Inégalités dans les Outre-mer : le Sénat lance une commission d'enquête pour briser des décennies de politiques publiques inadaptés aux réalités ultramarines

Vue de Sada à Mayotte © Christophe Laborderie

Inégalités dans les Outre-mer : le Sénat lance une commission d'enquête pour briser des décennies de politiques publiques inadaptés aux réalités ultramarines

À l'initiative du groupe communiste CRCE-K, une commission sénatoriale d'enquête vient d'être créée pour analyser les inégalités systémiques qui frappent les territoires ultramarins. Sous la houlette de la rapporteure Évelyne Corbière-Naminzo, sénatrice de La Réunion, les travaux s'étendront jusqu'au 20 juillet 2026 avec l'ambition de formuler des propositions concrètes pour un développement juste et durable.


Cette initiative particulièrement symbolique s'inscrit dans un contexte où le 80e anniversaire de la loi du 19 mars 1946 sur la départementalisation des territoires d'outre-mer sera célébré. Le constat dressé par le groupe CRCE-K est sans appel. Malgré des décennies de politiques publiques, les écarts entre les territoires ultramarins et l'Hexagone restent accablants. Le chômage y est structurellement deux fois plus élevé que dans l'Hexagone en moyenne. La pauvreté frappe avec une brutalité particulière les plus jeunes : elle touche 8 enfants sur 10 à Mayotte et 6 enfants sur 10 en Guyane. À ces inégalités économiques s'ajoutent des difficultés d'accès aux services publics essentiels, une surmortalité infantile persistante, un décrochage scolaire deux fois supérieur à la moyenne nationale, ainsi qu'une prévalence accrue de certaines pathologies chroniques.

La commission entend aller chercher les mécanismes profonds qui reproduisent ces inégalités génération après génération. Le texte pointe des inégalités structurelles héritées de l'histoire coloniale, mais aussi entretenues par un modèle de développement et des politiques publiques jugées inadaptées aux réalités des Outre-mer. Les traces d'une économie de comptoir, la persistance de rapports de dépendance économique vis-à-vis de l'Hexagone, des politiques de rattrapage insuffisantes ou mal conçues : autant de leviers que la commission entend analyser pour comprendre pourquoi plus de huit décennies de politiques successives n'ont pas permis de résorber durablement ces écarts.
Sous le rapport de la sénatrice de La Réunion Évelyne Corbière-Naminzo, la commission questionnera notamment le manque de moyens alloués, l'inefficacité des dispositifs existants, l'inadéquation des réponses de l'État, et une conception trop centralisée et calquée sur le modèle hexagonal. Une approche qui marque une volonté de rupture avec les solutions « prêtes-à-porter » venues de Paris.

La volonté de cette commission d'enquête est claire : «réaffirmer, à travers cette initiative, sa volonté de placer les Outre-mer au cœur du débat républicain et de contribuer à la construction de politiques publiques enfin à la hauteur des enjeux et des attentes des populations concernées.»