tahiti-Moorea, vont quant à eux être vendus au plus offrant.
Tino Fa Shin Chong, capitaine et gérant du Vaeara’i, également actionnaire du Terevau, dont il avait été le premier capitaine, avait lui aussi le visage fermé au sortir de l’audience. Il a déclaré s’être « battu » durant tout le processus judiciaire, qui a duré trop longtemps. « Même nos avocats ont trouvé cette audience un peu longue pour prendre une décision comme ça, à la fin, une décision dure pour les salariés », déclare-t-il. « C’est un choc pour eux quand ils vont apprendre ça. Tout le monde est perdant dans cette histoire. »
Lucie Ceccarelli pour Radio 1 Tahiti
Tahiti-Moorea : désormais 4 navires pour une ligne maritime dynamique Entre trafic domestique et touristique, la ligne maritime entre Tahiti et Moorea est empruntée par plusieurs millions de personnes (2 millions en 2023 selon le Port autonome de Papeete), et plusieurs centaines de milliers de tonnes de fret y transitent chaque année. Une ligne dynamique, en raison notamment de l’attrait à la fois touristique et résidentiel de Moorea, à seulement 30 minutes de Papeete, portée par les armateurs qui assurent sa desserte quotidienne, avec des pics de fréquentation aux heures de pointe mais également lors des longs week-ends. Cette route maritime a naturellement évolué avec la société polynésienne. D’abord assurée en pirogues, souvent à voile, aux temps pré-européens et au début de la colonisation, elle a ensuite été empruntée par des goélettes puis des ferrys, moyennant une traversée d’une heure -parfois plus- pour une distance de 28 km. Au début des années 90, l’armateur Le Prado, qui opère sur cette ligne des ferrys, est bousculé par un nouveau concurrent, Aremiti, qui place sur cette ligne des catamarans plus petits mais plus rapides. Une offre qui séduit les résidents et permet à l’armateur de se développer, de commander des navires plus grands et plus rapides encore, jusqu’à devenir seul armateur sur cette ligne, avec la disparition de l’armateur Le Prado. Alors en situation de monopole pendant plusieurs années, l’Aremiti, qui a diversifié son offre avec un ferry de grande capacité et un catamaran rapide pouvant transporter des véhicules, d’autres armateurs se lance avec plus ou moins de succès dans les années 2000, jusqu’en 2012, avec l’arrivée du Terevau qui, contrairement aux précédentes tentatives, s’ancre plus durablement dans le paysage maritime. À la fin des années 2010, une scission s’opère au sein de la société : Tino Fa Shin Chong, capitaine et parmi les fondateurs de cette aventure maritime, entre en désaccord et quitte l’armateur pour lancer le Vaeara’i, un ferry qui fera aussi la desserte des îles sous-le-vent, tout en gardant ses parts dans le capital du Terevau. De son côté, le groupe familial gérant l’Aremiti entre aussi en scission, là aussi, sur fond de désaccord. Avec l’arrêt du Terevau, la ligne maritime entre Tahiti et Moorea reste assurée par 4 navires : l’Aremiti 5 et 6, le Tauati Ferry et le Vaeara’i. |





















