Miss France : « Je n’ai jamais été aussi fière de mes origines polynésiennes » déclare Hinaupoko Devèze

©Radio 1 Tahiti

Miss France : « Je n’ai jamais été aussi fière de mes origines polynésiennes » déclare Hinaupoko Devèze

À peine remise de son arrivée triomphale à Tahiti-Faa’a, Hinaupoko Devèze s’est confiée, au micro de nos partenaires de Radio 1 et Tiare FM, sur ce « retour aux sources », et de l’importance du soutien « bienveillant » des Polynésiens. La Miss Tahiti devenue Miss France parle aussi de sa nouvelle vie à Paris qui la fait « grandir très vite ». Et de ses nouvelles rencontres, « enrichissantes », intimidantes, quand il s’agit d’artistes qu’elle affectionne, comme Jonathan Cohen, et pour certaines prometteuses pour son avenir. Elle évoque surtout son rapport avec ses « grandes sœurs » qui ne manquent pas de conseil, de la santé mentale, cause qu’elle veut défendre au-delà des discours de scène… 

Radio 1 et Tiare FM : On t’a vu ravie et émue d’arriver à Tahiti-Faa’a avec ce très bel accueil dimanche soir. Est-ce que pour toi, après quasiment deux mois à Paris à enchaîner les plateaux et les shootings, le retour en Polynésie, c’est aussi un retour à la réalité ?

Hinaupoko Devèze : Je le vois comme un retour aux sources, dans le sens où le rythme parisien n’a absolument rien à voir avec celui de la Polynésie française. Ici, on est très tranquille, très cool, et quand je suis retrouvé à Paris, il y a eu tout de suite ce rythme qui est conséquent… Et puis la température, la météo, il y a tout qui change… Donc, c’est vrai que là, ça fait vraiment du bien d’être rentrée et de ressentir tous ces sourires, et puis même de voir la fierté. Pour la première fois, je la ressens et je le vois, la fierté autour de moi.

Avant ça, je suppose que tu as eu beaucoup des petits mots, des contacts, il y a tous tes proches, et puis tous tes soutiens. Tu dois crouler sous les messages, tu as le temps de répondre à certains ?

Je n’ai pas trop le temps de répondre et je m’excuse d’avance pour toutes les personnes qui ont pu m’envoyer un petit mot. J’ai pu remercier globalement dans mes stories pour ces messages d’amour, mais c’est vrai que c’est compliqué de répondre à chacun, parce que je suis quelqu’un qui est surtout dans le vrai, et je ne veux pas juste répondre à une petite réponse comme ça pour me débarrasser de la personne… J’ai envie de remercier, de parler avec la personne, et c’est très compliqué quand vous recevez plus de 100 000 messages, surtout que je suis passée de quelques milliers à 500 000 abonnés d’un coup, donc en termes de gestion de messages, ça a été très compliqué.

J’ai aussi une grande famille, donc je n’ai même pas pu répondre à tout le monde de ce côté-là. Alors tout simplement j’essaye de les remercier au travers de mes interviews, de mes prises de parole. Et de rappeler qu’aujourd’hui, si je suis ici, c’est grâce à toutes les personnes qui ont cru en moi, qui m’ont soutenue, et que pour moi, c’est surtout une victoire collective avant qu’elle soit individuelle.

On voit dans les commentaires toute cette fierté, ces remerciements de représenter la Polynésie, ces félicitations… Mais il y a aussi des inquiétudes de temps en temps, des gens qui se disent : « elle est sur tous les plateaux, devant tous les objectifs, ça doit être dur pour elle ». Quand on t’entend pourtant, ça n’a pas l’air de se passer si mal…

Finalement, ça ne se passe pas si mal, dans le sens où tout est une question d’état d’esprit. J’essaie de voir les choses positivement. Alors c’est vrai qu’en une journée, vous faites ce que vous organisez normalement sur 4-5 jours, voire même limite une semaine. C’est pour ça qu’on dit que ça dure un an, et en une année, on prend un gros coup de maturité, pour une jeune femme surtout. Mais ça fait partie justement du rôle, et ça me touche énormément que justement les Polynésiens soient aussi bienveillants, et même en dehors des Polynésiens. En France, je reçois aussi des messages en disant « repose-toi, essaye de prendre du temps aussi pour toi ». Alors j’essaie de le faire bien évidemment, j’ai le droit aussi à des jours de repos. Mais ça m’aide beaucoup qu’il y ait cette bienveillance autour de moi.

