Manuel Valls en Nouvelle-Zélande : Le Rainbow Warrior, « une énorme erreur »

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©Michael Bradley / AFP

La tournée océanienne du Premier ministre s’achève. Elle l’aura emmené trois jours en Nouvelle-Calédonie, trois petites heures en Australie et une dernière journée en Nouvelle-Zélande. Pour cette dernière étape, où il était accompagné des Présidents des gouvernements calédonien et polynésien, le Premier ministre a abordé l’intégration des Outre-mer du Pacifique dans leur environnement géographique et politique, la lutte contre le changement climatique et la menace terroriste mais aussi l’affaire du Rainbow Warrior, navire de Greenpeace sabordé par des agents français en 1985 dans le port d’Auckland.

Après sa visite officielle en Nouvelle-Calédonie, pendant laquelle il est intervenu sur les enjeux primordiaux qui feront l’avenir du Territoire, le Premier ministre s’est ensuite rendu en Australie. Courte de trois heures et imprévue, cette visite a été motivée par le récent contrat décroché la DCNS: l’achat par le gouvernement australien de 12 sous-marins d’attaques à propulsion hybride. Par deux fois, le Premier ministre s’est félicité d’un tel « succès » sur les réseaux sociaux. Effectivement, le montant total d’une telle transaction est de 34 milliards d’euros ! Peu surprenant donc que le Premier ministre et son équipe aient autant souhaité cet arrêt en Australie. Suite à quelques troubles de politique intérieure, les conseillers du Premier ministre australien ont confirmé une visite « à titre privé », d’autant plus que Malcolm Turnbull a récemment déclenché des élections législatives anticipées qui doivent se tenir en juillet prochain. Quoiqu’il en soit, Manuel Valls a rencontré son homologue australien lundi à Canberra, au siège du gouvernement. Plus symbolique qu’officielle, cet arrêt aura surtout permis aux deux Premiers ministres de salué ce contrat conclu entre l’Australie et la DCNS. Pour Malcom Turnbull, « ces sous-marins sont les meilleurs ». De nombreuses pièces de ces sous-marins sont d’ailleurs faites en alliage de nickel, une bonne nouvelle également pour l’économie calédonienne.

Manuel Valls et son homologue Malcolm Turnbull. Les deux Premiers ministres se sont félicités du contrat décroché par la DCNS ©Radio Australia

Manuel Valls et son homologue Malcolm Turnbull. Les deux Premiers ministres se sont félicités du contrat décroché par la DCNS ©Radio Australia

Après cette courte étape en Australie, où il s’est réjouit « d’une relation stratégique (…) en train de changer de dimension », le Premier ministre s’est rendu, comme prévu, en Nouvelle-Zélande, où l’attendait son homologue John Key. Sur place, Manuel Valls a été rejoint par Edouard Fritch, Président de la Polynésie française et Philippe Germain, Président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. La présence de deux des dirigeants des trois Collectivités du Pacifique n’est pas anodine puisque les Outre-mer, quels que soit leur région géographique, aspirent à plus de relations diplomatiques et économiques avec leurs voisins respectifs. Ainsi, le Président de la république avait émis le souhait de voir la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française entrer en tant que membre à part entière dans la Communauté du Pacifique Sud (CPS), et Wallis et Futuna en tant que membre observateur. C’était en décembre dernier, au Sommet France-Océanie qui s’est tenu à Paris. Quelques mois plus tard, et malgré le critère d’indépendance pour intégrer la CPS, John Key a annoncé son soutien à cette requête. Mais il restera encore 15 autres Etats insulaires du Pacifique à convaincre, parmi lesquels, l’Australie, les îles Cook, les Fidji, les îles Marshall ou encore, Kiribati. À noté que la Nouvelle-Zélande souhaite, de son côté, appuyer la candidature de son ancienne Premier ministre Helen Clark à la succession de Ban Ki-moon. « C’est une très bonne candidate, mais il est évidemment trop tôt pour une avoir un avis formel sur la question », a fait savoir Manuel Valls.

Edouard Fritch, Président de la Polynésie française, et Philippe Germain, Président du gouvernement calédonien, souhaitent multiplier et renforcer les échanges économiques avec les Etats insulaires du Pacifique ©Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie

Edouard Fritch, Président de la Polynésie française, et Philippe Germain, Président du gouvernement calédonien, souhaitent multiplier et renforcer les échanges économiques avec les Etats insulaires du Pacifique ©Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie

