Terres rares, « C’est une discussion qui relève de la Souveraineté » [Exclu]

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Il y a une semaine, la ministre des Outre-Mer adressait un courrier au président du gouvernement de la Polynésie française, lui assurant la compétence de la Collectivité sur « l’ensemble des ressources minérales ». Moetai Brotherson, chargé des Relations internationales du parti indépendantiste (Tavini Huira’atira), explique pour Outremers360 la position de son parti à ce sujet.

Le débat s’est répandu en septembre dernier, lorsque Sabine Lavorel explique aux rédactions de Tahiti-infos que la Polynésie française n’a compétence que sur « les ressources non-stratégique ». Les élus du Tahoera’a Huira’atira déposent le mois d’après, une résolution demandant à l’Etat la compétence du pays sur les ressources (stratégique et non-stratégiques). Le 18 novembre, Georges Pau-Langevin, ministre des Outre-Mer, intervient par voie de courrier. Elle se veut rassurante, « la Polynésie française est compétente (…) sur l’ensemble de ses ressources minérales ». Une réponse qui a néanmoins provoqué de vifs échanges entre le parti indépendantiste et le Haut-Commissaire de la République. Pour Outremers360, Moetai Brotherson, chargé des Relations internationales du Tavini Huira’atira, explique la position de son parti sur le sujet.

Comment le parti Tavini Huira’atira compte-t-il faire pour garantir à la Polynésie française la gestion des ressources stratégiques et non stratégiques ?

Ia Orana Outremers360 et merci pour vos questions. Nous avons répondu à Madame la ministre sur ses affirmations. Elle ne nous a rien appris du tout quant aux compétences qui sont inscrites au statut de la Polynésie. En revanche, nous lui avons rappelé que si les terres rares et les ressources sub-océaniques sont effectivement inscrites dans les compétences de la Polynésie, dès lors qu’elles rentreront dans le champs des « matières stratégiques », elles échapperont complètement aux compétences du Pays. Et c’est bien là où le bât blesse. C’est un fait, aujourd’hui cette liste des terres rares, elle n’est gérée, crée, entretenue, mise à jour que sur décision du Président de la République, transmise au Premier Ministre et traduite en décision gouvernementale et donc, échappe totalement au cadre statutaire polynésien. Aujourd’hui le critère constitutionnel qui définit ce qu’est un métal stratégique est laissé à la discrétion de quelques ministères, c’est discuté en interne. Nous n’avons aucune assurance que les différents minerais dont les terres rares, les nodules polymetalliques qui sont présents dans nos fonds marins ne soient pas rajouté à la liste des matériaux stratégiques.

c’est uniquement une Polynésie souveraine qui pourra disposer à sa guise de ses ressources. Ce qui veut également dire d’avoir la liberté de ne pas exploiter ces ressources si les conditions environnementales ne sont pas réunies

En janvier 2011, il y a eu la création d’un comité : le COMES (Comité des Métaux Stratégiques), dont est exclu le ministre des Outre-mer. On y trouve le ministre des Industries, de la Recherche, de l’Environnement, de la Défense même, différentes organisations professionnelles d’industriels du secteur,… Il y a bien une volonté d’aller de l’avant. Mais étrangement, l’Outre-Mer dans lequel sont situés la plupart des matériaux dont on parle au COMES, n’y est pas. Pour nous, ce n’est pas dans le cadre du statut de la Polynésie qu’on va résoudre ce problème et garantir aux polynésiens le bénéfice de ses terres rares et de ses ressources naturelles. C’est une discussion qui relève du cheminement vers la souveraineté, du processus de décolonisation et que c’est uniquement une Polynésie souveraine qui pourra disposer à sa guise de ses ressources. Ce qui veut également dire d’avoir la liberté de ne pas exploiter ces ressources si les conditions environnementales ne sont pas réunies. Pour se faire, il faut absolument que nous soyons souverains. C’est tout l’objet de notre combat après de l’ONU.