Ce que tu disais aussi, c’est que tu n’es pas tout seul dans le grand « cirque » médiatique. Tu es entourée à la fois au sein du comité, puis aussi par des femmes qui sont passées par là avant toi, c’est ça ?

Oui j’ai des grandes sœurs ! Alors évidemment, je suis bien encadrée par la société Miss France, une petite équipe où chacun a son rôle, et chacun me guide justement en fonction de ce que je vais faire. Avec toujours cet état d’esprit positif : « allez, aujourd’hui on va faire une séance de dédicaces, demain on va faire ça, là on va faire ci ». Donc avec toujours de la positivité. Et aussi, j’ai mes grandes sœurs miss. J’ai ma marraine aussi, Camille Cerf, qui justement veille sur moi tout au long de mon parcours Miss France.

Si j’ai besoin justement de me confier à quelqu’un, de parler de mes inquiétudes, d’être rassurée sur plusieurs points, elle est là. Elles sont présentes aussi. Chacune m’envoie un message pour prendre un peu des nouvelles. Donc il y a vraiment ce côté cohésion, solidarité entre nous. Et beaucoup d’amour. Vraiment, dès que j’ai été élue, elles m’ont directement mis en confiance. Elles ont directement montré qu’elles seraient présentes pour moi. Et je le vois justement, je le constate là. Un mois et demi de titre Miss France.

Alors ce qu’on voit nous de l’extérieur, ce sont les interviews en plateau, les shootings pour faire des unes de magazines, des choses comme ça. Mais le fait est qu’il y a beaucoup de rencontres, de déplacement. C’est d’ailleurs plutôt pour ça que tu te lançais dans l’aventure Miss France. Ça t’a déjà apporté au niveau personnel, ce titre ?

Oui, déjà, énormément. Déjà par l’expérience médiatique. Vous savez, pouvoir prendre la parole, enchaîner les médias, ce n’est pas quelque chose d’évident. Donc en termes d’éloquence aussi, ça vous apprend. Ça vous apprend aussi à comprendre comment ça se passe. Il y a aussi justement l’expérience humaine qui est ce pourquoi j’ai choisi de me lancer dans cette aventure, aller à la rencontre des gens, que ce soit dans les séances de dédicaces, remercier le public, remercier les personnes qui ont fait que je suis aujourd’hui titrée Miss France. Et aussi toutes les personnalités publiques que je peux rencontrer sur les plateaux, avec qui j’échange sur les parcours. D’autres personnes aussi en dehors des personnalités publiques qui vont justement me donner un petit conseil sur quelque chose qui m’intéresse ou quoi. Toute expérience est bonne à prendre et tout témoignage est enrichissant. Donc en vrai, ça vous fait grandir vraiment très vite.

Les personnalités publiques en question, ils te posent des questions sur la Polynésie ? Tu leur vends la destination ? 

Je ne sais pas si je dirais que je la vends. Je parle tout simplement de ma fierté d’appartenir à une aussi belle culture. Alors lorsqu’on parle justement de la Polynésie, c’est que le cœur qui parle. Je ne peux pas décrire l’état d’esprit dans lequel je suis. Tout simplement, c’est naturel de parler de ma culture, parce que j’ai choisi justement de représenter ma région au travers de ce titre. Donc bien sûr que j’ai une grande fierté d’appartenir à un aussi beau peuple qui est aussi riche en humanité, en hospitalité. Je n’ai jamais été aussi fière de mes origines polynésiennes et de la faire connaître au-delà des frontières. Alors les gens connaissent surtout les décors de cartes postales. Moi, j’essaie de leur montrer qu’il y a bien autre chose au-delà de tout ça. Il y a une culture qui est très ancienne qu’on cherche à préserver. Écoutez, ça plait aux gens et les gens justement ont des étoiles dans les yeux. Donc c’est tant mieux.

Toutes ces rencontres, est-ce que tu te dis que c’est dans le cadre de ton rôle de Miss, qui s’arrêtera forcément un jour, ou est-ce que tu le vois comme un réseau, qui va rester et qui va te servir pour plus tard ? 

