Logement en Outre-mer : l’Union sociale pour l’habitat et la FRBTP Guyane inquiets de la baisse de la Ligne budgétaire unique (LBU)

©SODIM Guyane (illustration)

Logement en Outre-mer : l’Union sociale pour l’habitat et la FRBTP Guyane inquiets de la baisse de la Ligne budgétaire unique (LBU)

Après le président du Département de La Réunion, la baisse de la LBU dédiée au logement en Outre-mer continue d’inquiéter les professionnels du secteur. Dans un communiqué, l’Union sociale pour l’habitat (USH) alerte sur les conséquences de la diminution des enveloppes et appelle à « une réévaluation urgente des crédits de la LBU afin de garantir la continuité des politiques publiques et de répondre aux besoins des populations ultramarines ».

Les montants envisagés pour 2026 -127 millions d’euros dont 15 millions en Guadeloupe, 15 millions en Martinique, 24 millions en Guyane, 46 millions à Mayotte et 27 millions à La Réunion-, « traduisent un recul significatif des moyens consacrés au logement social dans des territoires où les besoins demeurent particulièrement élevés » dénonce l’USH dans un communiqué. 

En 2025 en Guyane, la LBU logement était de 63 millions d’euros. À La Réunion, elle s’élevait à 80 millions d’euros, déjà en baisse de 4 millions par rapport à 2024. « Avec près de 104 000 demandes de logements sociaux recensées en 2025 et 64 % de la population éligible, les Outre-mer font face à une forte tension dans l’accès au logement social. La réduction des crédits de la LBU sans étude d’impact préalable est en décalage avec la réalité des besoins » poursuit l’opérateur.

« Cette baisse, qui intervient dans un contexte déjà marqué par une diminution des autorisations d’engagement (-20% sur les deux dernières lois de finances), entraînera l’abandon ou le report de nombreuses opérations, tant en construction qu’en réhabilitation, y compris pour des projets prêts à être engagés, contribuant à l’allongement des délais d’attente pour les ménages et l’aggravation du mal-logement » prévient encore l’USH.

« La LBU constitue un levier central du financement du logement social en Outre-mer », rappelle encore l’USH. « En couvrant en moyenne 20 % du coût des opérations, elle permet de soutenir l’investissement local. Sa diminution risque d’entraîner un ralentissement de l’activité dans l’ensemble de la filière du BTP, de l’artisanat et de l’emploi local ».

« Dans des territoires où le logement social est un pilier de la cohésion sociale et du développement économique, cette baisse des crédits fait peser un poids supplémentaire sur l’activité des organismes Hlm, alors que de nombreux freins spécifiques à ces territoires affectent déjà lourdement le secteur » ajoute l’organisme.

« Le logement ne peut pas être la variable d’ajustement : il est au cœur de la cohésion sociale, dans les Outre-mer comme partout ailleurs » a souligné la présidente de l’USH Emmanuelle Cosse, estimant que cette baisse de la LBU « pourrait bloquer des projets sur le point d’être lancés » et « constitue une décision incompréhensible alors même que le Gouvernement annonce un plan de relance du logement ».

« Nous appelons à une réévaluation urgente des crédits de la LBU afin de garantir la continuité des politiques publiques et de répondre aux besoins des populations ultramarines », a-t-elle également déclaré.

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En Guyane, l'ARMOS, la FRBTP, le MEDEF et l'Ordre des architectes ont aussi tiré la sonnette d’alarme. « Cette baisse aura des conséquences dramatiques pour le logement social, alors que les besoins sont estimés à 45 000 logements sur les dix prochaines années ». Les quatre organisations estiment cette baisse « brutale » à plus de 60% pour le département.

« Cette division par près de 3 des crédits marque une rupture inédite dans le financement du logement social en Guyane, en totale contradiction avec les besoins du territoire et les dynamiques engagées ces dernières années » dénoncent encore l'ARMOS, la FRBTP, le MEDEF et l'Ordre des architectes dans leur communiqué commun.

En Guyane, 80% de la population est éligible au logement très social, tandis que plus de 40% de la population réside dans un logement informel. « Avec plus de 17 000 demandeurs de logements sociaux recensés au 31 mars 2026, la Guyane fait face à une tension extrême, aggravée par l’absence d’alternative dans le parc privé ».

La baisse de la LBU entraînera, selon les quatre organismes, un gel massif des opérations de construction et de réhabilitation ; un ralentissement des aménagements en secteur OIN, préalables à toutes constructions de logement ou d’équipements publics, faute de capacité à engager de nouveaux projets et à maintenir la programmation en cours ; une aggravation de la crise du mal-logement et des tensions sociales ; et un allongement des délais d’attribution pour les ménages.

« Moins de LBU, se sont : des marchés annulés ou reportés ; des entreprises fragilisées avec un niveau de défaillance record année après année ; des emplois menacés ; et une perte de dynamisme pour l’ensemble du secteur » préviennent encore les quatre organismes, qui soulignent aussi les conséquences sur le rattrapage du « retard structurel » de la Guyane. « Une telle rupture de la dynamique de production est inacceptable au moment même où les efforts devraient être renforcés ».

Ils appellent à « aligner le niveau des crédits de la LBU aux besoins réels du territoire et aux projets prêts à être engagés ; renoncer à une baisse incompatible avec les enjeux sociaux et économiques ; et à garantir une visibilité pluriannuelle minimale afin de sécuriser les investissements ».

« Le logement social ne peut être considéré comme une simple variable d’ajustement budgétaire : il constitue un pilier essentiel du développement de la Guyane. Le fragiliser revient à compromettre durablement l’avenir du territoire » ont-ils conclu.