Nouvelle-Calédonie : En 6 mois, le couple Macron-Philippe semble avoir convaincu les Calédoniens

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©Twitter / Edouard Philippe

Du lendemain des élections présidentielles et législatives au récent déplacement du Premier ministre en Nouvelle-Calédonie, un peu plus de six mois se sont écoulés. Pour le Président de la République, il s’agissait avant tout de se bâtir une légitimité face à des « dossiers » aussi complexes que celui de la Nouvelle-Calédonie. Car aux antipodes de la planète, l’idée qu’un Emmanuel Macron, parfaitement inconnu il y a encore 3 ans, devienne l’un des garants du processus entamé il y a trente ans par Michel Rocard, peinait à convaincre l’échiquier politique calédonien jusqu’aux élus les plus consensuels. Depuis la Nouvelle-Calédonie, Pierre-Christophe Pantz, Docteur en Géopolitique des Territoires kanak, décortique ces 6 premiers mois de la Présidence Macron-Philippe. 

Une situation préoccupante pour certains. Alarmante pour d’autres. C’est le constat que l’on pouvait faire en Nouvelle-Calédonie au lendemain de l’élection présidentielle, début mai. Un électorat kanak indépendantiste qui avait largement boudé le scrutin et un score sans précédent pour le Front National, laissaient entrevoir une radicalisation et un durcissement des positions politiques à un an et demi du référendum d’autodétermination.

Localement, ce durcissement s’était confirmé lors de l’élection législative, avec des débats âpres et parfois conflictuels, et avec un clivage s’accentuant entre les partisans de l’indépendance et ses opposants. Parallèlement, la déferlante « En Marche ! » n’avait finalement pas dépassé la barrière de corail, aucun candidat dans les deux circonscriptions de l’archipel ne se revendiquant du « ni droite, ni gauche » d’Emmanuel Macron.

Dans une terre historiquement ancrée à droite, beaucoup de Néo-Calédoniens étaient sceptiques sur le positionnement plutôt centriste du nouveau président et sur sa capacité, et sa volonté, à accompagner la Nouvelle-Calédonie au terme du processus politique de l’accord de Nouméa : le référendum d’auto-détermination. A l’instar de son programme politique, dans lequel la Nouvelle-Calédonie était quasiment absente, tout laissait à croire que le destin du « Caillou » ne s’inscrirait pas comme une priorité de son quinquennat.

Edouard Philippe lors du discours de politique générale, le 4 juillet dernier ©Outremers360

Edouard Philippe lors du discours de politique générale, le 4 juillet dernier ©Outremers360

Et pourtant, par l’intermédiaire de son gouvernement, Emmanuel Macron n’a pas tardé à lever ces doutes. Lors de son discours de politique générale du 4 juillet 2017, son premier ministre, Edouard Philippe précisait que « Pour ce qui concerne l’avenir de la Nouvelle Calédonie, cette mandature sera celle de l’aboutissement de l’accord de Nouméa signé il y a vingt ans. (…) L’Etat jouera pleinement son rôle d’acteur et de garant de ce processus pour conforter le destin commun inscrit dans le préambule de l’accord. C’est un engagement personnel que je prends ici, honoré de reprendre le flambeau de Michel Rocard et de quelques autres après lui ».

Quelques jours plus tard, la ministre des Outre-mer, Annick Girardin, qui effectuait son premier déplacement officiel en outre-mer en Nouvelle-Calédonie, du 23 au 28 juillet, confirmait que « c’est un sujet prioritaire pour le gouvernement puisqu’en 2018 la Nouvelle-Calédonie a un grand rendez-vous avec ce référendum, qui aura lieu avant novembre 2018 ».

Annick Girardin, ministre des Outre-mer, effectue son premier déplacement officiel en Nouvelle-Calédonie ©DR

Annick Girardin, ministre des Outre-mer, effectue son premier déplacement officiel en Nouvelle-Calédonie ©DR

Néanmoins, la situation continuait de se crisper en Nouvelle-Calédonie, les clivages se creusaient entre les deux principales sensibilités politiques indépendantistes et non-indépendantistes, notamment par rapport à la question cruciale du corps électoral. Mais également au sein de ces sensibilités. Pendant près de 3 mois, faute d’unité dans le camp non-indépendantiste, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie ne parvient pas à élire son président.

Dans l’impasse, la Nouvelle-Calédonie semble avoir perdu son sens de la collégialité et du consensus, engluée dans des querelles de personnes et d’égos. C’est finalement à Paris, début novembre, à 16000 kilomètres de l’archipel, que la situation évolue avec la réunion du comité des signataires. Et après plusieurs heures de discussions et d’échanges sous la houlette du premier ministre, le Comité des signataires a abouti à « un accord politique » sur les conditions d’organisation du référendum d’autodétermination en Nouvelle-Calédonie.Unanimement, tous les participants ont souligné l’investissement et l’approche diplomatique couronnée de succès du premier ministre.

Le Comité des Signataires du 2 novembre dernier, durant lequel un "accord politique" a été obtenu sur la question du corps électoral ©Outremers360

Le Comité des Signataires du 2 novembre dernier, durant lequel un « accord politique » a été obtenu sur la question du corps électoral ©Outremers360

Une méthode consensuelle qui a finalement trouvé un écho en Nouvelle-Calédonie puisque la veille de son déplacement en Nouvelle-Calédonie, début décembre, les indépendantistes et les non-indépendantistes se sont accordés pour élire ensemble un président de gouvernement. Lors de son ultime discours au Congrès de la Nouvelle-Calédonie, le premier ministre a rappelé les impératifs « du dialogue permanent » et « du sens du compromis ».

Même si des divergences et des oppositions demeurent en Nouvelle-Calédonie, on constate tout de même qu’en l’espace de 6 mois, Emmanuel Macron, et à travers lui, Edouard Philippe, ont su convaincre les Néo-Calédoniens et leurs élus, au point de débloquer une situation que l’on disait pourtant verrouillée. N’est-ce pas un paradoxe pour une collectivité très autonome comme la Nouvelle-Calédonie, à un an du référendum d’autodétermination, d’avoir besoin de l’Etat pour faire renaître l’esprit océanien du consensus et du dialogue ? Ou finalement, au regard des trente dernières années, n’est-il pas là le rôle de Paris, aujourd’hui incarné par le couple Macron-Philippe : être ce troisième parti assurant l’équilibre quasi-diplomatique dans la construction du Destin commun en Nouvelle-Calédonie ?

Pierre-Christophe Pantz

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