Le Sénat soutient la relance décriée de la recherche d'hydrocarbures en Outre-mer

Le Sénat soutient la relance décriée de la recherche d'hydrocarbures en Outre-mer

Des désaccords ministériels, une revendication venue de Guyane et de vives oppositions des ONG : très débattue, une proposition de loi pour relancer les projets d'énergies fossiles en Outre-mer a été largement soutenue jeudi au Sénat, malgré l'opposition du gouvernement.

Défendu par le sénateur guyanais Georges Patient, ce texte a été approuvé par 227 voix contre 105 à la chambre haute, non sans susciter des discussions animées entre défenseurs de l'environnement et partisans du développement économique local.

Le texte vise « à lever, dans les territoires d'outre-mer, l'interdiction de recherche, d'exploration et d'exploitation des hydrocarbures ». Il prévoit ainsi de revenir sur certaines dispositions de la loi Hulot de 2017, qui interdit toute prospection d'hydrocarbures sur le territoire français, sur terre comme en mer.

La proposition de loi, cosignée des élus macronistes et ultramarins et votée par la droite et les centristes, met en lumière un contraste particulièrement marqué en Guyane, où les habitants assistent, médusés, au boom pétrolier des pays voisins - Brésil, Suriname, Guyana - au risque d'attiser un sentiment d'injustice.

« Vue des Outre-mer, l'écologie est vécue comme une nouvelle forme de colonialisme. La loi Hulot en est l'incarnation, elle condamne à la stagnation des territoires français riches de leurs ressources, alors même que leurs voisins les exploitent et s'enrichissent », a plaidé l'auteur du texte, Georges Patient.

« Ce vote favorable à une proposition de loi anachronique et dangereuse, est un non-sens », a réagi Lorelei Limousin, chargée de campagne climat chez Greenpeace France. « Les populations de ces territoires méritent bien mieux que de fausses promesses fondées sur un mirage extractiviste néocolonial », a pour sa part affirmé Juliette Renaud, coordinatrice des Amis de la Terre France.

Les associations environnementales, vent debout, clament notamment que la présence d'hydrocarbures en Guyane est plus qu'incertaine. « Il n'y a pas d'hydrocarbures en Guyane : on en a trouvé à l'ouest du Suriname, mais le bassin ne se prolonge pas à l'est ni en Guyane », avait notamment déclaré, sous serment, le patron de TotalEnergies lors d'une audition au Sénat en 2024.

Un permis d'exploration de l'entreprise française au large de la Guyane avait en effet expiré le 1er juin 2019 sans résultat probant.

« Drill, baby, drill »

Ces arguments ont été repris dans l'hémicycle par la gauche et par Roland Lescure, ministre de l'Économie qui défendait la position du gouvernement. « C'est un « drill, baby, drill » à la française », a dénoncé l'écologiste Yannick Jadot, reprenant la formule choc de Donald Trump, qui appelait à « forer à tout-va » durant sa campagne présidentielle.

« On ne construit pas un modèle social solide sur un puits de pétrole incertain », a appuyé Roland Lescure, affirmant que l'application de ce texte viendrait « affaiblir la crédibilité » de la France dans ses engagements environnementaux. Cette position très nette dans l'hémicycle cache un certain inconfort du gouvernement sur la question. Il n'a en effet tranché sa décision que mercredi, à la veille de l'examen...

Car cette loi fait débat dans ses rangs, où la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou y était favorable, au contraire de celle de la Transition écologique Monique Barbut. C'est cette dernière qui a finalement eu gain de cause, annonçant elle-même que le gouvernement donnerait un avis négatif sur ce texte qui « rendrait la position de la France intenable à l'international ».

En séance publique, une scène assez rare a eu lieu : Roland Lescure a dû convaincre... son propre camp. En effet, le texte émanait du groupe macroniste (RDPI) au Sénat, où siègent de nombreux élus ultramarins. Le sénateur Thani Mohamed Soilihi, qui était encore ministre délégué à la Francophonie jusqu'au mois d'octobre 2025, a notamment défendu avec force cette proposition de loi.

Le texte est désormais transmis à l'Assemblée nationale, sans certitude qu'il puisse y être examiné dans les prochaines semaines.

Avec AFP