L'ouverture partielle du corps électoral des élections provinciales de Nouvelle-Calédonie, souhaitée par le Premier ministre Sébastien Lecornu malgré l'absence de consensus local sur ce sujet sensible, sera débattue le lundi 18 mai au Sénat, selon l'ordre du jour officialisé lundi à la demande du gouvernement.
Le gouvernement a décidé de s'appuyer sur une proposition de loi organique du sénateur calédonien Les Républicains Georges Naturel pour effectuer dans l'urgence cette réforme à quelques jours des élections provinciales fixées au 28 juin sur l'archipel.
Le Sénat l'examinera le 18 mai dans l'après-midi, avant sa transmission à l'Assemblée nationale, où son sort est incertain. Un vote final est d'ores et déjà prévu au Sénat le 21 mai, après la convocation possible dans l'intervalle d'une commission mixte paritaire (CMP) si les deux chambres du Parlement n'aboutissent pas à un vote à l'identique.
Le gouvernement Lecornu est dans un calendrier ténu, puisque la loi organique doit aussi être validée par le Conseil constitutionnel, et promulguée avant la convocation, le 31 mai, des électeurs pour les provinciales le 28 juin.
Près de deux ans jour pour jour après des émeutes qui ont ravagé la Nouvelle-Calédonie, le débat sur le corps électoral, à l'origine à l'époque de la crise insurrectionnelle, reste encore à trancher. Crucial dans l'archipel où les trois provinces concentrent un grand nombre de compétences, le scrutin provincial repose sur un corps électoral « gelé », réservé aux personnes pouvant justifier de 10 ans de résidence en 1998 ainsi que leurs descendants.
L'hypothèse d'un dégel de ce corps cristallise le conflit entre indépendantistes et non-indépendantistes : les premiers craignent une dilution du vote kanak, les seconds l'exigent au nom du rétablissement de l'égalité devant le suffrage.
Après plusieurs entretiens avec les délégués des formations politiques calédoniennes, le Premier ministre a proposé mercredi soir (heure de Paris) d'intégrer pour les prochaines élections « 10 569 natifs » de Nouvelle-Calédonie -dont 4 145 de statut civil coutumier- qui ne remplissent pas les conditions pour voter, ainsi que les conjoints de Calédoniens, sur les « 37 492 citoyens français exclus de la liste électorale pour le scrutin provincial calédonien ».
Une proposition qui ne convainc pleinement aucun camp localement. « Nous sommes constants sur ce point. Nous sommes favorables à l'ouverture du corps électoral, mais uniquement dans le cadre d'un accord global sur la Nouvelle-Calédonie », a pointé Emmanuel Tjibaou, tandis que le député loyaliste Nicolas Metzdorf a regretté une décision « mi-figue, mi-raisin difficile à avaler pour nos partisans ».
Cette situation fait suite à l'échec au Parlement d'une réforme constitutionnelle rejetée par l'Assemblée nationale début avril, celle-ci devant permettre la mise en œuvre de l'accord de Bougival, qui prévoyait d'ouvrir le corps électoral et de repousser les élections à fin 2026. En cas de rejet de la proposition de loi organique, le scrutin du 28 juin, déjà reporté trois fois, devra se tenir avec le corps électoral existant.
Dans une allocution aux Calédoniens la semaine dernière, Sébastien Lecornu a proposé une série de consultation de projets sur des thèmes précis (nickel, économie, inégalités, santé ou encore éducation), afin notamment de maintenir un dialogue avec les partenaires politiques. La crainte de Paris serait en effet un statu quo jusqu’à la prochaine élection présidentielle.
Avec AFP





















