Président des CESER de France, du CESER de La Réunion et Vice-président de la CPME nationale – Outre-mer, Dominique Vienne livre, en ce début d’année, une tribune appelant à « réconcilier l’action publique avec le réel », à « relier chaque décision à ses effets économiques », à « faire tenir les territoires par leurs propres forces » et à « « entrer dans l’année avec une responsabilité claire » pour les Outre-mer.
Ces dernières années, dans les Outre-mer, les tensions autour du pouvoir d’achat, de l’emploi et des services publics rappellent une réalité connue de tous : lorsque les décisions publiques ne rencontrent pas le réel, la défiance s’installe.
Cette défiance n’est ni idéologique ni abstraite. Elle est profondément économique et territoriale.
Elle apparaît lorsque l’argent public arrive sur un territoire… mais n’y circule pas suffisamment.
Lorsqu’il ne se transforme ni en emplois durables, ni en entreprises consolidées, ni en services publics plus efficaces pour la population.
C’est cette réalité, vécue au quotidien par de nombreux ultramarins, qui éclaire aussi mon propre parcours.
Un parcours qui éclaire cette réalité
Je parle ici en tant qu’Ultramarin. J’ai vécu une partie de ma vie dans l’Hexagone, parce que certains parcours d’études et d’accès à l’emploi n’étaient pas accessibles sur mon territoire d’origine.
J’ai appris ce que signifient l’éloignement, les trajectoires plus longues, les exigences accrues pour accéder aux mêmes opportunités. J’ai travaillé pour progresser, parfois douté, souvent appris.
Ce parcours m’a appris une chose essentielle : un territoire tient lorsque la valeur qu’il produit reste, circule et bénéficie d’abord à celles et ceux qui y vivent.
C’est cette conviction qui guide mon engagement.
Réconcilier l’action publique avec le réel : partir de l’économie vécue
Si la défiance s’installe, ce n’est pas par rejet de l’action publique.
C’est parce que le réel économique des territoires est trop souvent mal pris en compte.
Dans les Outre-mer, le problème n’est pas uniquement l’absence d’argent public. Le problème est son impact réel sur le territoire.
Trop souvent :
- la commande publique échappe aux entreprises locales,
- la valeur créée repart hors du territoire,
- l’emploi local ne se structure pas durablement,
- la trésorerie des entreprises reste fragile.
Réconcilier l’action publique avec le réel, c’est donc commencer par regarder ce que produisent concrètement les décisions :
- combien d’emplois locaux sont créés,
- combien d’entreprises sont consolidées,
- combien d’euros restent effectivement dans l’économie du territoire.
Mais regarder le réel impose ensuite d’en tirer les conséquences.
Responsabiliser : relier chaque décision à ses effets économiques
Dès lors que l’on accepte de regarder les effets concrets, une question s’impose : que fait-on de ce que l’on observe ?
Responsabiliser l’action publique, ce n’est pas multiplier les annonces.
C’est assumer une logique simple :
toute décision doit pouvoir être reliée à ses effets économiques et sociaux sur le territoire.
Cela suppose de mesurer :
- si les décisions publiques produisent des effets mesurables sur l’activité économique, l’emploi et la stabilité des entreprises,
- si ces effets sont suivis dans le temps et corrigés lorsque le réel le commande.
Sans évaluation, il n’y a pas de responsabilité. Sans responsabilité, les mêmes erreurs se répètent.
L’évaluation n’est pas un jugement. C’est un outil de pilotage territorial, indispensable pour corriger ce qui ne fonctionne pas. Et ce pilotage conditionne directement la capacité des territoires à tenir dans la durée.
Résilience : faire tenir les territoires par leurs propres forces
Dans les Outre-mer, la résilience n’est pas un concept à la mode. C’est la capacité d’un territoire à ne pas s’effondrer au premier choc économique, social ou climatique.
Or cette capacité repose sur un facteur central : la solidité du tissu économique local.
Un territoire est résilient lorsque :
- son économie locale tient dans la durée,
- l’emploi résiste aux chocs,
- le territoire conserve une capacité d’action et de cohésion.
C’est pourquoi l’ancrage territorial de l’action publique, de l’achat public et de la consommation locale n’est ni un repli ni un slogan. C’est une condition de stabilité sociale et de cohésion.
Mais cette réalité locale ne peut être dissociée d’une vision nationale.
La France Océanique : une réalité économique avant d’être un concept
C’est à partir de cette réalité territoriale que la France doit regarder ses Outre-mer.
Les Outre-mer ne sont pas des périphéries assistées. Ils sont des territoires économiques stratégiques, présents sur tous les océans, au cœur des échanges maritimes, énergétiques et commerciaux.
La France Océanique commence là : dans la capacité à faire de ses territoires ultramarins des espaces de création de valeur, d’emploi et de stabilité.
Cette ambition ne tiendra que si :
- l’économie ultramarine est renforcée,
- la valeur produite localement bénéficie d’abord aux territoires,
- les entreprises ultramarines sont considérées comme des acteurs à part entière du projet national.
La France Océanique n’est pas une abstraction. C’est une France qui accepte de construire sa puissance à partir de ses territoires, et non malgré eux.
Entrer dans l’année avec une responsabilité claire
Tout se tient.
Lorsque l’action publique fait réellement circuler la valeur sur les territoires, l’emploi se renforce, les entreprises tiennent, la cohésion sociale se consolide.
Réconcilier le réel et la décision publique.
Responsabiliser les choix et leurs effets.
Renforcer la résilience par l’économie locale.
Ce ne sont pas des promesses.
Ce sont des leviers concrets pour que chaque euro investi dans les Outre-mer profite effectivement aux territoires et à leurs habitants.
C’est ainsi que je souhaite entrer dans l’année qui s’ouvre : avec lucidité, avec humilité, et avec la volonté de tenir ma part, au service d’un cap clair et assumé pour les Outre-mer.
Dominique Vienne
Ultramarin, entrepreneur
Président du CESER de La Réunion et des CESER de France
Vice-président de la CPME nationale – Outre-mer























