Nouvelle-Calédonie : Naïma Moutchou appelle les parlementaires à la « responsabilité » sur la réforme constitutionnelle

Nouvelle-Calédonie : Naïma Moutchou appelle les parlementaires à la « responsabilité » sur la réforme constitutionnelle

La ministre des Outre-mer Naïma Moutchou a appelé mardi les parlementaires à la « responsabilité collective » pour débloquer l'avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie, estimant qu'il n'y avait actuellement aucune « alternative » à la réforme constitutionnelle défendue par le gouvernement mais fustigée par toutes les oppositions.

« Ce processus ne pourra aboutir que par une mobilisation conjointe du gouvernement et du Parlement. Après des années d'impasse politique (...) la Nouvelle-Calédonie a besoin d'une stabilité retrouvée », a lancé la ministre lors d'une audition au Sénat.

Le projet de loi constitutionnelle est examiné à partir de mercredi en commission au Sénat. Il doit débloquer le marasme institutionnel qui pèse sur l'archipel depuis plusieurs années. Pour ce faire, il traduit dans la Constitution l'accord de Bougival signé à l'été 2025 entre la plupart des partis locaux, indépendantistes et non indépendantistes, et le gouvernement, complété par un accord Élysée-Oudinot conclu en janvier.

Ces deux accords, qui créent notamment un État calédonien doté d'une nationalité propre, ont été rejetés par les indépendantistes du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), ce qui a conduit de nombreux partis, à Paris, à s'y opposer également et à appeler à la reprise du dialogue.

Les socialistes, dont le soutien est crucial pour envisager l'adoption de cette réforme constitutionnelle, ont affirmé mardi qu'ils ne pourraient pas la soutenir à ce stade, s'inquiétant des « menaces » et « dangers » qu'elle contient et rappelant la nécessité de ramener le FLNKS à la table des négociations.

« Il n'existe aujourd'hui ni alternative ni contre-projet partagés », a rétorqué Naïma Moutchou mardi soir, estimant que les accords des derniers mois constituaient un « compromis équilibré ». Elle a reconnu que le calendrier de cette réforme, qui implique un quatrième report des élections provinciales prévues avant fin juin dans l'archipel - un dossier ultrasensible localement -, était « très imparfait et pour partie très insatisfaisant », mais « il est indispensable ».

« Stopper net le projet de loi constitutionnelle, c'est fermer la porte définitivement » au processus enclenché depuis Bougival, a-t-elle ajouté. « Il faut donner sa chance à ce processus imparfait » car il « a le mérite de donner de la visibilité » aux acteurs locaux, selon elle.

Pour le Parti socialiste, « il convient de programmer les élections provinciales » comme convenu, en juin 2026, avant une reprise des discussions avec les nouveaux représentants calédoniens. « La tenue des élections semble inévitable dans le calendrier actuel. Pour sauver ce qui peut être sauvé de Bougival, il vaut mieux que les représentants soient légitimés par les urnes et reviennent à la table des négociations », a expliqué la sénatrice PS Corinne Narassiguin, qui plaide pour que la réforme constitutionnelle revienne au Parlement « en septembre ou octobre », après une nouvelle séquence de dialogue. 

« Chaque jour, des entreprises ferment, des Calédoniens perdent leur emploi, l’offre de soins se fragilise et nos forces vives quittent le territoire » alerte de son côté la coalition non-indépendantiste Les Loyalistes et Le Rassemblement. « L’abandon de la réforme constitutionnelle conduirait à la tenue des prochaines élections provinciales avec un corps électoral gelé ». 

« Il est de notre devoir d’aller convaincre, un à un, les parlementaires afin qu’ils donnent la possibilité aux Calédoniens de dire s’ils adhèrent ou non au projet d’avenir institutionnel que leurs élus souhaitent leur proposer » ajoute le communiqué. 

Avec AFP