C’est en tous les cas un pas de plus franchit pour la Polynésie française et la Nouvelle-Calédonie, dans leurs stratégies de relations avec leurs voisins du Pacifique. Mais Philippe Germain et Edouard Fritch ne souhaitent pas s’arrêter à la CPS. En effet, les présidents calédonien et polynésien veulent intensifier le trafic aériens avec la Nouvelle-Zélande. Philippe Germain, Président du gouvernement calédonien, a signé un arrangement administratif avec le ministre néo-zélandais en charge des Transports, Simon Bridges. Cet accord permettra d’augmenter les liaisons entre Nouméa et la Nouvelle-Zélande, de 3 à 5 par semaine d’ici 2018. L’autre point de l’accord est de passer d’une capacité de 300 sièges à 350 sièges. De son côté, Edouard Fritch, Président de la Polynésie française, veut multiplier les échanges commerciaux avec la Nouvelle-Zélande et l’Australie. « L’Australie comme la Nouvelle-Zélande sont deux points importants de rayonnement dans le Pacifique. Et je me réjouis des bonnes relations qui se tissent aujourd’hui entre la métropole et la Nouvelle-Zélande. C’est à nous après de transformer ces visites de façon à se que nous puissions avancer », a déclaré Edouard Fritch au micro de Tahiti Nui Télévision. Il a également évoqué, avec ses interlocuteurs, le câble sous-marin trans-pacifique et la desserte aérienne de la région: la fameuse « route du corail », qui jadis reliait la Polynésie française à la Nouvelle-Zélande en passant par les îles du Pacifique. Le Président de la Polynésie française était d’ailleurs aux îles Samoa, invité par l’homme d’affaire Frederic Grey qui vient d’acquérir les trois hôtels Sofitel de Polynésie française, avant de rejoindre le Premier ministre en Nouvelle-Zélande.

Les deux compagnies aériennes, Air Tahiti Nui et Air Calin, pourraient bien bénéficier de cette visite en Nouvelle-Zélande ©Radio 1 Tahiti

Les deux compagnies aériennes, Air Tahiti Nui et Air Calin, pourraient bien bénéficier de cette visite en Nouvelle-Zélande ©Radio 1 Tahiti

Mais il est un dernier sujet sensible, non-évoqué par l’entourage du Premier ministre avant sa tournée océanienne, qui a tout de même fait irruption lors de la visite officielle: celui du Rainbow Warrior. En effet, en 1985, deux agents des renseignements français sabordaient un navire de Greenpeace dans le port d’Auckland. L’équipage du navire prévoyait alors de manifester contre les essais nucléaires en Polynésie française. Lors de ce sabordage, un photographe de l’organisation a trouvé la mort et les relations entre la France et la Nouvelle-Zélande se sont alors crispées, notamment autour des essais nucléaires dans le Pacifique. Depuis, les relations diplomatiques entre les deux pays, en quelque sorte voisins, se sont apaisées. Mais lors de cette visite en Nouvelle-Zélande, Manuel Valls a franchit un pas symbolique, reconnaissant que « le sabordage du Rainbow Warrior était une énorme erreur ». « Il est vrai qu’il y a trente ans, nos relations étaient pour le moins difficiles. Nous avons commis une énorme erreur, mais je pense que la page est tournée, nos relations ont changé », a-t-il déclaré après son entretien avec son homologue John Key, assurant qu’une telle erreur ne se reproduirait pas. Du côté néo-zélandais, on salue ces excuses et promesses, « je suis sûr qu’ils ne le referaient pas, ils comprennent la peine et la souffrance que cela a causé aux Néo-Zélandais. (…) Je pense que la visite du Premier ministre est en quelque sorte un moyen de continuer à consolider nos relations ».

Le Rainbow Warrior après avoir été sabordé par deux agents français. Un photographe de Greenpeace y trouvera la mort ©Greenpeace

Le Rainbow Warrior après avoir été sabordé par deux agents français. Un photographe de Greenpeace y trouvera la mort ©Greenpeace

Des relations réchauffées donc ou « une vague sur laquelle il faut surfer » dira le Président polynésien, et surtout un abcès crevé entre les deux pays. Mais cette dernière étape du Premier ministre semblait surtout dédiée à la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française, désireuses d’entretenir des liens économiques et politiques forts avec leurs voisins du Pacifique. De leurs côtés, la récente loi sur la Coopération Régionale permettra à La Réunion, Mayotte, la Guyane, la Guadeloupe et la Martinique, d’intensifier les échanges avec leurs voisins respectifs.

Qu’est-ce que la Communauté du Pacifique ?

La Communauté du Pacifique (CPS) est une organisation internationale qui compte 16 Etats insulaires : Australie, Nouvelle-Zélande, îles Cook, Fidji, Kiribati, îles Marshall, Guam, entre autres. La Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française et Wallis et Futuna y siègent également, mais pas en tant que membres à part entière du fait de leur appartenance à la France. Celle-ci, qui a contribué à la création de la CPS, est resté membre de l’organisation en tant que fondateur, aux côtés des Etats-Unis.
La Communauté du Pacifique a été créée en 1947 et a pour but de contribuer « au développement des compétences techniques, professionnelles, scientifiques et des capacités de recherche, de planification et de gestion de 22 États et territoires insulaires du Pacifique ».

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