À quelques mètres de la gare de Saint-Ouen sur Seine, élus, habitants et jeunes Audoniens se sont réunis pour l’inauguration de l’Espace jeunesse Christiane Taubira. Une cérémonie dense et symbolique, marquée par les prises de parole fortes du maire Karim Bouamrane et de l’ancienne garde des Sceaux et ministre de la Justice, la Guyanaise Christiane Taubira, venue adresser un message d’espoir et d’exigence à la jeunesse.
La salle était trop petite pour contenir l’affluence. Jeunes, moins jeunes, animateurs de quartier, élus municipaux et représentants associatifs ont répondu nombreux à l’invitation, ce mardi 3 février, pour l’inauguration de l’Espace jeunesse Christiane Taubira, situé au 30 rue Émile-Zola, dans le quartier Arago. « C’est une journée exceptionnelle, historique pour la ville de Saint-Ouen », a d’emblée déclaré le maire Karim Bouamrane, saluant l’ouverture de ce lieu situé dans une maison individuelle de 120 m² entièrement réhabilitée et dédié à l’émancipation de la jeunesse locale.
Dans un discours appuyé, le maire Karim Bouamrane a souligné la portée symbolique du nom donné à cet espace. « Christiane Taubira a ouvert la voie, a restauré l’héritage de la Révolution française. C’est un immense honneur, un immense plaisir, une immense émotion qu’aujourd’hui nous inaugurions à Saint-Ouen le premier espace jeunesse baptisé Christiane Taubira », a-t-il affirmé, rappelant « l’ADN révolutionnaire » de la ville.
Pour le maire, cette figure politique a permis à toute une génération « de prendre confiance en sa force, quel que soit son âge, son genre, son origine sociale ou son orientation sexuelle », et d’oser croire à « une vie de qualité, choisie ». Il a également insisté sur l’ambition municipale : « Poursuivre la démocratisation de l’excellence et faire émerger une nouvelle élite, une élite populaire ».

Très émue, Christiane Taubira a pris la parole devant un public attentif. « J’éprouve rarement une émotion aussi intense, monsieur le maire », a-t-elle confié, remerciant la ville de lui « donner résidence » dans l’espace public audonien. Sensible au fait que son nom soit associé à un lieu dédié à la jeunesse, elle a rappelé son attachement profond aux nouvelles générations : « Je crois que toutes les jeunesses du monde sont belles ». Lucide sur l’état du monde, elle a souligné la responsabilité des adultes : « C’est un monde injuste et violent. Nous devons protection à la jeunesse, et la première des protections, c’est de l’aider à comprendre, parce que je crois qu’elle va transformer le monde ».
Pensé avec et pour les jeunes, l’espace est le fruit d’un travail de coconstruction mené avec les Audoniens, aux côtés des équipes municipales et de l’artiste Caroline Derveaux, qui a accompagné la réalisation de fresques participatives. Chaque jour, près de 200 jeunes fréquentent les espaces jeunesse de la ville, pour se retrouver, déjeuner, participer à des ateliers culturels, sportifs ou à des ciné-clubs.
Un fonctionnement salué par Christiane Taubira, qui a dit avoir été marquée par les échanges avec les jeunes rencontrés : « J’ai entendu ces jeunes s’exprimer, je sais que c’est une jeunesse ardente, dotée d’une grande maturité, de clairvoyance, et en même temps de l’enthousiasme de son âge ». Elle a exprimé sa « tranquillité d’esprit » à l’idée que ce lieu permette aux jeunes de « se poser, monter des projets, lire ensemble, construire et vivre leur citoyenneté », c’est-à-dire « se penser comme sujet de droit, comme sujet de l’histoire, capable d’agir sur son destin ».

La cérémonie s’est poursuivie dans un esprit à la fois solennel et festif. Le ruban tricolore a été découpé par une jeune du quartier aux côtés de Christiane Taubira et de Karim Bouamrane, la plaque commémorative a été dévoilée avant qu’un jeune DJ local ne clôture l’événement avec des musiques du monde.
En conclusion de son intervention, Christiane Taubira a cité l’écrivain mexicain Juan Rulfo dans Pedro Páramo : « Il y a ces vents mauvais, mais nous allons nous accrocher aux vents avec les ongles ». Une phrase comme un fil conducteur pour ce lieu que le maire a résumé en ces termes : « Ce lieu, c’est le symbole de l’espoir, de l’espérance et de l’amour ».
Tania Imache
























