C’est une affaire hautement sensible qui secoue de nouveau la scène politique fidjienne. L’ancien Premier ministre des Fidji, Voreqe « Frank » Bainimarama, et l’ex-commissaire de police Sitiveni Qiliho ont été inculpés et présentés devant un tribunal à Suva, dans une procédure portant sur des accusations d’« incitation à la mutinerie ». Les deux hommes ont été remis en liberté sous caution, sous conditions strictes, notamment l’interdiction de quitter le pays.
Selon les autorités, les faits reprochés remonteraient à l’année 2023, soit quelques mois après la défaite électorale du parti FijiFirst, qui avait dirigé le pays pendant plus de quinze ans sous l’autorité de Bainimarama. Les procureurs estiment que l’ancien chef du gouvernement et l’ex-patron de la police auraient tenté d’influencer des officiers supérieurs de l’armée fidjienne afin de provoquer une action illégale contre la hiérarchie militaire en place, et plus précisément contre le commandant des forces armées, Ro Jone Kalouniwai.
D’après les éléments présentés dans cette phase initiale de la procédure, Bainimarama aurait notamment échangé des messages avec un haut gradé de l’armée, dans lesquels il l’aurait encouragé à prendre le contrôle de l’institution militaire ou à contester l’autorité du commandement. Les deux hommes sont également soupçonnés d’avoir rencontré des responsables militaires lors d’échanges privés, dont une réunion et une soirée traditionnelle autour du « grog », boisson locale très répandue dans la vie sociale fidjienne.
Dans un pays où l’armée a longtemps été un acteur central de la politique, ces accusations sont particulièrement lourdes. Les Fidji ont connu plusieurs coups d’État au cours des dernières décennies, et Bainimarama lui-même est arrivé au pouvoir après un putsch en 2006. Il s’était ensuite imposé comme l’homme fort du pays, dirigeant pendant seize ans, jusqu’à sa défaite lors des élections de 2022. Depuis, la transition politique reste délicate, et l’ancien régime demeure un sujet de tensions, notamment dans les rapports entre institutions, forces de sécurité et pouvoir civil.
Après leur arrestation, Bainimarama et Qiliho ont passé une nuit en détention avant d’être présentés devant la Cour des magistrats de Suva. Le tribunal a accepté leur remise en liberté sous caution, mais avec un encadrement strict. L’affaire a été renvoyée au 5 mars, afin de permettre à l’accusation de communiquer l’ensemble des pièces et de poursuivre l’instruction.
Cette nouvelle procédure s’inscrit dans une période où plusieurs figures de l’ancien pouvoir font face à des difficultés judiciaires, alors que le pays cherche à tourner la page d’une ère politique marquée par une forte concentration du pouvoir. Au-delà des individus concernés, cette affaire touche à un enjeu central pour l’avenir des Fidji : la capacité du pays à consolider une stabilité démocratique durable, dans un contexte où l’histoire récente reste profondément marquée par l’influence de l’armée.























