Encore des secousses à la direction du groupe minier Eramet, sanctionné en Bourse

Mine de Thiébagi en Nouvelle-Calédonie ©Eramet / SLN

Encore des secousses à la direction du groupe minier Eramet, sanctionné en Bourse

Un directeur général remercié, un directeur financier suspendu : même si le groupe minier Eramet assure que les deux événements ne sont pas liés, la concomitance fait désordre à quelques jours de la publication des résultats annuels et a été sanctionnée en Bourse lundi.

Début d'année chahuté pour le groupe français, maison mère de la Société Le Nickel (SLN) en Nouvelle-Calédonie. Dimanche 1er février, il a convoqué les médias dans la soirée pour annoncer le départ de son directeur général Paulo Castellari. 

Entré en fonctions en mai 2025, Paulo Castellari a fait ses cartons quelques mois plus tard en raison de « divergences » avec les administrateurs « sur les modes de fonctionnement », avait expliqué l'entreprise.

« Pratiques de management » 

Lundi, c'est le directeur financier arrivé en septembre dernier, Abel Martins-Alexandre, qui a été « dispensé temporairement d'activité », selon l'entreprise qui ne présume d'aucun mauvais comportement de sa part. Elle entend ainsi permettre « le bon déroulement » d'une enquête « indépendante, initiée à la suite d'un signalement émanant de plusieurs collaborateurs » de la direction financière concernant « les pratiques de management » en son sein.

Vendredi, le Financial Times avait indiqué sur la foi de sources anonymes que Paulo Castellari avait fait part au conseil d'administration de « préoccupations sur la gouvernance et sur une potentielle mauvaise gestion financière », au moment où son renvoi lui a été notifié. 

Le média britannique précisait que c'était la première fois que le dirigeant s'en ouvrait au conseil d'administration. Eramet, qui n'a pas commenté ces informations, a affirmé dans son communiqué publié lundi que la situation de son directeur financier était « sans lien » avec le départ du directeur général.

L'entreprise, qui publiera ses résultats annuels pour 2025 le 18 février, précise avoir mis en place une « organisation temporaire » pour « assurer la supervision de sa direction financière ». Cela n'a visiblement pas rassuré les investisseurs et le titre Eramet chutait lundi à la Bourse de Paris, de 8,16% à 62,50 euros, dans un marché stable (-0,08%) vers 13h20.

L'action avait déjà tangué à l'ouverture des marchés financiers le 2 février après l'annonce du départ de Paulo Castellari, dans un contexte de forte volatilité des cours des métaux précieux qui pèse sur la valorisation de l'ensemble des entreprises minières. Le cours d'Eramet reste orienté en petite hausse sur 2026.

Dans l'attente d'un nouveau directeur général, la présidente du conseil d'administration Christel Bories, auparavant PDG du groupe pendant près d'une décennie, a repris la fonction « pour une période intérimaire ». Le départ de Paulo Castellari « ne modifie absolument pas la stratégie » d'Eramet, avait-elle précisé début février.

Les deux dirigeants, aujourd'hui partis et suspendus, avaient annoncé fin 2025 un programme destiné à améliorer la rentabilité d'Eramet dans les deux ans, pour « faire face aux conditions de marché difficiles et créer de la valeur ». Sur les six premiers mois de l'année 2025, Eramet avait enregistré une perte nette de 152 millions d'euros, pour 1,4 milliard d'euros de chiffre d'affaires.

« Nouvelle dynamique »

Les analystes financiers d'Oddo BHF avaient jugé le départ de Paulo Castellari « décevant », car selon eux il avait « insufflé un nouvelle dynamique », « avec un recentrage plus clair sur l'exécution, les coûts ainsi que les capacités techniques ».

L'entreprise, qui compte plus de 10 000 salariés dans 16 pays d'implantation, produit du manganèse, utile pour la fabrication d'alliages, du nickel qui sert à faire de l'acier inoxydable et des batteries rechargeables, des sables minéralisés et, depuis fin 2024, du lithium également utilisé dans les batteries électriques.

Son premier actionnaire est la famille Duval (37%), industriels français qui lui ont apporté leur entreprise métallurgique Aubert & Duval en 1999, avant qu'elle ne soit revendue en 2023 à une holding réunissant Airbus, Safran et Tikehau Capital. L'État français est le deuxième actionnaire du groupe, avec environ 30% du capital.

Les analystes d'Oddo BHF avaient évoqué début février « un historique de gouvernance contrasté, marqué par des intérêts divergents entre les deux principaux actionnaires », même si les deux étaient alignés pour le départ de Paulo Castellari.

Avec AFP