La série relative aux personnalités emblématiques qui ont marqué l’histoire ultramarine continue sur Outremers 360. En cette Journée internationale des droits des femmes, nous nous penchons sur l’itinéraire de Zéna M’déré, leader du mouvement des « chatouilleuses » partisan d’une Mayotte française et féministe de la première heure dans l’archipel.
Le 22 octobre 2019, le président Emmanuel Macron commémorait le 20e anniversaire du décès de Zéna M’déré à Pamandzi, dans le sud de l’île de Petite-Terre à Mayotte, dont cette figure historique du département était originaire. Cette année-là marquait une série d’hommage au mouvement dit des « chatouilleuses », qui avaient réclamé dans les années soixante et soixante-dix le maintien de Mayotte au sein de la République française, refusant d’être rattachées aux Comores qui allaient devenir indépendantes.
Cheffe de file des « chatouilleuses »
Née d’une mère mahoraise et d’un père malgache (entre 1917 et 1922 selon les sources), morte le 27 octobre 1999, Zéna M’déré s’imposa comme la cheffe de file des « chatouilleuses ». Après avoir grandi à Mayotte, elle enseigna durant quelques années à Madagascar. En 1966, lorsque le président du Conseil général comorien, Ahmed Abdallah, décida de transférer la capitale de l’archipel des Comores de Dzaoudzi (Mayotte) vers Moroni (Grande Comores), cette décision provoqua une rupture politique entre Mayotte et les autres îles du grand archipel. Face à cette situation, Zéna M’déré s’engagea fermement pour que Mayotte demeure rattachée à la France.
Le mode opératoire des « chatouilleuses » était le suivant : des groupes de femmes menaient des actions de type « commando » afin de perturber les autorités comoriennes. Les militantes mahoraises encerclaient les responsables politiques venus de Moroni et les chatouillaient jusqu’à ce qu’ils prennent la fuite ou finissent par céder à leurs revendications sur certains sujets (accès aux services publics, santé, éducation, etc.). Cette méthode singulière constituait une forme de contestation visant à remettre en cause la légitimité des représentants comoriens.
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Zéna M’déré a également été une pionnière sur le plan du féminisme. Son mouvement a représenté une affirmation collective du droit des femmes à prendre part à la vie publique. Dans une société mahoraise où les hommes dominaient la sphère publique, leur engagement a constitué une étape importante dans l’histoire de la participation politique féminine à Mayotte. Zéna M’déré défendait l’accès des femmes aux fonctions électives, anticipant ainsi les futures avancées du droit français en matière de parité.
« Ici les femmes ont toujours su se débrouiller seules »
Lors d’une interview recueillie en 1991, elle déclarait : « Nous vivions comme des animaux sauvages, sans médecins ni médicaments, mais ici les femmes ont toujours su se débrouiller seules. Maintenant leur vie est meilleure, elles travaillent jusque dans les bureaux au même titre que les hommes. Les femmes sont encore plus ambitieuses, avides d’indépendance. Par exemple elles voyagent beaucoup, faisant du commerce. » Aujourd’hui encore, Zéna M’déré demeure un symbole pour de nombreuses femmes et jeunes filles de Mayotte.
Au milieu des années soixante, le mouvement des « chatouilleuses » a conduit à la création d’un parti politique demandant le maintien de Mayotte dans la République française : le Mouvement Populaire Mahorais (MPM), dont Zéna M’déré devint l’une des figures majeures. Ce parti remporta localement le référendum de 1974 sur l’indépendance des Comores (le gouvernement français décidant de prendre en compte les résultats île par île) et celui de 1976, organisé unilatéralement par Paris, confirmant la volonté de Mayotte de rester dans le giron de la France. Les autres îles des Comores proclamèrent quant à elles leur indépendance le 6 juillet 1975.
PM
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