Polynésie : Classée aux Monuments historiques, « La Saintonge », ancien hôtel de ville de Arue, va pouvoir être restaurée

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Polynésie : Classée aux Monuments historiques, « La Saintonge », ancien hôtel de ville de Arue, va pouvoir être restaurée

Le gouvernement de la Polynésie a acté, mercredi 6 mai, le classement de l’ancien hôtel de ville d’Arue au titre des monuments historiques de la Collectivité. Une étape décisive pour la sauvegarde de cette ancienne demeure coloniale construite en 1892, qui avait un temps été promise à la destruction, avant d’être sauvée après de nouvelles expertises, en 2025. L’heure est maintenant à sa rénovation, un chantier un temps estimé à 150 millions de francs, mais qui pourrait coûter davantage. Explications de notre partenaire Radio 1 Tahiti.

L’arrêté classant la Saintonge comme monument historique, « en vue de sa protection et de sa conservation », a été publié au Journal officiel mercredi 6 mai. Une décision attendue par la commune d’Arue, dont le conseil municipal en avait fait la demande en 2025.

Cette décision de préserver la Saintonge était intervenue après plusieurs années de débat : le bâtiment, qui servait d’hôtel de ville depuis 1979, avait été interdit au public puis vidé de ses services en 2020, promis à la destruction et à une reconstruction en 2022.

Après une mobilisation notamment portée par l’ancien élu d’opposition Léo Marais, la mairie avait reconsidéré ses plans, et trouvé l’appui du Pays et de l’État pour mener de nouvelles expertises, qui avaient conclu à la possibilité de sauver la façade et la structure du bâtiment.  

« Nous avons voulu aussi avoir l’avis de la population, des différents acteurs de la commune d’Arue et nous sommes tombés d’accord pour la préserver, la garder et la restaurer », précise Teura Iriti, maire de la commune. Selon elle, cet arrêté va permettre d’obtenir de l’aide pour ce chantier de restauration, mais il implique aussi que la Saintonge ne pourra plus faire l’objet de réparations sans l’autorisation préalable du gouvernement, au travers de la commission du patrimoine.

Budget à mettre à jour et partenaires à trouver

« Aujourd’hui, il s’agit pour nous de retourner voir l’État et le Pays qui ont dit qu’ils allaient nous accompagner financièrement », indique la première édile. 

« Le gros du travail arrivera et j’espère aussi que ça donnera des formations et du travail à nos jeunes, puisque je pense qu’il y a des ouvriers qualifiés en la matière qui viendront restaurer ce bâtiment », explique encore la maire qui ajoute « qu’une petite formation serait la bienvenue, comme l’avait évoqué notre ancien élu de la commune d’Arue, Léo Marais ». 

A gauche : La Saintonge dans les années 2000. À droite, dans les années 60 ©Tahiti Héritage

Un réaménagement de l’intérieur est toujours prévu par la commune qui souhaite rendre la Saintonge accessible au public. « Les travaux qui vont être faits seront : les façades, la toiture, et sûrement les plafonds. À l’intérieur, on a déjà vu avec les concessionnaires, la façon d’aménager, en respectant bien sûr les structures de l’époque », assure Teura Iriti. 

« Il s’agit pour nous de faire une grande salle d’expositions aussi. On n’a pas encore défini ce qu’on veut mettre à l’intérieur mais ils sont très ouverts à ce niveau-là. La seule chose c’est qu’on respecte l’ossature du bâtiment. » Concernant le budget estimé, « à l’époque, on parlait de 150 millions (1,3 millions d’euros environ, ndlr). Aujourd’hui, il va falloir demander une étude précise pour connaître le montant financier », explique Teura Iriti. 

Construction en 1892

La Saintonge est une ancienne demeure coloniale située à Arue. Construite en 1892 pour Victor Raoulx, notable originaire de l’île d’Oléron installé à Tahiti, la maison est devenue l’un des bâtiments historiques les plus emblématiques de la côte est de l’île, indique la commune sur son site internet.

Victor Raoulx, arrivé à Tahiti en tant que matelot, devient par la suite une figure incontournable de l’administration coloniale française, aux côtés notamment de François Cardella, dont il fut le premier adjoint à la mairie de Papeete. Victor Raoulx fut notamment le premier président de la Chambre de commerce de Polynésie en 1880, mais aussi armateur, négociant, importateur ou encore important producteur de canne, de coprah et de rhum.

Victor Raoulx et sa famille devant la Saintonge ©Ville de Arue

En 1905, près de trois ans après le mariage de sa fille Justine avec Hippolyte Malardé, Victor Raoulx vendra sa propriété à son gendre. « La Saintonge est ensuite achetée par Marie Magdeleine Merle de Brugière de Laveau-Coupet, veuve de Louis Chapee qui réside en Suisse et n’habitera pour ainsi dire jamais le domaine », rappelle le site Tahiti Héritage.

La propriété et sa demeure, baptisée en hommage à l’ancienne province de Saintonge qui englobe les Deux-Sèvres et la Charente-Maritime, a par la suite appartenu à la famille Krainer, consul d’Autriche en Polynésie. En 1978, la commune rachète la propriété pour y installer la mairie. L’année suivante, le président français Valéry Giscard d’Estaing inaugure officiellement les lieux.

Lire aussi : La Saintonge : Histoire d’un bâtiment centenaire devenue la Mairie de Arue

En novembre 2022, le conseil municipal d’Arue avait adopté le principe d’une déconstruction de La Saintonge qu’il avait fallu fermer au public en 2020. L’opposition municipale, autour de Léo Marais, avait protesté, tandis que le 3e adjoint Jacky Bryant, lui, était favorable à la démolition pour rendre le lieu à sa destination première, un marae.

Après une mobilisation citoyenne, une promesse de consultation citoyenne finalement pas menée, et surtout à la lumière de nouvelles expertises menées avec le Pays et l’État, le même conseil municipal avait acté la préservation et de la restauration de la façade et de la structure du bâtiment, et d’un réaménagement de l’intérieur.

Alexandra Perrini pour Radio 1 Tahiti