Décolonisation : « Quand on annonce des choses, on va jusqu’au bout »

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Oscar Temaru a son retour triomphal de New York en 2013. Il avait alors obtenu la réinscription de la Polynésie française sur la liste des territoires à décoloniser de l’ONU ©Cédric Valax

Le coeur plein de détermination, les souverainistes polynésiens ont quitté New York où ils étaient en déplacement d’une semaine aux Nations Unies, dans le cadre de la réinscription de la Polynésie française sur la liste des territoires à décoloniser de l’ONU. Moetai Brotherson, chargé des relations internationales du parti souverainiste polynésien, a fait le bilan de ce voyage au coeur de la diplomatie internationale.

Moetai Brotherson, chargé des relations internationales du Tavini Huira’atira (parti indépendantiste) et Richard Tuheiava, représentant souverainiste à l’Assemblée territoriale de la Polynésie française, sont revenus ce week-end de leur déplacement au siège des Nations Unies à New York. Fort de la réinscription de la Polynésie française sur la liste onusienne des territoires à décoloniser obtenue en 2013, les souverainistes polynésiens multiplient depuis les voyages de lobbying et les rendez-vous officiels avec les Etats-membres de l’ONU. Cette fois-ci, Moetai Brotherson et Richard Tuheiava ont mené 57 entretiens auprès des représentants d’Etats ayant soutenu la réinscription de 2013. Au menu de ces rencontres ; la récente visite de François Hollande en Polynésie française et l’évolution statutaire de la Collectivité ; la candidature d’Oscar Temaru aux Présidentielles de 2017 ; l’épineux dossier du nucléaire et enfin, la gestion des ressources naturelles sous-marines.

Interrogé par la rédaction de Tahiti-infos, Moetai Brotherson explique longuement le fond du discours tenu à New York, « nous avions plusieurs sujets à aborder avec l’ensemble des pays qui nous soutiennent ». Il revient d’abord sur la récente visite de François Hollande en Polynésie française, « et les quelques proposition d’évolution statutaire, notamment celle de Pays associé de Gaston Flosse d’un côté, et cette nébuleuse des accords de Papeete dont on ne sait pas bien ce qu’ils peuvent contenir, leur périmètre, leur orientation ». Edouard Fritch, Président autonomiste de la Polynésie française, avait effectivement évoqué des accords de Polynésie avant que François Hollande parle lui d’accords de Papeete, permettant le développement du territoire en cohésion avec ses moyens et ses besoins. Peu convaincu par un statut de Pays associé ou des accords de Papeete, Moetai Brotherson livre le point de vu du parti indépendantiste, « nous sommes allés expliquer pourquoi, dans un cas comme dans l’autre, on trouvait cela inadapté : nous ne sommes plus à la recherche d’un énième toilettage statutaire mais dans un projet de constitution ».

En début d’année, Oscar Temaru, historique leader souverainiste et chef du Tavini Huira’atira, annonçait, non sans fracas, sa volonté de se présenter aux Présidentielles de 2017. « Il ne s’agit bien sûr pas pour lui, étant indépendantiste, de devenir président de la République française », explique Moetai Brotherson, « d’abord parce que statistiquement c’est assez peu probable, mais surtout parce que ce n’est pas du tout sa volonté. Sa volonté c’est démontrer le paradoxe qui est le nôtre : aujourd’hui la seule élection au suffrage universel qui donne véritablement les pleins pouvoirs sur la colonie dans laquelle nous vivons, c’est l’élection présidentielle de la République française. Ca, ils l’ont bien compris également ». En d’autres termes, les souverainistes souhaitent profiter de l’ouverture médiatique qu’offrent les élections présidentielles pour sensibiliser l’opinion (locale et nationale) de la réalité statutaire de la Polynésie française.