Évidemment, être Miss France ça vous ouvre énormément de portes, que ce soit en opportunités, si vous avez justement bien matché avec, je ne sais pas, une autre personnalité qui a vu en vous un potentiel. Parce qu’aujourd’hui, si je suis ici, c’est parce qu’énormément de personnes m’ont soutenue, parce qu’elles voyaient un potentiel chez moi, et je me suis lancée dans l’aventure. Ça n’a pas été un rêve de petite fille, mais ça m’a menée ici. 

Et je pense que par la suite, toutes les personnes que je rencontre, que ce soit les chanteurs, les acteurs, les comédiens, ou bien au-delà, des personnalités aussi publiques, comme des politiciens d’autres, chacun partage un peu son parcours, vous donne un conseil sur eux, ce qu’ils ont pu vivre, et sur ce qu’ils voient en vous. Et c’est très enrichissant. Et puis, par derrière, ça peut justement m’ouvrir d’autres portes. Alors, à voir vers où je vais m’orienter par la suite. Mais ça le destin le dira.

Parmi tous les acteurs, enfin les artistes que tu as rencontrés, est-ce qu’il y en a un, une rencontre que tu attendais particulièrement, ou alors qui t’a étonnée ?

Je dirais Jonathan Cohen, et c’est un pur hasard. On m’avait demandé de citer cinq célébrités que j’aimerais avoir à ma table et j’avais parlé de lui. Et le soir même, je me suis retrouvée sur le plateau de Quotidien, et je vois Jonathan. Donc, j’étais là comme une petite fille, je venais tout juste d’être élue. Donc, je ne me rendais pas compte, déjà, du fait qu’il me connaisse. J’ai été étonnée, je sortais tout juste de l’anonymat. Donc, il y a déjà ce rôle qu’on a du mal à prendre en compte. Et puis, le fait de voir une personne qu’on a toujours vu à la télé, que vous avez toujours admirée, c’est impressionnant.

La cause que tu as choisi de défendre, c’est la santé mentale. Je crois que tu as déjà été, directement après l’élection, même voire pendant la soirée d’élection, interpellé par des professionnels de la santé mentale en métropole, qui disait soit notre marraine, viens nous voir à Marseille ou ailleurs… Et ici en Polynésie, comment tu veux défendre cette cause ? 

Oui, parce que ça part d’ici. J’en ai parlé d’abord au travers de mon titre de Miss Tahiti. Lorsque je me suis lancée dans l’élection, je ne voulais pas juste avoir une couronne, avoir une écharpe. Je voulais justement défendre quelque chose, pouvoir apporter ma pierre à l’édifice. La cause que j’ai décidé de défendre, tout simplement, c’était la santé mentale parce que c’est un sujet que je trouvais tabou et que j’ai vécu, et que beaucoup de personnes dans mon entourage ou que je connais ont vécu aussi. Tout simplement, je me suis dit, personne n’en a parlé. Moi, c’est quelque chose dont j’ai envie de parler et je me suis livrée sur mon expérience.

Après, j’ai continué à la défendre à Miss France, mais elle part d’abord de Tahiti. Du coup, j’ai déjà pu collaborer avec l’association Rima Here, qui, eux, sont plus spécifiquement axés sur les maladies mentales, et je vais retourner les voir. J’ai pu mener aussi d’autres actions, aller à la rencontre de personnes souffrant d’Alzheimer, de professionnels, dans des évènements en rapport avec ce sujet, pour pouvoir avoir les outils nécessaires pour continuer à la défendre en France.

Je crois que tu as un programme chargé dans les prochains mois en métropole, mais qu’on te reverra lors de la prochaine élections Miss Tahiti en juin ou juillet. Une question que les Marquisiens se posent, c’est est-ce qu’à ce moment-là, tu pourras repasser les voir ?

Honnêtement, j’espère. C’est juste que c’est un petit peu court cette fois ci et qu’après, on enchaîne. Mais j’espère vraiment pouvoir rentrer au Henua Enana, et je vais tous les serrer dans mes bras et les remercier de m’avoir transmis leurs Pāìoìo pour m’amener jusqu’ici.

Propos recueillis par Charlie René pour Radio 1 Tahiti et Tiare FM