La ZEE polynésienne, une étendue de 5 millions de km qui attise les convoitises ©Spiridon Ion Cepleanu / Creative Commons

La ZEE polynésienne, une étendue de 5 millions de km qui attise les convoitises ©Spiridon Ion Cepleanu / Creative Commons

Est-ce que la résolution déposée par le parti Tahoera’a Huira’atira vous semble-t-elle solide ? Votre parti la votera-t-elle ?

Nous avons pris connaissance du contenu de cette résolution la semaine dernière. Nous la décortiquons en ce moment, et nous pensons qu’elle n’a aucune chance d’aboutir. Peut être qu’elle aboutira à l’Assemblée de la Polynésie française mais ce qu’elle contient est à notre sens anticonstitutionnel et sera refoulée dès lors que le Haut-Commissaire défèrera son contenu auprès du Conseil d’Etat. Elle suppose ni plus ni moins qu’un changement constitutionnel. Inscrire dans notre statut que même les matériaux stratégiques seraient de compétence de la Polynésie française est un non-sens constitutionnel. Cette résolution, malgré son mérite d’exprimer une volonté qui rejoint nos positions défendues depuis 30 ans, n’a aucune chance d’aboutir au niveau national. Est-ce que nous la soutiendrons ? Avec des amendements, peut être. En l’état, certainement pas.

Est-ce que ce sujet pourrait rapprocher le Tahoera’a Huira’atira et le Tavini Huira’atira ?

Nous l’avons dit et répété, il n’y aura pas de rapprochement politique comme on a pu le connaitre en 2007. Le 7/7/7 (date à laquelle les deux partis, opposants historiques, ont conclu une alliance) a été une bonne chose. Monsieur Temaru l’a dit, il fallait le faire puisqu’à cette époque là la tension civile entre ces deux familles a été extrême et cette union a permis de calmer le jeu, de retrouver une forme de paix. Ce qui a suivi a été déplorable puisque Monsieur Flosse a complètement détruit l’esprit du 7/7/7. Le Tavini Huira’atira ne fera plus alliance avec le Tahoera’a Huira’atira, même si on peut se rejoindre sur des sujets concernant la Polynésie, concernant ce qui est bon pour notre Peuple et ce qui ne l’est pas.

Oscar Temaru aux Nations-Unies en octobre 2013 ©Tahiti-infos

Oscar Temaru aux Nations-Unies en octobre 2013 ©Tahiti-infos

Le but pour votre parti est de porter ce sujet aux Nations Unies ?

Oui bien évidemment, c’est un sujet qui a déjà été abordé et introduit dans nos résolutions à l’ONU. C’est un sujet qui a déjà été évoqué aussi bien au sein du Comité des 24 que de la Quatrième Commission, et même à l’Assemblée Générale de l’ONU. On compte bien continuer à porter cette question des ressources naturelles. Il ne s’agit pas uniquement des ressources sub-aquatiques mais de l’ensemble des ressources naturelles.

Nous avons constaté aujourd’hui que la Polynésie française, sans la France, ne peut quasiment rien faire

La Polynésie a-t-elle les moyens d’arriver, un jour à explorer et exploiter ces ressources sub-aquatiques ?

Alors, il faut bien distinguer dans la réponse, ce que la Polynésie seule pourrait faire et ce que la Polynésie souveraine pourrait faire. Nous avons constaté aujourd’hui que la Polynésie française, sans la France, ne peut quasiment rien faire. À l’inverse, nous avons vu, chez nos voisins indépendants du Pacifique, que ce soit la Papouasie, le Vanuatu ou les îles Cook qui commencent à se poser la question, la possibilité pour eux de s’associer à des compagnies internationales. Par exemple, la Papouasie-Nouvelle-Guinée s’est associée à la société canadienne Nautilus, pour à la fois explorer et pourquoi pas exploiter, une fois les gisements détectés et les bonnes conditions d’exploitations réunies. Une Polynésie souveraine serait tout à fait en mesure, pas par ses propres moyens mais en passant des accords avec des sociétés internationales, à travers des appels d’offres, d’exploiter ces ressources.

Moetai Brotherson, chargé des relations internationales du parti indépendatiste lors d'une réunion publique ©Faaa.pf

Moetai Brotherson, chargé des relations internationales du parti indépendatiste lors d’une réunion publique ©Faaa.pf

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