Pour la gestion des ressources sous-marines, « nous avons réexpliqué le miroir aux alouettes que nous donne à contempler la France concernant les ressources naturelles : « Oui, oui, vous êtes compétents », nous disent-ils. Mais ils oublient juste la deuxième partie de la phrase : « sauf quand ce sont des minerais stratégiques ». On sait pourtant que les ressources naturelles sous-marines qui se trouvent dans nos océans feront partie, le moment venu, de cette dernière catégorie », assène Moetai Brotherson. Il justifie ensuite cette démarche auprès de l’ONU, « dans les textes fondateurs de l’Organisation des nations unies, et notamment dans la résolution 15-40, il y a tout un chapitre sur le fait que les ressources naturelles appartiennent aux peuples autochtones et doivent leur bénéficier en premier lieu. C’est absolument dans les attributions de l’ONU que de s’assurer de cela ». Pour lui, « dans le carcan statutaire qui est le nôtre aujourd’hui, il n’y a pas grand-chose que l’on puisse faire ; mais c’est bien en raison de cela que nous sommes réinscrits à l’ONU » et tâcle ses adversaires politiques, « qui sont soit naïfs, soit complètement inconscients s’ils pensent avoir une quelconque force d’initiative sur ces questions clés sans que l’Etat ait son mot à dire ».

Moot Brotherson, chargé des relations internationales du parti indépendantiste polynésien, Taviani Huira'atira ©Tahiti-infos

Moetai Brotherson, chargé des relations internationales du parti indépendantiste polynésien, Taviani Huira’atira ©Tahiti-infos

Enfin, et concernant le nucléaire, les souverainistes ont « rappelé cette semaine la résolution adoptée par les élus locaux en 2013 avec une large majorité. (…) Elle reconnait la nature coloniale du fait nucléaire, les mots ont leur importance. Ensuite elle cherche à établir une compensation pour les dégâts environnementaux liés à ces essais. Nous avons rappelé l’existence de cette résolution parce qu’il y a des tentatives de la part de la France de minimiser, voire d’ignorer ce texte selon la tactique habituelle ». Aux représentants des Etats rencontrés lors de ce séjour, Moetai Brotherson et Richard Tuheiava ont rappelé la pétition lancé en début d’année et visant à demander à l’Etat français la reconnaissance du fait nucléaire et la réparation de toutes les conséquences liées aux essais. Recueillant en moins de six mois plus de 40 000 signatures, Moetai Brotherson confie « c’est tout à fait considérable et ça a beaucoup impressionné nos interlocuteurs. Ce fait sera introduit lors de nos prochaines prises de parole en juin ».

En fin février et quelques jours après la visite du Président de la République en Polynésie française, les souverainistes ont affiché leur volonté de porter plainte contre la France pour crime contre l’humanité, devant le Tribunal pénal international et ce, « avant la fin de l’année ». D’après Tahiti-infos, il s’agirait d’une action régionale, probablement aux côtés des îles Marshall et sur ce point, Moetai Brotherson affiche une détermination de fer. « Le Tavini Huira’atira depuis sa création a montré sa détermination : quand on annonce des choses, on va jusqu’au bout. Lorsqu’on a évoqué la réinscription, tout le monde nous a rit au nez en disant que nous n’y arriverions jamais. Nous sommes réinscrits depuis le 17 mai 2013. Ceux qui pourraient avoir un sourire concernant l’éventualité d’une plainte contre la France devant les tribunaux internationaux feraient bien de s’en souvenir ». Il conclut, « nous sommes en contact avec des cabinets d’avocats internationaux, avec l’ensemble des Etats qui se sont déjà engagés dans ce type de démarche parce que victimes d’essais nucléaires des grandes puissances et nous avons des échanges réguliers et constants avec leurs équipes de juristes. Nous sommes prudents, méthodiques mais déterminés ».

Le prochain rendez-vous des souverainistes polynésiens au siège des Nations Unies est prévu en juin pour une audience devant le Comité des 24. Un autre rendez-vous est calé en octobre pour la quatrième commission. Cette fois-ci, le Président de la Polynésie française, Edouard Fritch, a accepté de s’y rendre afin de faire entendre la voix des autonomistes. « Il est tout à fait normal que toute les composantes de la société polynésienne puissent être entendues à l’ONU », déclarait alors Moetai Brotherson avant son déplacement à New York

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